Choisir l’espace qui rassure

Il aura fallu moins d’une année pour que s’éclaircisse.

L’an dernier j’étais sous le coup du deuil de mon travail. Comme d’un enfant chéri qu’on m’avait arraché des bras. Ce travail était un épanouissement pour moi, j’y trouvais tout le meilleur sans avoir aucune souffrance et aucun inconvénient. Tout ce que je ne supporte plus dans les institutions, les entreprises, les groupes de salariés, tout cela n’y était pas. On était un petit groupe de femmes militantes et libres et créatrices. Tout ce qu’il fallait.

Cet arrachement fut très douloureux. D’autant qu’il touchait un tiers du personnel, dont une quasi amie. C’était un enterrement, que peu de gens peuvent comprendre, il faut le vivre pour le croire, et vivre les mois précédant les licenciements, les rendez-vous avec l’avocate, les secrets, les magouilles de dernier moment, les psychodrames, les larmes de tous, les responsables affligés, etc.

C’était l’an dernier. Mon énergie cherchait le feu, cherchait à retrouver une cheminée où crépiter. On savait qu’on bougerait un jour. Deux ans auparavant on avait pensé reprendre un jour un appartement dans la petite ville proche qu’on aime bien où on a bien vécu et bossé. On avait aussi pensé à l’Atlantique, puisque la Bretagne, avec l’Homme, ce n’est pas possible. La pluie le rend dépressif, presque autant que l’absence de chat. Et l’an dernier on a pensé à l’Auvergne, où vivent des amis. Et on est entrés dans le concret. Depuis avril 2016 je suis dans le concret. Recherches, échanges, rencontres, possibilités de poste contractuel dans l’Education Nationale via un ami, visite d’appartements, maison en vente depuis novembre.

Novembre où les comptes se sont refaits. Où nos prévisions budgétaires sont en grande baisse. Cette baisse ainsi que les projections sur un prix de vente puis d’achat ont fait entrer le doute en moi. Jusqu’où pouvons-nous rogner notre espace de vie, qui est immense ici ? L’offre sur Clermont Ferrand, depuis notre budget en baisse, se rétrécit. Pas d’arbres autour d’un appartement ? Deux mini chambres ? Et une guerre sur chaque offre intéressante où seuls les premiers seront servis.  » Comme a Paris » m’a dit une amie, oui je l’ai vécu, c’est plus que pénible. Quand on pense que par chez nous tout se fait tranquillement, sans devoir piétiner les autres. Il nous faudra être sûrs, pensais-je. Nous allons perdre  énormément en cadre de vie, sans compter tout le reste.

Depuis octobre, nous allons tous les mois à Clermont-Ferrand garder les enfants d’un ami. Nous avons bientôt terminé nos missions nounou. Et je crois que nous allons prendre la bonne décision : ne pas quitter la Drôme. 1. Les postes contractuels dans l’Education Nationale c’est au dessus de mes forces. 2. Larguer notre lieu de vie pour ne pas savoir dans quels 60m2 on pourra atterrir, je n’en ai pas envie, cela va nous dévaster. 3. Les amis ? Leur proximité ponctuelle cette année m’a prouvée que « loin c’est bien aussi ». « Près ce ne sera peut être pas mieux. ». Et surtout, 4. l’idée de revivre en appartement dans la petite ville voisine où nous connaissons tout, où nous avons des activités essentielles, reste jouissive. L’offre y est compatible avec nos finances, arbres inclus, balcon et calme aussi.

Chemin se fait. Entre s’adapter à nos budgets et sauvegarder un environnement vital bienfaisant. La question  » retrouver un peu de travail ? » je la mets de côté pour l’instant.

 

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