Pas courir

Elle parcourait. Elle parcourait sans un jour mais va savoir quoi elle parcourait. On parcourt une page, on se, parcours dans les coins, un peu la tête baissée. Elle parcourait.

Pas très sûr.

Elle sautait au dessus des pages pour ne pas y rester. L’oiseau devenu sauvage et qui autrefois la faisait voler. Quelques caresses.

Elle parcourt mentalement ce trajet. Le fil s’étend. Faut-il se risquer ?

Artiste compositrice

Il y a un temps certain. Qu’on ne compte plus. J’ai accompagné une amie à des auditions. Je crois que c’est un des grands moments de ma vie.

Je ne me souviens pas de son prénom, je me souviens de son allure. Elle était grande et bien gaulée, de longs cheveux acajou. Ce jour là elle portait une combinaison rouge. On sortait tout juste de la mode des salopettes, mais là c’était une combinaison, avec des boutons devant comme une chemise, je crois. Je ne suis pas sûre mais je sais qu’elle était rouge, acajou et belle. Grande et droite, sa guitare dans les mains. Debout.

Elle a chanté Barbara. Autre chose peut être. Sur scène. Les visiteurs étaient sur les sièges rouge. Etait-ce au conservatoire ? C’était à Paris. On s’est assises ensemble au début, puis elle a été appelée et elle est allée sur scène.

Auparavant j’ai vu d’autres candidats arriver. Faire leurs pas sur la scène et chanter. A capella, avec guitare ou piano. C’était la première fois que je vivais cela. J’étais novice et je me suis pris tout en plein. J’étais morte de trouille, un trac figeant. Chaque candidat me faisait trembler de peur. J’ai vu ce jour là à quel point le concours est terrible, tellement injuste et précis. Je n’en croyais pas mes yeux : dès les premiers pas, avant même de chanter, on savait à qui on avait à faire.

Venaient les premières paroles, les premières notes et le tour était quasi joué. Ceux qui sont au dessus du lot émergent comme par magie. Il y a « quelque chose ». Certes, beaucoup de travail, mais sans doute encore plus. Je l’avais déjà remarqué en tentant un atelier théâtre où allaient des copains. J’étais nulle, coincée à mort. Rigide, empatée, à me mettre sous l’estrade, me fondre, pitié laissez-moi partir. Que c’est dur d’improviser ! Eric, lui, débutant aussi, se mettait devant nous et y allait. Il occupait l’espace, sa voix était posée, qu’il joue un texte ou improvise, on était pris, emportés, c’était un comédien né. C’était totalement bluffant.

Mon amie avait de la prestance, elle a chanté debout sans ciller. Elle interprétait très bien les chansons, elle portait la voix, elle vivait les textes, elle mettait sa touche, sa personnalité. Je ne sais plus du tout la suite. J’ai un trou dans ma mémoire. C’est incroyable d’ailleurs.

Quelques mois après je travaillais le chant dans un atelier. C’était très impressionnant. Les élèves étaient passionnants, apprentis amateurs de tous niveaux. Nos profs étaient des vieux de la vieille qui déjà scrutaient en nous pour sentir le vent, repérer les talents. J’étais toujours aussi pétrifiée de monter sur scène, de chanter devant les autres.

Peut être à cause de ces expériences ( je voulais écrire des chansons quand j’avais 18 -20 ans), je suis très sensible aux émissions qui nous offrent à entendre des amateurs sur le point de percer.

Cette année le radio crochet de France Inter envoie du lourd. Des artistes qui tournent déjà beaucoup, ont un style affirmé. C’est un régal. ( le vendredi, 21h)

L’an dernier j’ai voté pour Clou. Elle a un métier dans la communication et la pub. Elle dessine des Bd. Elle a vécu aux States. Elle est folle de Paul Simon. Elle a déjà roulé sa bosse, ce n’est pas une gosse. Elle écrit. Elle créait en anglais et lors du concours ils lui ont demandé de tenter en french aussi. Bingo.

soundcloud.com/clou-6

Seule à la guitare avec son amie au chant et un ami musicien aussi. Elle est sortie deuxième mais c’est pour le mieux. Elle a continué la route et enrobé ses chansons de l’an dernier.

« Eternel épris », est un bonbon qui reste dans mon palais, ne me quitte pas.

Elle vient de signer avec une prestigieuse maison de disque.

Bravo Clou !

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