Août out !

Je pousse, cette porte, qui me pousse peut être. Je voudrais bien y aller. Dans le creux de cette pousse, entre la porte et l’allée.

La porte poussée sans m’en rendre compte, mais en forçant un peu durement sur mes bords.

Aujourd’hui j’ai pensé à la destinée, je ne sais plus pourquoi. Ai-je entendu quelque chose à la radio, ai-je lu une phrase qui m’a évoqué quelque chose de précis que je ne sais pas encore ?

Le jardin a traversé l’été. J’aime qu’août se termine, c’est une période de soulagement. Pourtant, enfant, je n’aimais sans doute guère reprendre l’école. Ou bien, comme tous les enfants, j’avais hâte de retrouver mes copains de classe qui étaient essentiels à ma vie. Quand je travaille, je fais tout pour travailler en août et c’est toujours bien, sauf en protection de l’enfance où toutes les merdes des séjours des gosses hors de leur familles d’accueil te tombent dessus, toi l’unique chef resté en août, ou quand ce n’est pas leurs vacances auprès de leurs parents déficients qui se font la malle.

Alors pourquoi septembre m’est-il doux ? C’est un mois qui n’est pas lourd. Il est souple, il s’accommode, il entraîne aussi des activités, anciennes ou nouvelles, des découvertes finalement. J’aime le gris quand il est là comme aujourd’hui, j’aime la pluie qui tombe progressivement tiède et lascive comme aujourd’hui. J’aime le frais, j’aime l’automne, j’aime nos quatre saisons qui m’ont manquées quand j’étais loin. Elles sont comme un rythme parfait dans une chanson, ses couplets, indispensables l’un à l’autre.

Fin août la porte est ouverte.

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Passeport sentimental

Habiter quelque part et pas nulle part.

En nulle partie être soi-même. Etre mieux là que là-bas.

Je me prends en flagrant besoin de chez moi.

J’avais dans la tête des valises, mon ami. Des valises à ne pas ouvrir, à ne jamais laisser tomber.

Etre heureux signifiait ne pas se poser. Ne pas s’avouer posée. On peut avoir plusieurs clés, là n’est pas la question s’il n’y a pas de question et si l’on est soi aussi bien là que là.

Mais il y a des fois. Des « il était une fois » une princesse aux petits pois. Avais-je hérité de l’exil forcé des membres de mes deux familles ? Exil choisi, exil de choix, patrie à recommencer. Mort ruiné au fond de New-York mon arrière-grand père avait délaissé ses enfants pour compter fleurette dans une autre partie du grand continent tout nouveau. Entre Canada et Etats en unification. Dans l’autre sens, une de ses filles partira vivre en France, regrettant toute sa vie sa patrie et ses sept soeurs.

Immobiles les insulaires de l’autre côté ne l’ont jamais été. La Méditerranée comme un passeport à tamponner d’une côte à une autre. « Sur le continent » dit-on en Corse quand on se rend « en France ». Je vais sur le continent. Des îles, des continents.

Je traversais des continents, j’accostais délibérément là où me troubler encore. On ne pouvait pas se poser. Rien n’était ajusté. Je me surveillais sous toutes les coutures.

Sur mon île-à-moi, aujourd’hui j’observe, comme du haut d’un phare, mes bateaux se croiser.

www.youtube.com/watch?v=XalndgGNqc4