Grande fatigue ?

Cette semaine la fatigue s’est emparée de mon corps. Pour mon esprit, je ne sais pas, cette grotte est fermée au public très souvent, le public c’est alors moi, à la porte de mes esprits indéchiffrables. A la porte de moi-même. Fermé pour inventaire. Fermé pour caractère. Fermé pour inondation, fermé pour tremblement de terre, etc.

« C’est à cause des chats » vous dira l’homme. Les contacts avec les refuges, la visite dans un grand lieu d’hébergement, nommé famille d’accueil,  où des dizaines de chats des rues recueillis sont parqués en enclos comme des poules. Je n’ai rien compris à tout cela et j’aurais aimé ne pas avoir eu l’imprudence de poser le tiers du quart de mon petit doigt dans cet engrenage qui m’a amené, jeudi,  à cette visite. La petite chatte que nous venions voir était redevenue sauvage à force de vivre seule avec ses chatons, tous confinés dans la chambre des garçons. Chambre devenue chambre de la chatte et ses petits, inaccessibles.

S’en sont suivis des jours à se traîner. Il y avait un film qui s’appelait  » Grosse fatigue ». Cette semaine ce fut moi grosse comme une fatigue incompréhensible. Les émotions parcourent le corps, se faufilent dans les grottes, coupent les fusibles, arrachent les prises, ramollissent l’ensemble de ma bête. Bête poilue et paresseuse. Et si je faisais la sieste, hein ?

Je n’ai pas pu terminer ma séance -maison – de yoga hier matin. En même temps je pense que cela m’a réveillée, tout était à recommencer. Et puis, assise en diamant, c’est à dire sur les genoux, au sol,  je commence à savourer les longues minutes silencieuses. Je dois aller à la pêche de moi, très loin. L’Océan m’attend. J’ai pleuré mon Grigou disparu en juillet comme s’il était mort hier. Cela me prend en plein vol, je suis en chagrin. Il me manque énormément, manque comme quelque chose de manqué, de pas terminé, manque comme un rendez-vous pas trouvé, une lettre par terre dont on ne connaît pas le destinataire et qu’on ne sait pas lire, donc. Manque comme tous les manques, tous ceux qu’on aime, toutes les bouteilles à la mer, dans mon océan. Pourtant cette rencontre trop brève avec cet être félin fut si intense, si pleine et si bien finie, dans nos bras, que rien n’aurait pu être autrement. Nous avons tout fait pour garder, aimer et soigner ce petit ange. La mort, toujours, attend au coin, sourire en coin. Il faut vivre avec elle. Jamais nous ne durerons toujours.

Mon océan m’attend. Je m’assois en posture du diamant, car finalement c’est ma préférée. Mon dos est droit et ma tête peut partir. Il y a beaucoup à trouver. Dans ce silence, je retrouve un fil perdu, dans le noir de l’inconnu.