L’éternité

Un jour tu n’as plus aimé mes failles. Les savais-tu, avant ? Ou bien tu me rêvais éveillé et tu t’es réveillé. Un jour voiles affalées, au bout de mon monde tu ne voulus plus aller. Il fallut que je m’en aille. Laissant, entre autre, notre Asie seule, couchée sur la moquette du salon au très haut plafond, à regarder le ciel s’éloigner. Avec toi j’avais découvert la musique népalaise, celle de tous les jours, à la radio, dans les échoppes, je l’aime toujours autant mais je t’ai laissé les cassettes d’origine. Je t’ai laissé l’origine de ma douleur, peut être est-elle encore dans tes mains sans que tu ne t’en doutes. Car tu ne doutes jamais. L’origine de ma plus profonde douleur est dans ton livre de souvenirs, sans que tu le saches.

La semaine dernière, samedi, j’ai emprunté deux livres pour faire le pont en mon coeur après le dernier que j’avais tant aimé. L’un se nomme Veuf, l’autre Se perdre. L’un écrit bien, de manière fine et pudique, la perte de l’aimée. C’est très court et juste comme il faut. L’autre est le journal, long, d’une passion exotique, sa naissance éblouissante et sa longue agonie, où le sexe tient l’écrivaine, rien que les peaux, l’esclavage divin. Le lessivage de cerveau, l’exploitation du désir jusqu’à ce qu’il tombe en lambeaux, un jour, plongeant dans la terreur l’être qui était fait pour l’attente de cet autre. Cette autre qu’elle creusait. Ces deux titres me plaisent, et, sans que je m’en rende compte, ne font qu’un et me suffisent pour entrer dans les histoires des autres et m’y retrouver. Mais ce n’est pas tout à fait la mienne, ni la tienne, ce n’est ni la réalité ni la fiction, l’amour est entre les eaux.  Un jour je t’écrirai encore. Nous nous sommes beaucoup écrit. Romanesques, tu nous voulais. Je nous referai vivre. J’arrondirai nos corps, je nous rejoindrai là où nous nous sommes laissés. Je retrouverai une histoire où durer et peut être n’écrirai-je que la beauté.