Je ne pensais pas

Je ne pensais pas voter au deuxième tour. Je disais cela l’an dernier, prévoyant un trop à droite d’un côté et un extrême droite de l’autre.  « Fuck » je me disais. L’Homme, habitué à mes emballements, me rétorquait « On verra en avril…. »

Avril fut venu et bise tombée drue. J’ai du bol, ce n’est pas droite dure contre extrême droite. Certains pensent le contraire, mais il ne faut pas exagérer. J’ai tout de suite décidé de  voter. J’accorde le bénéfice du doute aux nouveaux venus, c’est un principe, et puis il y a quoi en face ? Hein ?

Hier soir cela m’a fait du bien d’écouter Raphaël Glucksmann, devoir expliquer précisément ce que serait la teneur d’un gouvernement d’un parti xénophobe, entre autre. Qui peut arriver au pouvoir. Qui pourrait d’un chouïa maudit, toucher le pompon.

Tu ne voteras pas ?

  1. Mais tu as conscience des risques si l’extrême gagne, tu fais la différence avec l’autre candidat, tu ne les mets pas dans le même registre une fois au pouvoir.

Tu comptes donc sur des crétins comme moi pour se « salir »les mains à ta place et voter « contre », faire barrage, tandis que tu iras te balader ou que tu te feras plaisir en glissant n’importe quoi dans une enveloppe, qui ne sera pas comptabilisée et sera mise à la poubelle par celui qui l’ouvrira, immédiatement. Cette personne est déjà bien aimable d’être au dépouillement, pourquoi lui faire perdre du temps ? Pour tes beaux yeux qu’elle ne verra pas ?

   2.  Pour toi c’est du pareil au même, un candidat ou un autre, du moment que ce n’est pas le tien, ils sont tous pourris. Les conséquences sont les mêmes, que l’un ou l’autre ait la majorité.

Un parti xénophobe au pouvoir, tu ne vois pas la différence ? Une extrême droite sur le plan international avec Poutine et Trump ? Du pur français dans tous les domaines, la culture métissée à la poubelle, le franc à la place de l’euro, des extrêmes avec les manettes du nucléaire ? Et en cas d’attaque terroriste ? Tu ne fais pas de différence avec l’autre candidat ? Tu es trop en colère, trop engagé, trop fier pour ne pas opter pour une lutte qui restera dans le cadre de nos institutions, pour une lutte ouverte, les combats que tu veux dans des contextes encore possibles avec le candidat non extrême ? La liberté de la presse, la liberté de manifester, les arrestations au faciès qui existent déjà, tu les imagines avec un parti xénophobe ? Pas pire que maintenant dis-tu ? Ne serais-tu pas un peu capricieux et trop habitué à tous les droits dont tu profites ?

Et puis tout simplement, tu ne contres pas l’avancée du FN  en prétextant que les politiques passées l’ont amené là où il est. D’accord. Elle ne fait plus peur. Tu te crois comme le taureau devant le toréador ? Elle ne fait plus peur, elle et son parti. Bien sûr ce n’est pas arrivé dans un claquement de doigts. C’est du bien joué d’un côté et de la complicité en face. Machiavélique.

Je ne peux pas entériner la banalisation du parti haineux qui attend son tour. Je suis prête à voter, contrairement à ce que je pensais il y a quelques mois. Il y a eu de belles choses dans cette campagne, des idées réalisables, des envolées, de vrais projets, du concret. Plus le score FN sera haut, même si elle ne gagne pas, plus la suite va être périlleuse. Si elle gagne à un chouïa, ce chouïa va être le plus lourd chouïa du monde, qui va nous faire avaler notre couscous par les trous de nez. Tu n’as pas d’amis aux Etats Unis ? Moi si. « Laure, c’est la fin de la démocratie. » m’ont-ils dit.