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Grande galerie de l’évolution. Muséum National d’Histoire Naturelle. 19 avril 2015.

En entrant on voit uniquement ce qu’on a sous les yeux : un rez-de-chaussée et un sous-sol. On ne voit que des animaux « empaillés », on comprend qu’en bas c’est le monde aquatique, au dessus on distingue des girafes, dans l’air des squelettes géants sont suspendus. Je me dis  » Bon, je vais y aller mais ça va pas me passionner. »

Par chance tu as un petit creux après le sandwich de midi, après l’expo temporaire des grands singes de ce matin, alors, un peu dubitative tu montes à la cafétéria sans trop savoir quoi prendre. Le serveur indien est débordé car il y a déjà une cliente qui a toute une famille à nourrir et un sale gosse dans les pattes. Il n’y a rien d’appétissant mais ces petites tartes au citron n’ont pas l’air méchantes, elles ont même l’air légères et citronnées. Je m’assois loin de la famille nombreuse sur les nerfs, il n’y a personne, les tables sont libres je vais au bout du balcon. Parce que c’est un balcon, intérieur. Les balcons entourent la structure de la grande galerie de l’évolution.

Tarte au citron délicate et pas lourde, je me détends, on dirait que ça commence bien. Elephants, gazelles et girafes me font de l’oeil et je commence à prendre conscience de l’espace gigantesque et somptueux qui m’entoure, m’enveloppe.

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Je n’étais jamais venue, je ne sais pas pourquoi. Je viens souvent au Jardin des plantes qui est si beau. Je regardais les bâtiments du Muséum National d’Histoire Naturelle avec envie et presque crainte. Impressionnée.

Me voilà au premier étage à déguster la tarte avec les gazelles et j’entends et je vois. Les verrières, les balcons suspendus, les barrissements et les chants d’oiseaux puis vient l’orage. Une bande-son soignée. L’orage emplit tout l’espace, puis au dehors on voit la pluie drue tomber, une pluie tropicale. Soudain tout s’arrête comme là-bas et les lumières changent, le toit qui n’est que vitraux devient multicolore.

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Mamamia je suis dans un théâtre, je suis au cinéma à 380 degrés. Il y a des personnes très douées et très respectueuses du public qui ont concocté tout ce qui se passe ici. Je le verrai à chaque étage, dans chaque détail, chaque mode de présentation, de la vidéo à la maquette minimaliste, des panneaux de verre peint aux vitrines anciennes. On peut s’asseoir partout, on peut aller partout même dans les recoins secrets, dans les coulisses, dans les escaliers dits » monumentaux »,  je finirais même par ouvrir une porte qui accède à un immense bureau du personnel. C’est le bâtiment, tel un être, tel un pan entier de l’Histoire, qui est ouvert aux visiteurs, sans limite. La petite expo consacrée à l’Histoire du lieu est d’ailleurs passionnante. Des siècles de vie, des décennies d’abandon, la vie du lieu est une vraie aventure et en 1990 il est décidé de totalement le réveiller de son coma catastrophique. S’en suivent des travaux titanesques, une création hors pair, et des tas de bestioles à déménager, ré aménager…C’est une épopée.

J’étais dans une telle frénésie quand je suis ressortie de là deux heures plus tard que j’ai noirci trois pages d’un grand carnet. Mais je ne vais pas recopier mon charabia écrit à Montparnasse sur une terrasse de café quelques heures plus tard sous un grand soleil.

J’ai aimé les coulisses où seule j’aurais aimé me perdre, j’ai pensé au feuilleton Belphégor , à l’Opéra.

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Je n’ai pas tout lu ni tout vu. C’est impossible. Il y a une somme d’informations essentielles, très bien expliquées, sur des supports de toutes sortes des plus classiques archives aux plus modernes écrans interactifs.

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Tout est passionnant, il s’agit de la nature humaine, vivante, sous toutes ses formes, depuis son origine à nos jours. Tremblements, renversements, adaptations, vies et morts, transformations, développement des plumes, des becs, des ailes, des nageoires, de la chasse, de la cueillette, du papillon à l’Homme, du cachalot à la méduse, de la modernité et des conséquences de la vie des hommes sur celle de la nature. Il y a TOUT.

Je n’ai pas tout lu, j’ai erré et énormément observé la beauté de ce qui est offert, de ce qui est aménagé, avec grâce, tout ce travail des chercheurs, des artistes, des bâtisseurs, des artisans, c’est incroyable d’avoir rassemblé autant de savoir avec autant de générosité et de savoir-faire. J’ai vu le deuxième orage, il doit y en avoir un toutes les heures et demie. J’ai vu les enfants regarder au ciel les couleurs changer. Tant de gens sont assis et prennent l’ampleur du lieu et de ses contenus juste en s’arrêtant et en observant. Il le faut, on a un besoin vital de digérer la beauté et les connaissances qui sont partout.

Au bout d’un moment toutes ces émotions ont commencé à me serrer. Il y a la galerie des espèces éteintes, c’est terrible. Cette galerie est dans la pénombre, c’est poignant. Poignante aussi la place laissée au Dodo et la façon dont son histoire nous est contée en voix off et montrée.

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Il y a beaucoup de poétique dans l’espace créé pour ce « Dodo » et peu de personnes s’y attardent. J’étais seule avec l’animal mal aimé, quasi inconnu, mort dans tous ses voyages en bateau, décrié, moqué, dont il ne reste rien de vivant.

Je commençais à avoir très envie de voir des animaux libres, dans leur milieu naturel. Je suis allée voir l’étage des milieux aquatiques. Les ours polaires sont beaux et poilus. La sculpture de Poussin est un réconfort, j’avais envie de la caresser.

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Les lumières sont devenues bleues, c’était comme une berceuse, un rêve éveillé.

Je suis allée vers le cachalot, tellement immense.

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Et j’ai eu envie de pleurer. Je n’ai pas eu envie, ce sont les larmes, comme des petits poignards, qui se sont emparées de mes yeux, du blanc de mes yeux, du contour de mes yeux, de mes cils, de mes joues. J’ai retenu la coulée, je n’ai pas retenu la coulée, c’est l’eau qui est restée dans mes yeux parce qu’elle était si profonde, si dense, si amalgamée à mes pensées, tout était encastré en moi, d’une manière compacte, j’étais bourrée de sensations, d’esthétique, de rêverie et de détresse devant toute cette vie immense de tous ces animaux qui sont notre ADN, notre patrimoine, notre Terre et que nous ne savons pas aimer, garder et laisser vivre. J’ai jeté un oeil sur un film où la queue de la baleine plonge comme une Reine, fière, à nulle autre pareille, Majesté des océans. Je lui ai dit « Va, va va va, ne meure jamais, n’écoute jamais les hommes, barre-toi, reste libre. ».

Je ne savais pas comment quitter. Je parlais en silence aux animaux, à ceux devant moi reconstitués, et à leurs frères dans la savane et dans les mers et les airs. Je n’en pouvais plus je voulais la vie.

Dehors il faisait intensément beau. Heureusement.

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