Photo d’album 1.

Photo de mon album.

Ce matin à la radio j’entends un photographe qui ne fait que cela, photographier et re-photographier du numérique en numérique jusqu’à ce que la transformation se fasse totale. M’a donné envie de continuer à photographier mes photos anciennes ( argentique) comme je l’ai déjà fait et j’aime beaucoup le rendu. Qui correspond, est en correspondance, avec ce que j’en fais aujourd’hui, longtemps après. Le côté « passé », pas cru ni net, ce brouillard sur les photos re-photographiées et enfin dites, cette brume me plait et me donne les mots.

Je vais donc en reprendre ici. Des que j’ai déjà mises sur des blogs mais qui auraient encore en-vie de causer. Qui me tiennent le coeur.

Celle là c’est au Laos, à Vientiane, chez moi. Sur ma terrasse. J’aimais beaucoup ma maison. Je l’ai habitée après la collègue que je remplacais pour diriger l’association. Je suis arrivée là pour me sauver. Pour ne pas mourir sur place d’un chagrin. Puisqu’il me quittait et pas moi, autant partir.

J’étais donc malheureuse et déprimée. Je prenais la direction d’une association que je connaissais bien, j’avais travaillé en Thaïlande avec eux, dans un camp de réfugiés près du triangle d’or au Nord du pays. A Vientiane, un collègue-ami s’était suicidé quelques mois auparavant, il avait dirigé aussi l’assos et mis sur pied le réseau laotien. Daniel. Un si bel homme. Plein d’ondes, de malice, de fragilités. Femme et enfants locaux et puis, va savoir pourquoi, la dépression sourde qui s’installe. Le bouffe. Il a passé la soirée avec notre coordinatrice au siège, venue de France. Il était souriant comme toujours et bavard, comme toujours. Elle n’a rien vu venir. Personne.

Il est rentré chez lui, a pris des médocs, ne s’est pas réveillé. J’arrive donc, pour remplacer la collègue qui a tout assumé après cela. Daniel est resté dans ce pays qu’il adorait, au milieu des temples, de l’orange, du stuc et des rouges déesses, à quarante ans passés.

Valérie m’a laissé sa maison, Patricia y vit avec moi, au début. On s’entend très bien On a bossé déjà ensemble il y a sept années, en Thaïlande. Discrètes, gourmandes, calmes et un brin farfelues et surtout bosseuses, on cohabite sans soucis et son job l’entraine souvent ailleurs dans le pays. Elle vivra ensuite près du Mékong dans une maison typique en bois. Avant cela elle vivait au Cambodge où elle fut amoureuse du jardinier du Palais royal. Mais Patricia a des aventures romanesques avec des locaux, qui la laissent souvent K.O.

J’aime être sous la terrasse-préau, prolongement du toit. Le jardin est grand, rempli de bougainvilliers. La maison est d’un seul tenant en rez de chaussée avec une grande salle-cuisine pleine de vitres. Il y a deux chambres et une salle de bains au milieu. Par derrière ma chambre j’entends les crapauds-buffles dans les papyrus et les rizières autour.

La route est de terre argileuse. Je vais en vélo au travail, en sarong, en tenue traditionnelle de tissus-tissage replié en jupe longue d’une façon très pratique et jolie car elle te permet tous les mouvements de jambes, comme un pantalon. C’est la première chose à faire en arrivant au pays : aller chez la couturière, choisir des tissages, te faire faire des tenues traditionnelles : jupes-sarong et haut cintrés et boutonnés devant. C’est la tenue de tous les jours. Selon le tissu ce sera la tenue pour la maison, la tenue pour dehors, la tenue chic, selon la qualité du tissu, les motifs, les fils d’or, la soie, etc.

Pendant que je travaille pour l’association, je passe ma fin de Master 1 (Maitrise, on disait…). Je passe beaucoup de temps chez moi les samedi et dimanche à réviser, envoyer des devoirs par correspondance. Je ne sais plus à quel moment de l’année je passe les épreuves écrites. Il y a moi avec Patricia et une de ses amies du Cambodge. Elles sont en Licence ( disait-on…), nous roulons ensemble vers la fac de français de Vientiane. Nous sommes en mob, deux mobs pour trois. Nous rions beaucoup. Ce sont des souvenirs magnifiques. Cette  » amie » est très sympa , une brune très vive et très bavarde.

Nous roulons sur la grande route qui quitte la ville pour aller vers le campus. Nos cheveux flottent au vent, on s’amuse.

Je rencontre deux « Robert » durant mon année laotienne. Des américains dont un d’origine asiatique. Je leur plais, ils ne me plaisent pas, c’est désolant sans doute. Je n’aime que lui, celui qui n’a quittée que je veux espérer encore. Je lui dis  » Viens ici, tu vas adorer, nous serons heureux ». Je le lui écris, je ne recevrais plus jamais aucun signe.

Sous cette terrasse viendront Michèle, de France, et Cathy, du Cambodge. J’irai à Hanoï avec Michèle. Cathy vient pour se reposer. On boit des jus pressés, ananas, mangues, noix de coco, on a trouvé une épicerie qui en fait des délicieux, on s’attable dans la rue. Tout est beau, on arpente la ville à vélo, on papote autour de cette table durant des heures. Le rire de Cathy est africain, a la même force. Ces deux amies là je ne les ai plus. Je n’ai pas su les garder.

Je suis non fumeuse, depuis toujours. J’ai essayé mais je n’y arrive pas. Avant de partir pour le Laos je fumais deux paquets par jour et je perds huit kilos en deux mois. Le chagrin d’amour permet tout. Sur ma terrasse je fumotte parfois, pour voir, pour me donner un air, pour voir comment le chagrin s’éloigne ou reste là.

Ma maison est lumineuse, j’y bois du café dans une cafetière occidentale,sur laquelle on met l’eau puis on presse, ah oui un Bodum on dit ? C’est l’objet exotique. La collègue me l’a laissé. Je n’aime pas le café mais j’en bois. Pour l’odeur, pour les endroits, pour l’atmosphère autour. Je bois du café chez moi, pressant religieusement le café laotien dans l’objet exotique avec un sentiment de luxe et de plaisir volé. Le quartier est calme, entourée de six maisons identiques. Quand le riz pousse le jardin sent la rizière. Le chaud, le moite et la rizière. Quand je pars en vélo, j’ai beau être souvent malheureuse, je me sens dépoussiérée de moi,  déconnectée de tout ce que j’ai laissé derrière. Je roule sur une route boueuse qu’on va bientôt goudronner. Il est sept heures, je cherche l’air sur mes joues, je pédale de travers et j’évite les voitures pick-up boueux qui se cognent aux bosses. De cette route je me souviens toujours, moi qui ai une si mauvaise mémoire.

Publicités

C'est ici qu'on cause...

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s