Pas de café, la prochaine fois

Partie en ville avec l’idée de boire un café et de poster ( avec un timbre ) quelque chose écrit sur une terrasse au soleil. Mais j’avais promis une visite à l’amie en maison de retraite pour 10h30.

Short planning my friend.

Passée acheter des amandes pour moi et des speculoos pour elle. Passée lui prendre un gel douche à la verveine, elle venait de me dire au téléphone qu’elle était tellement perdue qu’elle n’arrivait pas à prendre sa douche ce matin. Pourtant elle a emmenagé dans une chambre seule, elle attendait cela depuis avril.

Passée à Artisans du Monde voir les keupines. Tombée sur Annie, c’est elle qui faisait la permanence au magasin. J’aimais beaucoup faire cela quand j’avais des moment chômeduesques, j’espère recommencer, pour l’heure je viens juste en coup de main aux petites vacances si besoin. Annie a perdu son fils en mai, 45 ans environ, d’un cancer. Ca a été assez vite, genre six mois. Je lui en parle, je ne reste jamais dans le silence ou le tabou quand je croise des gens qui sont dans le deuil.  On n’a pas pu aller loin, on aurait pleuré toutes les deux. « Il a beaucoup souffert » C’est ce qui la rend terriblement abattue. « j’ai souhaité qu’il meurre, je souhaitais qu’il meurre » a t-elle répété l’air désolée encore stupéfaite. Oui. Une saloperie. Lui ai acheté du mascobado Le sucre des sucres et ai orienté sur autre chose…On peut pas se permettre de chialer comme des Madelons en plein magasin un mardi à 10h. Faut ravaler ses sanglots matelots. Je la connais peu, Annie, mais elle a été sympa avec moi, m’a montré des tas de trucs au début.

Pas le temps d’un café ou d’un thé et zut un troquet est fermé sur le boulevard, l’autre est trop loin dans la vieille ville, non pas le temps. J’ai dans mon sac, du sucre et des petites bouteilles de gel-douche.

J’arrive à la Maison de vieux, dans un joli village. Je fais un effort pour ne pas lâcher cette voisine devenue amie au fil des années. Elle a toujours été adorable pour moi. Très barrée dans le spirituel voire spiritisme-ésotérisme et tutti. Une générosité sans limites. Très rapidement, en six mois, une dépression des 75 ans l’a attrapé au col et ne l’a plus lâchée. Je ne connaissais pas son passé psychiatrique, on s’en fout, pas besoin de cela pour perdre la boule en temps et heures. Son temps avait sonné. J’ai épaulé sa fille , on a essayé de la laisser à la maison, puis elle l’a prise chez elle puis elle lui a trouvé une place en institution.

J’ai vécu cela durant six années avec ma mère. Je  déteste. Je constate que c’est partout pareil. les mêmes odeurs, les mêmes vieux, les mêmes piaules à peu de choses près. La même animatrice d’activités, adorable, au sourire Gibbs, délicate et inconsciente je l’espère. L’amie est comme un bout de roseau aux yeux écarquillés. « je suis complètement perdue ». il n’y a plus de lien , de secondes en secondes, dans ses actes. On bavarde, puis c’est l’heure du repas, on se lève, elle va me raccompagner au portillon. On est debout devant sa porte dans la chambre. j’attends, pour voir. J’attends. Elle est stoïque, les mains entortillées depuis une heure que je suis là. Elle est face au mur les yeux ne savent plus rien. Je souris. Alors ? Alors elle ne sait plus ce qu’on est entrain de faire, ce qu’on a dit il y a trois minutes ( le repas, me raccompagner…) Alors c’est moi qui dis et fais, « On sort dehors, hein ? tu me raccompagnes d’accord ? ». « tout va trop vite » a-t-elle écrit sur son cahier de bord. Elle dit cela depuis six mois. Tout va trop vite, je suis perdue. Elle n’a sûrement pas tort, d’autres peuvent le dire aussi.

je crois que si je devais écrire un bouquin ce serait sur ces vieux qui perdent la boule et l’expérience avec ma mère. Bobin a tout dit dans La présence pure. Un chef d’oeuvre que j’ai lu d’une traite assise par terre le dos au mur dans mon couloir, n’en revenant pas. C’est précisément cette amie qui me l’avait conseillé. Elle, elle qui ne lit plus. Elle qui maintenant est DEDANS le livre.

(rentrée chez moi, soleil de plomb, piscine presque déserte, nagé, nagé, nagé, bon sang NAGER-VIVRE !)

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13 réflexions sur “Pas de café, la prochaine fois

  1. J’y vais une à deux fois par semaine, depuis que nous avons déménagé j’ai une heure de route pour m’y rendre, aussi, il y a des semaines où j’ai du mal à tenir le rythme des deux fois! Elle me regarde, mais les yeux sont ailleurs en fait, elle attend que je parle. Je raconte trop vite, j’essaie de dire tant de choses pour occuper le silence…Alors je me raccroche à la moindre bagatelle, je saute du coq à l’âne…Elle, elle ne parle pratiquement plus, elle écoute sans y être tout à fait. L’autre jour elle m’a dit « je perds la mémoire, je ne me souviens plus de rien, c’est terrible… »
    « C’est pas grave, Maman, c’est la mémoire immédiate, des choses auxquelles tu n’attaches pas d’importance…le reste, tu te souviens »
    « Non, du reste , non plus… »
    Que répondre? Elle se raccroche désespérément à ce que je lui raconte de ses petits enfants et arrières-petits-enfants…ça, elle arrive à s’en souvenir lorsque je reviens et me questionne sur un détail que j’ai donné la fois précédente, mais c’est si ténu, si fragile! Présente, absente…Je suis là, c’est tout, elle me regarde…

    1. Quand je n’y allais pas ( 800 kms nous on séparées au début, quelle galère !) j’envoyais des jolies cartes. Je savais que le personnel lui lisait, et que ça serait au moins mis dans sa chambre. Et puis le cahier de bord, très important. Ce sont des amis qui m’ont initiée car ils ( ont formé un groupe de soutien) se relayaient auprès d’un ami agonisant à l’hosto et il était important de noter chaque jour qui venait, ce qu’ils faisaient, ce que lui montrait voulait….Un passage de relai. Ca soutient le moral des visiteurs. Ma soeur et moi avions instauré un journal-agenda et on notait chaque fois qu’on venait et ce qu’on avait dit ou fait, etc….Une trace quand tout disparait de secondes en secondes. Petits Poucet.

    1. Moi Touchée( rajout du 17 aout : projet mis en route cette fois pour de bon)
      bel effort M’dame, trois commentaires d’un coup, pfff. Oublie ce que j’ai dit, fais comme tu aimes, te sentir bien, point.

      1. t’inquiètes, je fais que ce qui me plait, na. Poser ce qui me gêne dans le fait de commenter me l’a fait lâcher, un peu. Paradoxe, toujours 😉
        Bises

  2. Voilà, donc je t’ ai retrouvée et c’est une bonne chose. Et ce texte, ce texte… « La même animatrice d’activités, adorable, au sourire Gibbs, délicate et inconsciente ». Je lis ce « délicate et inconsciente » dans un mélange d’envie (j’aurais voulu l’écrire) et d’admiration (je n’aurais sans doute pas trouvé cette expression si parfaite). Merci.

    1. c’est que je l’ai dans l’oeil, exactement ainsi…et j’aurais préféré peut être ne pas l’écrire être insouciante moi à mon tour, ne pas JAMAIS connaitre cela !
      Bienvenue l’Homme aux bras qui ne dorment pas !

      1. ah ah ! brite aussi :-).
        Pourquoi dans les séries amerloques donnent-ils des prénoms mentholés à leurs acteurs? (Gibbs, il me semble dans NCIS, et puis brite c’est pas bien loin de Bree 🙂 )
        Sinon, la déco de ton blog est tip top, je suis presque jalouse :-D.

  3. C’est souvent des diminutifs, les américains en raffolent, n’utilisent jamais le vrai prénom ( Ray, Bob, Dan, Doug, Bree, Suzie, Kate, etc)

    la déco j’ai eu du bol. Utilisé une photo recadrée et qui a coincidé pile poil avec la « marge » du texte.

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