Planter un arbre

J’ai envie de l’automne. Ici, comme partout hors des villes, les saisons sont pleines. Elles s’affichent, fières, toutes. Mais ici, vraiment…c’est quelque chose que je n’ai connu aussi intensément qu’en vivant dans le Béarn. Mais j’étais moins consciente.

Plantera-t-on un arbre ? Je voulais un fruitier. Le jardin est petit mais en deux parties dont une, je crois, qui pourrait le recevoir, l’autre est celle du potager et de la vue vers les montagnes. Elle doit ouvrir le regard, l’arbre serait au milieu et rétrécirait tout.

Le voisin qui s’y connait, a fait des essais et me conseille. Il a un beau mirabellier et ce nom nous plait beaucoup. Mira-belle. Regarde la belle. Mira !

Je veux planter un arbre à fruits, même dans le jardin petit. Le figuier de ma grand-mère avait été détruit, celui près de la voie ferrée Ajaccio-Bastia. Ils font des travaux sur la voie, ils bousillent tout ce qui dépasse. Le tilleul aussi avait été massacré, celui devant la maison. La famille qui a récupéré la maison de quatre étages en pente, au village, a coupé le tilleul qui avait tout écouté et tout vu depuis sans doute cent cinquante ans. Ma mère ne s’en est jamais remise même si la cousine est adorable. Serait-ce son mari, ce gentil gars du continent, qui connait pourtant toutes les histoires depuis cinquante ans , qui a décidé de couper le tilleul centenaire ? Seraient-ce leurs enfants, ces péquenots de la ville bien éduqués matheux ingénieurs disciplinés avec femmes et enfants ?

Le tilleul ombrageait toute la terrasse du jardin sous laquelle la table, la grand-mère, les odeurs de chaleur et de nature épaisse transpirante. Sous laquelle les guêpes, les abeilles, les lézards.La maison sentait fort, très fort. Ce bois, ce velours poussiéreux partout, le marbre glacé de l’escalier géant. Une odeur d’église parfois. Plusieurs cuisines ( l’été en bas, l’hiver en haut), une cave qui fait peur, dans les pierres. Une maison immense qui ne pouvait pas franchir les années, elle sentait l’avant-guerre et refusait d’avancer. Ils l’ont toute changée, remodelée, au forceps.

Plus loin de l’eau coule dans le jardin du voisin. Il a mon âge, six ou sept ans. Je rampe jusqu’à sa clotûre et je me faufile. Sa maison est différente, plus moderne, son jardin est différent, c’est un endroit étranger où je me sens nouvelle et où je viens communiquer en secret.

 

 

Publicités

10 réflexions sur “Planter un arbre

  1. Le jour où plus personne ne coupera un arbre comme on arrache un brin d’herbe, ce jour-là, si tant est qu’il arrive un jour, le monde ira beaucoup mieux… Les arbres nous ramènent entre autre chose au temps qui passe et à la mémoire ; à un temps différent de celui dans lequel on vit. Alors bien sûr ils doivent parfois agacer…

  2. C’est cela…Et en France, en ville c’est vraiment un truc de fou, « un truc de malades ».
    Quelle joie de voir les immenses arbres au centre de Montréal !

  3. Planter… mais après on s’attache.
    Moi qui me sépare sans regret d’un lieu, j’aurais désormais du mal à quitter les arbres et tout ce qu’on a installé au jardin.
    Chaque jour je les observe, les caresse, et leur parle, alors les planter-là pour autre chose, pas si simple.

  4. Oui c’est vrai néanmoins j’ai toujours planté mon arbuste fétiche, le seringat, là où je vivais, même pour une année et jamais proprio
    tiens tu viens de me rappeler que je ne dois pas l’oublier lui !

    Si on était sûr que les prochains, les suivants, ne zigouilleront rien après nous, on partirait le coeur léger…

  5. Perso, n’y voyez aucune provocation, les arbres au jardin, je suis plutôt contre. Mon père en a planté à qui mieux mieux dans son terrain et maintenant (quarante ans plus tard ) le jardin ressemble à un sous bois. Attention, je n’ai rien contre les sous bois, mais dans les bois. Pi ça cache terriblement la vue, les arbres. Ça confine. Tu dis ? C’est fait pour ça ? Ok. Alors va pour un arbre fruitier et le mirabellier me parait un choix intéressant, pour le fruit. Mais si le nom du prochain heureux élu a plus d’importance que le fuit lui-même, pourquoi pas le plaqueminier, par exemple, dont les feuilles à l’automne sont une vraie merveille ! Enfin, ce que j’en dis… Mais je n’aurais jamais coupé le tilleul.

  6. je viens de lire un livre de Bashô, haïku, qui m’a dit qu’avant dans chaque maison japonaise enfin au jardin, il fallait planter un plaqueminier.
    Bon tu es pardonné de dire des bêtises pissque pour le tilleul..
    Oui mais ton père il avait peut être la maladie de l’arbre

  7. Le seringat, quelle merveille…

    C’est vraiment triste un arbre qu’on coupe.
    Il y avait un saule magnifique devant la cuisine de chez es grands-parents. Sses racines avaient explosé la terrasse, donc il a été coupé, mais j’ai été triste longtemps.
    Quelle grâce…
    Le magnolia qui l’a remplacé n’en avait pas autant

  8. le saule…un arbre à part je trouve. Ce n’est pas un arbre.
    petite le saule dans le jardin, au milieu. trainait au sol, j’entrais dedans comme dans une cabane et regardais le dehors qui ne me voyait pas

    1. Mon arbre cabane était un noisetier. Que de moments à lire dans ses bras, protégée de la folie autour, tranquille…Le seul endroit peut-être, pendant tant d’années.

C'est ici qu'on cause...

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s