Télepho-non

« J’aurais aimé te parler »

Je n’ai jamais été fana du téléphone, enfin plus depuis que j’ai passé la trentaine. Peut être parce que j’en ai été privée en vivant loin, volontairement. Tu t’éloignes volontairement, c’est dans tes veines. Tu penses que les sentiments tiendront la route.

Toujours est-il que j’ai délaissé longtemps le téléphone. Je ne l’utilise plus pour contacter ceux qui ne sont pas à côté, c’est à dire à peu près tout le monde. C’est à dire qu’il n’y a plus personne ? C’était trop d’émotion et de frustration de retrouver la voix d’une amie sans son visage, sans son corps et sans être sûres de se revoir bientôt. C’était presque trop d’un coup.

Et puis je change. Deux appels en un mois à celle-ci, qui a ri en me répondant la deuxième fois, il a fallu que je m’explique : « Oui, je n’aimais pas téléphoner mais tu vois je reprends le téléphone, j’ai envie ». Et puis je sais qu’elle en a besoin autant que moi. A force d’assumer seule, hein ?

Toi j’aurais aimé. « je voulais te parler ». J’ai vachement regretté que personne ne réponde les deux fois, puis entre mes deux essais, ratés, une réponse mais tu étais en pleine consultation avec un patient, bien sûr on a tout de suite raccroché. Tu m’as écrit un mail ensuite. Evènement décénal. Tu m’as même demandé l’adresse des blogs. Incroyable. Tu as dit « j’appellerai bientôt ». Les bientôt des uns ne ressemblent pas aux bientôt des autres. Le tien se comptera en mois ou année. Les miens ont déjà pliés bagages et n’ont plus la force de raccrocher devant le répondeur en disant les mêmes phrases laconiques qui ne disent pas.

Dans une autre vie, nous nous serions parlé maintenant. Avant l’hiver, avant le printemps et le prochain été. Nous aurions retricoté les deux années passées sans nouvelles. J’aurais essayé de te faire comprendre ma douleur, mes essais, ma pataugeoire. Tu m’aurais raconté l’évolution du boulot, de l’amour, de ta fille qui est déjà adolescente avant l’âge ( mais y’a plus d’âge). J’aurais pris rendez-vous, nous aurions parlé dates.

Ces amitiés qui ont encore besoin d’un calendrier.

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2 réflexions sur “Télepho-non

  1. Il y a des amitiés qu’on a perdues sans savoir pourquoi (ou parfois trop bien!), qui se ont égarées au détour d’une lettre laissée sans réponse, d’un rendez-vous manqué, d’un changement de vie que l’autre n’a pas tout à fait compris.
    Plusieurs années s’étaient écoulées, un dimanche calme où l’homme et les filles grandes ado, chacun s’occupait et où je traînais sans envie dans mon bureau devant cours et copies, j’éprouvais brusquement le besoin impérieux de savoir ce qu’elle devenait cette amie perdue, ce qu’elle faisait à cet instant précis, si le passé existait encore au fond de sa mémoire. J’ai cherché le numéro, elle figurait toujours à la même adresse, j’ai appelé.
    Le téléphone a sonné dans le vide un long moment puis je me suis retrouvée toute bête, confrontée à sa voix sur le répondeur. Machinalement j’ai parlé, j’ai dit: » Je suis toujours là, j’ai deux filles, l’une fait du piano, l’autre de la harpe, j’ai un chien, il s’appelle Newton… » et puis, j’ai raccroché.
    L’homme et les filles qui n’avaient rien perdu de la scène se moquent encore gentiment de moi aujourd’hui…

C'est ici qu'on cause...

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