De A à Z et des voyelles

En cette journée pleine, ronde comme une image colorée, j’ai pensé à la puissance de l’amour. Son monde me revient. Serrée à hauteur des omoplates, emprise, sans rien vouloir lâcher, sans surtout, ne pas vouloir me dégager de ce bras, par exemple, qui passerait derrière moi et promettrait.

En cette journée de A à Z consacrée à un job agréable. Maintenant, distance oblige, je mange sur place, j’ai trois heures libres. Je prends mon temps et j’ai tout un étage pour moi, seule, isolée. J’ai décoré cinq voyelles sur cinq grandes affiches dans cinq coins de la grande pièce du matin.

Des feuillages pour le A, un vague soleil-tambour pour le O, une vache et des marguerites pour le E, un petit poney courant dans les nuages pour le U, des figues grimpantes dans un sourire pour le I, car il faut sourire pour prononcer i. Voire même montrer ses dents si tu débutes dans les voyelles comme les quinze femmes devant moi.

Fatima mettait son foulard sur sa bouche. Elle n’a plus de dents. « Ca fait rien » je lui ai dit. C’est vrai , avec ou sans dents on peut toujours essayer.

L’après-midi nous buvons le thé avec des gâteries. Dondü est de retour. Excentrique, bruyante et touchante. Ravagée par l’enfance, cataloguée handicapée rebutante dans toute sa scolarité. Elle est jolie avec son foulard bleu et sa robe en jeans. Ses pommettes hautes. Mes collègues ne savaient pas arrondir ses angles brusques et ses éclats de folies, son débit incessant d’anxiété.  Avec moi elle est à l’abri, en douceur, en refuge et en drôlerie. Elle me manque quand elle n’est pas là. Elle rit, elle rit tout le temps, elle rira dans sa tombe, elle rit pour ne pas sombrer. Les autres rient aussi maintenant, elles ont vu au delà des apparences, sa fragilité.

Une journée pleine, dans les replis de la route je vois les replis de collines boisées et je vois l’amour m’y étreindre dans le dos, les omoplates prises dans une certitude. Ailleurs, quelqu’un. Ici, encore. Ailleurs, moi. Visions lointaines. Parfois je sais exactement ce que je deviendrai ou ce que j’ai été.

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