Ensemble

Le temps passe tendrement. Troisième jour sans boire pour notre chat chéri agonisant depuis huit jours. Il n’en pouvait plus de mourir de soif, je lui collais des gouttes sur les babines, à midi il a lapé dans mon verre. Il se dirigeait vers ma tasse de thé posée par terre, j’ai dit …euh non attends, j’ai chopé un verre sur la table pour lui mettre sous le nez. Cela ne changera rien, mais c’était agréable à voir.

Il en a partout des bols, des bassines, d’eaux de toutes sortes ( de pluie, minérale, du robinet), mais non, c’était là, dans ce verre. On n’avait pas vu sa langue depuis longtemps. Dans sa gueule il ne fait pas bon vivre en ce moment, l’odeur de putréfaction  se répand autour de sa tête, de son cou.

Ensuite un mini pipi sur les framboisiers tout neufs plantés, bien voyons…Il adore faire ses besoins sur les fraîches plantations, je dois tout recouvrir de branchages pour l’en dissuader. Mais depuis lundi j’ai tout enlevé, je connais les coins qu’il lorgnait depuis 15 jours…Allez, zou !, « soyons désinvoltes n’ayons l’air de rien ! »

Oui nous avons une vie trépidante ces temps ci. Des chiffes molles. Un temps radieux dehors, soleil chaud, pas de balade. Il faut juste essayer de s’alimenter, nous. Et Ô joie on a dormi six heures d’affilées cette nuit, l’animal je ne sais où fut silencieux.

C’est une expérience. Une sacrée. Nous la détestons. Il y aura le frangin avec nous, il est adorable, mais ce sera tout, merci, notre coupe est pleine. Ce genre de drame n’est pas pour nous. On ne tient pas le choc, plus maintenant, pas avec nos vies, nos âmes recousues trop de fois, nos corps qui peinent, nos deuils en familles,nos deux chattes magnifiques écrabouillées, nos amis disparus lentement dans les hôpitaux, les squelettes qui respirent et qu’on accompagne, passé, présent, et avenir.

Il y a un temps pour tout.

Non, fini les chats ensuite. On a eu la dose, on est au taquet émotionnel et cela ne date pas de maintenant. C’est. Je suis ravie, l’Homme est au même point mort que moi. Lui, homme à chats, est dans la même optique. Défiguré, dévasté, rongé, son visage est méconnaissable, il pleure chaque jour. On pleure séparemment, y’en a pour tous les goûts.

C’est une expérience. Une sacrée. Elle va nous modifier, on lui doit bien cela.

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6 réflexions sur “Ensemble

  1. Vous « profitez » du temps qui passe tendrement, invitation à une vie très très ralentie et comme tu l’écris sacrée. Mile bises à toi et ton homme, et pensées douces à Couli. Là où il est, les caresses ne sont plus forcément bienvenues, c’est ce que j’ai compris au chevet de ma grand mère qui était devenue un oisillon perdu dans son lit. Elle voulait juste de la présence, plus de contacts, trop douloureux disait-elle. Ma main pesait trop lourd sur sa main, trop chaude, trop pleine de vie.

  2. Oui les caresses c’est trop. On pose la main, ça c’est mieux, à peine, mais immobile, surtout immobile et on s’aime. On s’aime, immobiles. Dans l’air stagne, glorieuse, la magie du monde, son mystérieux entre les êtres, tous.

C'est ici qu'on cause...

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