Chère toi

Chère toi,

J’écoute Zazie, tu aimerais aussi.

Cela fait bien longtemps, je ne sais plus quoi dire. J’ai dans mes plis ce que je garde pour une et toutes les amies que je ne verrai plus, je crois. Pourtant je rêve que nous sommes réunies.

Tu verrais la maison, j’aime tes yeux sur ce que je vis. Le thé est versé, nous sommes debout dans la cuisine. Tu as vu cette cuisine de reine que j’ai, c’est rigolo, non ?

Tu as vécu dans des studios prêtés, comme moi, nous dormions sur des lits qui n’étaient pas les nôtres. Oui, mais toi aussi tu as bien changé ? C’était un joli hasard ton appartement parisien à deux rues de ma mère, dans le XVème. Je regrette ce temps. J’ai encore tes clés. Tu as eu la pitié de ne pas me les réclamer.

Je continue de croire que je sais détruire. Tu étais comme une soeur et tu me gâtais. C’est de trop d’amour dont j’abuse parfois, que je ne sais pas entendre et respecter, je crois. C’est de mots trop violents, c’est de laisser partir mes humeurs salées, des flèches empoisonnées.

J’ai changé de CD.

Tu m’encourageais sur tout, tu me disais tes doutes aussi, tu me disais comment tu me sentais et tu aidais mes décisions. Une amie c’est comme ça, ce n’est pas quelqu’un qui hoche de la tête en silence, c’est quelqu’un que tu aimes tellement qu’elle peut te faire mal quand elle est sincère. Parfois ce n’est pas le moment, mais la sincérité reste. Elle est unique. La mienne est redoutable, on songe à s’en protéger.

Souvent je rêve que je vous réunis, mes amies perdues par ma faute. Je rêve de vos yeux attentionnés sur moi, de vos cheveux soyeux qui bougent, et je rêve de vos rires. Le rire africain de Cathy, le rire léger de la profonde Michèle, le rire hoquetant de ma grande Laurence. Du rire de Zabel, j’ai encore droit en petites doses, il est empli des milliers de clopes qui la tueront. Elle le sait mais c’est comme cela. De la voix chaude comme du mohair de mon autre Isa, j’ai. Plus assez mais je retourne là-bas en février. Ce n’est pas trop tôt. Il ne fallait pas que ce soit plus tard.

Chère,

Ecoute-moi. Je t’ai gardé, tu es toujours avec moi. Loin. Je le sais. Je pleure de la vie qui ne peut rassembler. Je dois l’accepter. J’ai tant convoqué le lointain à ma table, je lui ai donné assiettes et couverts, je l’ai embrassé. Ce doux-amer. Enlacés nous sommes, je ne sais plus vivre sans lui. Ce lointain et ce proche qui me déshabillent et me scrutent tout bas. Il peuvent se moquer de moi. Tu peux le faire aussi. Nous sommes des êtres extraordinaires et pitoyables.

Pathétiques vus d’en haut, je crois.

Il y a la musique pour te faire croire que non, que si, que tu es quelqu’un de fabuleux.

La réalité, qu’est ce que la réalité ? Des sornettes, amie, des banalités à nos pieds.

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7 réflexions sur “Chère toi

  1. j’aime tellement ces chroniques intimistes , tu as un vrai talent doux-amer dans la narration , on a la sensation d’un dévoilement à demi-mots … ce besoin que tu as de regarder en arrière , la tête un peu penchée , pleine des souvenirs que tu excelles à convoquer ,la bouche rieuse mais les larmes jamais très loin , au bord des yeux qui veulent rêver , encore et encore de ce que demain sera fait. Mais demain , c’est aujourd’hui , et tu as du pain sur la planche , et du miel à mettre dessus , je sais que tu en as , de ces douceurs gourmandes , plein tes étagères ….
    je t’embrasse .

  2. coquille corrigée, c’est l’avantage de wordpress…
    belle réponse, Agnès
    le pain d’aujourd’hui, oui, a besoin parfois de regarder dans les placards, ceux qui restent, mes confitures de baisers.

  3. J’aime tout particulièrement ce passage : « Ecoute-moi. Je t’ai gardé, tu es toujours avec moi. Loin. Je le sais. Je pleure de la vie qui ne peut rassembler. Je dois l’accepter. J’ai tant convoqué le lointain à ma table, je lui ai donné assiettes et couverts, je l’ai embrassé. Ce doux-amer. Enlacés nous sommes, je ne sais plus vivre sans lui. Ce lointain et ce proche qui me déshabillent et me scrutent tout bas. Il peuvent se moquer de moi. Tu peux le faire aussi. Nous sommes des êtres extraordinaires et pitoyables. »

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