Pas aller à l’école !

Hier j’ai vu un corps de petite fille, rose dans son parka-manteau, rose dans son collant, qui ne voulait pas du tout aller à l’école. Oh là là pas du tout !

Je passe à pied devant des écoles pour aller au travail, je traverse une petite place piétonne, les enfants aussi, avec les parents ou sans, c’est encore mieux.

Je suis restée longtemps à suivre du regard cette mère et cette fille. La petite avait bien tenté de pleurnicher et des Nan naaann nan…mais la mère est inflexible, elle marche comme un robot vers la destination, son petit pois rose suspendu à sa main droite, en arrière, le plus en arrière possible.  La petite chose rose tourne la tête pour voir les « grands » de l’école primaire, dans la cour, elle va en maternelle, sans doute, si petite je ne vois pas où elle irait sinon. Son corps n’y va pas mais elle ne lâche pas la main de sa mère qui fonce vers le but, vers l’abattoir.

Les pieds du bébé rose ne touchent pas toujours le sol, c’est impossible avec une mère aussi têtue qui presse son pas sans faillir, aucune pitié pour le cochon rose qui tire dans l’autre sens. Je suis fascinée par le corps de ces deux là. Les corps des gens qui bougent et disent, me passionnent. Je repense à la thèse sur ce sujet, que je n’ai pas faite.

Le corps rose est raide à cause du manteau, les gosses ont tous ce manteau un peu duvet en plastique lourd qui tombe comme un sac de briques. Mais ses jambes font la course mobile, en arrière. Pas facile d’aller en arrière quand maman va en avant et que tu lui tiens la main. C’est du sport. La main droite de la mère qui enserre la main gauche du bébé rose. Les bouclettes brunes épaisses de la princesse, ses yeux noirs qui ne savent plus trop où regarder et surtout pas devant elle, cela signifierait un renoncement à elle -même. Je ne regarde pas là bas devant où est l’école, je ne veux pas. Je regarde sur le côté, derrière, je regarde rien nom d’un patate à petit pois, je veux pas y aller.

Je les ai laissé sur leur parcours de l’impossible. Désolée pour la poupée. Avec un pied sur deux qui ne touche pas le sol tellement maman va vite et on est en retard il est 13h30 j’ai pourtant tout fait pour retarder la sentence finale. Les petites jambes sont raides et courent malgré elles à cause de cette main gauche dans la main de la mère puis ce bras tendu vers ce que l’on ne veut pas. La petite fille marche verticale, sa mère est allongée, penchée, le cou droit pourtant, c’est l’énervement.

Je suis désolée petite fille de te voir comme ça. Tu vois, conduire mon gosse à l’école aurait été un calvaire pour moi, une des choses que je ne voulais absolument pas faire dans ma vie. Et moi je n’ai pas pu aller en maternelle, j’ai trop pleuré, une dépression d’une journée qui a tant catastrophée la maîtresse qu’elle m’a rendue à ma mère. Ouf.

.

Publicités

12 réflexions sur “Pas aller à l’école !

  1. Ah, toi aussi !
    J’ai encore essayé pour le CP mais une bonne douche froide m’a ramené à la raison ! Et mes parents n’ont pas compris pourquoi je n’ai pas pu apprendre à nager à 10 ans comme les copains. Bon, j’ai appris tout seul à 16 pour ne pas avoir l’air trop con sur la plage, mais depuis je n’aime pas, mais pas du tout, … les oursins !
    Bonne journée 🙂

  2. Ah Ha ah !
    Le CP moi je n’ai pas connu, juste le cul sur une chaise qques jours et comme je savais lire, écrire et compter ( j’avais appris à la maison) j’ai sauté deux classes.
    Ce qui m’a valu quand même pas mal de déboires affectifs ensuite…et aussi a forgé toute ma vie.
    Aujourd’hui j’ai une nièce qui a déscolarisé sa fille à partir de la primaire. Je compatis.

  3. Cet Internet est vraiment facétieux ! Variante vécue, l’enfant qui va à l’école mais qui refuse que tu partes, surtout quand c’est une certaine maitresse qui accueille. Un autre type de scène finalement.
    La même en CP aurait pu écrire une encyclopédie de l ennui à l’école, elle savait déjà lire. Alors à la rentrée elle a sauté son CE1, elle s’est ennuyé sec à nouveau au cours du CM1 mais là bon disons que pour qu’elle ne soit pas totalement déphasée en taille et pôles d’intérêt avec les autres, elle est restée avec son groupe d’âge….

    1. ah ha rester ou pas dans son groupe d’âge ; je peux en écrire un roman !
      il y a toujours un moment où les pendules se remettent un peu à l’heure. pour moi ce fut en seconde, j’ai enfin pu redoubler et moins me stresser…et ne plus plaire à mes parents !
      mais quelle aventure d’être avec des plus vieux que moi durant toute ma scolarité !
      Ma vie ?

  4. Ce texte m’interpelle.
    D’autant plus que je n’ai pas scolarisé Bianca cette année (elle aurait dû entrer en petite maternelle). Elle dit qu’elle veut rester à la maison, qu’elle a une maman, des frères et qu’elle peut faire des choses ici… Bon, je culpabilise aussi, qu’elle ne soit pas avec d’autres enfants, qu’elle regarde au moins 1X par jour un dessin animé, qu’elle joue le matin sur l’ordinateur avec des hippopotames qui mangent des melons, que j’aimerais bien aussi avoir un peu de solitude; je ne sais pas trop quoi penser actuellement, ce qui est bien, ne l’est pas, une chose est certaine, la petite puce rose que tu as vue, me fend le coeur et je n’aurais pas trop supporter la scène…

    1. Pas d’obligation de scolarité en maternelle, alors si tu peux respecter le rythme et le souhait de l’enfant, c’est délicieux. La pression sociale est énorme pour inscrire ‘lenfant dès la maternelle. Oser faire autrement, écouter son coeur, cela demande du courage parce que les attaques sont nombreuses. Cet acte là interpelle les actes de ceux qui ne se sont pas posé de question… classique :

  5. grosse responsabilité la scolarisation, heureusement les parents sont deux en général, et il faut au moins cela pour s’épauler, assumer et prendre les décisions….pendant les vingt ans à venir !!

  6. Ben, et dans le cas de l’enfant qui tanne ses parents tous les matins pour aller à l’école parce que qu’il/elle s’ennuie à la maison, veut aller à l’école comme sa fratrie… tu ressens quoi ?

  7. Je ressens quoi ? Ben je ne sais pas parce que je n’y suis pas. n’est ce pas ?
    Enfin ce que je constate c’est que c’est à chacun de faire comme il veut, comme il peut, parents et enfants…Le truc bien dans la démarche de déscolarisation c’est que dès que l’enfant le décide, le demande, il retourne à l’école, c’est le principe de base en tout cas pour l’assos que je connais ici. Très intéressant de voir à quel moment et pourquoi l’enfant demande à aller en classe. Très souvent à la période collège.
    Tout cela n’est pas facile.
    L’école est une institution inscrite dans notre société…qui veut alléger les liens, s’éloigne de ses congénères.

  8. Oh ben désolé… je c’est pas si c’est le fait d’être protégé mais une chose et son contraire n’était pas mis à jour dans ma liste de blog, j’ai cru que tu avais rien publié depuis plus d’une semaine, je suis venue aux nouvelles et… surprise ! Je vais rattraper mon retard de lecture…

C'est ici qu'on cause...

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s