Pur mouton

Me v’la raide dingo des moutons devant chez moi. Oui parce que devant chez moi y’a pas de petit bois, y’a un champ, tout nu, tout grand, une prairie en juin, pour le reste je ne sais pas encore…

Et puis v’la le troupeau. Je suis ébahie, en admiration complète. Non pas que je n’aie jamais vu de mouton ni de troupeau, ici on a même la Fête de la transhumance à Die. Mais ceux là ils sont spéciaux, ils ont de la gueule. Ca doit être la saison, tout ce pelage. Ce sont des randonneurs, des costauds qui ont de la bouteille. Ils ont l’air de très bien se connaître. Il y en a un qui boîte, il y a ceux qui ne se quittent pas, celui qui pousse l’autre par derrière, et les chèvres brunes complétement indépendantes.

Ils ont leur vie, leur caractère. Je ne sais rien d’eux, ils sont arrivés dimanche, ils vivent maintenant sous mes fenêtres et la vue du balcon Nord s’en est trouvée multipliée, déjà que c’était pas mal…Je les aime en groupe, je les aime en petites masses éparpillées, je les adore assis au sol, tout patauds et dignes à la fois, étalés en zen, peinards. J’aime leurs toutes petites pattes vaillantes. Je les entends brouter depuis chez moi, j’entends la cloche aussi de celui qui la porte, une brebis ? Pas marrant comme fardeau, pas moyen de brouter tranquille.

Hier soir je les ai guetté autant que j’ai pu jusqu’à ce qu’ils se fondent dans la nuit. Ce matin je les ai guetté, ils étaient invisibles, juste un gling gling m’indiquait une direction et je crois qu’ils ont dormi en rond en plein milieu du champ. Le temps que je revienne les voir, à peine le jour debout, ils étaient éparpillés entrain de brouter et leurs sabots faisaient crac crac croc sur le givre solide.

Ils sont dans le silence, c’est peut être aussi ce qui m’impressionne, ils sont totalement silencieux. Il n’y a pas de petits, bien sûr, sont-ce toujours les agneaux qui bêlent ? Ils se meuvent en douceur dans un silence rempli, très mystérieux et puissant. Une onde monte, a envahi tout le champ où ils vivent. Elle est très forte, impressionnante. Je suis sous son charme. Je suis hypnotisée.

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J’ai essayé de les compter à la louche et ils sont presque 150.

J’avais déjà ressenti une sorte de transe méditative en cotoyant un poney et une jument qui vivaient en bas de chez moi il y a dix ans. Je descendais le pré qui nous séparait et je m’asseyais près d’eux qui broutaient. C’était une extase. Le bruit craquant de l’herbe et le silence, la mélopée de leurs mâchoires, leurs gestes lents et sûrs, comme une armée de géants. Et moi, rien. Devenue à l’échelle de la petite herbe verte, de la rigole d’eau serpentant à côté de leurs sabots. Et moi, rien, transportée enfin dans une autre peau, une autre échelle des valeurs, redevenue. Nous n’étions pas rapprochés. Ils étaient eux, j’étais moi et ils me le signifiaient. Mais je n’étais plus, plus du tout celle d’avant. Mon corps était mou et endormi, totalement déplié, liquéfié, jouissant.

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Oui, ces moutons ils ont quelque chose. Ils ne sont pas d’ici, ce sont de purs nomades. Ils sont ensemble, ils s’approprient la terre sous leurs pieds et demain ce sera une autre et ils feront pareil.

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2 réflexions sur “Pur mouton

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