Saules aveugles, neige plâtrée

J’ai finalement repris du Murakami à la médiathèque. Il faut en avoir le coeur net : saurais je lire autre chose que Kafka sur le rivage ?

Saules aveugles, femme endormie. C’est suffisant ce titre résume l’écriture de cet auteur. J’ai pris ce recueil de nouvelles et un roman aussi. Je me suis dit « des nouvelles, c’est court, on verra ce que ça te fait ». Et puis apprendre.

J’ai tout de suite retrouvé, presque trop, je ne sais ( un style, un talent,  cela peut devenir trop systématique et anecdotique s’il ne se renouvelle pas ?), l’écriture, la marque de fabrique, tu ne peux la manquer. Finalement je suis tatouée. Comme quand on allait en boîte et qu’on te mettait un tampon encreur au dos de la main. J’ai le passe, je peux entrer et sortir, j’ai payé pour la tribu. J’ai tout de suite retrouvé les descriptions uniques, cette façon de creuser au petit canif un immense iceberg, de n’avoir peur de rien. Cela me rappelle ma tentative de raboter une porte au cuter. Elle est là devant moi la porte, maintenant elle a l’air qu’un vieux requin auquel on a retiré son dentier. On se demande quelle catastrophe est arrivée dans la maison, dans cette pièce, et s’est abattue exactement sur la tranche de la porte, découvrant le bois avec ses griffes, écaillant la peinture verte pissée, grattant et grattant jusqu’à ce que coule le sang sans doute. Un travail immonde inachevé. Oui, j’ai fait une crise, dirais je aux professionnels qui passeront un jour là avec un rabot. Ils ne comprendront pas. Je leur dirai que je suis un peu bizarre, de ne pas faire attention.

Et voilà ce que j’aime chez Murakami, c’est bizarre mais il faut absolument y prêter attention et les vannes sont lâchées. C’est pourquoi je m’y plonge encore car je sens combien il peut m’apprendre, m’apprendre à oser. Oser écrire sans retenue, sans songer au confort du lecteur. Un auteur te met du fil à retordre, des foulards de soies noués en tête, un vrai auteur ne te vautre pas dans ta facilité, il te prend et t’impose de fouiller, d’être un peu moins passif que d’habitude.

Cette fois je suis servie, j’ai lu trois nouvelles et il y en a deux auxquelles je ne comprends rien, je ne saisis pas la fin. Je crois qu’elle n’est justement pas à saisir, qu’elle est juste une perche. Tu fais glisser ou pas. Et ça c’est chouette, moi qui ai tendance à donner toute cuite la fin de l’histoire, à clôturer le moindre petit texte ( trop autoritaire). Je vais continuer à lire car c’est fabuleux, j’ai les yeux tout ronds et ma cervelle engrange. Et vais je supporter d’être larguée dans les deux dernières phrases à chaque fois ? C’est comme un maître nageur qui te porterait sur l’eau avec une bouée et qui sans prévenir enlève la bouée. Pof tu es perdue, mais pof tu as pied. Tiens y avait-il seulement un maître nageur ?

Pof. Dingue. Oser comme ça. Ca m’éclate. Je me sens portée vers d’autres horizons d’écritures.

Ce matin les roues des voitures craquent sur le chemin. La neige est tombée durant 15 heures hier. Fine, parfois glacée, légère mais têtue. Le jardin est blanc sous 10 cms de poudreuse humide maintenant gelée. Sur les arbres, dans les branches, ce qui n’est pas déjà tombé sous le poids est resté en paquets solides, par grappes, des plâtres moussus, de la crème à raser.

j’ai un gros gros travail avec les oiseaux, c’est pourquoi je ne suis pas allée travailler hier. Ils arrivent par douzaine maintenant. Ils se rapprochent de plus en plus de la maison, guettant les places déneigées, se posant sur la terrasse en bois ( couverte). Pas de merles par contre, c’est curieux. On verra aujourd’hui.

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Photo de ma balade, hier, dernier jour de janvier, 14h. A ce moment là, la neige s’est mise à tomber vraiment, une petite tempête, solide.

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15 réflexions sur “Saules aveugles, neige plâtrée

  1. Kafka sur le rivage, le plus fascinant et envoûtant pour moi… et là cela te plonge dans une réflexion sur le temps et la mémoire insensiblement, mais de manière inquiétante, tu glisses avec Murakami insensiblement vers le fantastique… bizarre, « ai-je bien lu » et je relis… et des questions et des questions… J’ai lu des interviews de l’auteur : il est dans la vie comme son personnage principal, d’une grande banalité une certaine naïveté et en même temps qui ne s’en laisse pas compter, une grande capacté d’ennui aussi d’où naît le goût du comportement, du questionnement incongru ! Vraiment j’adore oui même s’il y a une marque de fabrique certaine… et tu as vu il y a toujours un des chats quelque part, ceux qui parlent aussi…
    Demande aussi à ton bibliothécaire préféré La fin des temps, livre que j’ai relu plusieurs fois, envoûtant et captivant sur les temps à venir avec un peu d’imagination, une histoire de licorne aussi dont tu nous parleras sûrement ! Veinarde qui découvre cet auteur, tiens je vais relire Kafka et son si beau personnage féminin… Go to : http://www.randomhouse.com/features/murakami/site.php?id=
    Quel recueil de nouvelles lis-tu, que je le relise ?

  2. je trouve tes textes déjà très ouverts mais j’en redemande !

    Et pis si tu pouvais réveiller les scribulateurs endormis ce serait bien !

  3. J’ai fini Kafka…J’ai du mal à mettre en mots l’impression que m’a laissée ce livre. Ce que tu dis de l’écriture de Murakami traduit parfaitement ce que j’ai ressenti. A la fois une grande légèreté dans la description, dans l’évocation de ce qui lie les personnages entre eux et en même temps une extraordinaire audace qui laisse un peu pantois. En tout cas j’ai vraiment aimé ce parcours initiatique qui se rit du réalisme et où, pourtant, la vie semble saisie dans sa vérité profonde. Merci de me l’avoir fait découvrir!

    1. Et bien je suis soulagée et surprise : pour une fois je suis secouée par un livre et je donne envie d’y plonger !!. faut dire que c’était facile avec celui ci …
      ?

      Mais cela m’a refait penser à la question de « lire un livre même quand on n’accroche pas ». Et je crois que non, c’est dommage.
      imaginons qqun qui entame kafka sur le rivage…sans être conquis, mais le lit par tenacité, pour aller jusqu’au bout, toujours sans être entré dans la magie ? Totale perte de temps, je trouve et manque de respect pour l’auteur. Mieux vaut attendre le moment, ça j’en suis certain, ce serait dommage de rater le voyage , non ?
      je me demande ce que Stéphanie sur sa dune en penserait…

      1. Mais moi je ne peux pas m’empêcher de finir…c’est mon côté sérieuse à l’école ça.
        Je ne trouve pas que ça soit du temps perdu, ça fait ronchonner et chercher de nouvelles expressions pour dire comment on n’aime pas.
        Sinon, t’as reçu le chant des moutons?

      2. Génial je viens de les voir !!
        Oui, tu es comme ça, j’admire aussi…tu peux écrire la lettre à Fce Inter, tu es super mûre
        mais c’est pas que le côté sérieuse écolière parce que plus nunuche à l’école que moi…( enfin jusqu’à la 3eme…) …très très disciplinée et morte de trouille…. et tu vois..non, c’est que tu aimes ça, petite maso, hi hi

  4. j’ai lu ce recueil de nouvelles « saules aveugles.. beaucoup aimé cette bizarre atmosphère /
    La neige hier , tellement dispersée, mais j’ai préféré, devant me promener sur les routes musicales.. sinon , j’aime bien être bloquée en haut de notre chemin …
    Joyeuse journée d’anniversaire ; feu pétillant et petits gâteaux croquants , livre en main etc???

    1. Oui c’est ça. Seule chez moi.
      La neige m’a servi de prétexte pour ne pas bosser hier alors que les routes étaient dégagées, c’est décidément une de mes alliées coquine ! Je l’aime !!!! ( je n’ai qu’un petit job, facile de flemmarder, et j’ai suffisamment roulé sur al neige depuis 15 ans, serrant les fesses, culpabilisée à l’idée de ne pas bosser je prenais la route quand même….j’ai un souvenir en 2005 seule sur l’autoroute de Grenoble, 80 cms de congère autour de moi, aucun véhicules, boudiou, j’ai fait demi tour à la première sortie ouverte m’y traçant un passage dans le blanc)

  5. Super, je n’ai pas encore lu ce recueil de nouvelles !
    Tu es allé sur le site de notre ami ? sais-tu qu’il écrit de la musique ?
    bonne virée d’anniversaire !

  6. `Oser écrire sans retenue, sans songer au confort du lecteur.` : c’ est ce que je crois. Il faut d’abord écrire pour soi. La magie vient quand ca parle au plus grand nombre. Tout comme Catplume je trouve tes textes aussi tres ouverts, en tout cas j’y vois une évolution dans ce sens depuis l’année dernière. Et c’est très appréciable. : -)

  7. pas du tout bonne élève moi…. je n’accroche pas, je ne finis pas… (n’empêche qu’un jour j’essaierai un autre Murakami…)
    et puis toujours plusieurs livres en même temps …

    1. plus je vieillis plus j’ai deux livres en cours. Finalement, liés à leur contenu et au moment de la journée : celui de la table de chevet (soir), celui du divan (journée)

C'est ici qu'on cause...

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