Dormir ensemble

Hier soir à la tombée de la nuit je sors dehors, seule.

Je m’assois à la table du jardin, sur le gravier devant la cuisine. Cet endroit où elle sait me trouver, venir sautiller sous mon nez, dans l’herbe, sur les cailloux, au milieu des tulipes ou le long de notre cabane de jardin. La pénombre s’installe lentement mais on voit.

On voit encore et le jour et la nuit qui s’emmêlent.

Moi c’est l’oiseau que je viens voir, l’oiselle et son fiancé.

Il est sur le fil et l’appelle. Je me tais, je retiens le souffle, je le regarde espérant ne pas être vue.

Elle vient, elle surgit de derrière, elle vole et fait son cri. Ils partent tout les deux sur le tilleul du voisin, là bas, je les vois s’y poser. Le voisin en a coupé les hautes branches. Cet arbre semble être un point central de rassemblement entre les oiseaux, un lieu partagé et une référence en  matière d’arbres où palabrer. Tous les deux sont là, chacun à une branche et ils chantent. C’est important, c’est un moment essentiel de leur journée ce moment d’avant la nuit. Je sais qu’ils partent dormir quelque part et ce n’est pas dans le jardin. C’est plus loin. Avant elle s’élançait, seule, pour y aller, plus loin.

Ils sont dans l’arbre, chacun posé sur sa branche pour se parler. Quelques minutes puis je me lève vers la porte de la cuisine et c’est là qu’ils me frôlent presque tous les deux. Ils se sont élancés depuis le tilleul et dans un arc de cercle large, aérienne cascade, ensemble, avec un petit dénivelé entre eux, est-ce elle qui est au dessus ou lui ?, leur valse balance au dessus de moi, d’un trait exquis. J’en suis surprise, je baisse la tête, même s’il y a quelques mètres entre nous, cet élan, ce geste de vie m’ont surpris et je m’immobilise. Elle voulait me montrer.

Ils parlent en volant tous les deux, ils s’amusent, l’oiselle et l’oiseau, ma merlette et son fiancé. Ils se sont baissés dans leur course pour venir au dessus de ma tête et maintenant, en un coup d’aile, ils remontent au dessus du toit de la terrasse, agiles, fiers.

Ils partent dormir tous les deux.

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