Lettre

Chère Maman,

j’aimais bien t’écrire, je le faisais souvent, d’ici et de plus loin. Tu adorais mes lettres d’autres continents, mes courriers d’Asie du Sud Est qui te parlaient de mon travail et des gens. Tu les avais gardés. Quelqu’un m’a dit qu’il les avait retrouvées et conservées pour moi mais je n’en crois rien, on me promet toujours des choses sur toi et sur ce que j’ai laissé chez toi, je n’en crois plus rien, je me suis habituée à ne surtout rien espérer de ceux là. Ce que tu ne m’as pas donné de ton vivant, je ne l’ai pas, c’est tout. Les objets, tu sais…. On disait toujours, « Quand on meurt, que reste-t-il ? De la poussière, le matériel ne compte pas, il ne faut rien laisser, cela n’a aucune importance. » . J’ai deux, trois choses de toi, et tu sais quoi et toi seule le sait, personne d’autre et c’est ça qui compte.

Maman, ce matin dans la salle de bains j’ai pensé à mes lettres, à ta bienveillance envers moi, malgré cet accès de colère quand je suis repartie pour la troisième fois, une sortie brutale de chez toi, je n’étais pas seule, tu ne l’aimais pas celui là, le taxi m’attendait et tu me savais sans doute très mal en point, alors ça t’énervait. C’était un matin pourri pour tout le monde et la seule fois où tu marquais ta mauvaise humeur lors d’un départ de ta fille. Cette fille là, celle qui bougeait, qui n’en faisait qu’à sa tête, tu prenais sur toi depuis mes seize ans. Je t’en remercie aujourd’hui, humblement.

Tu vois, c’est ce matin que je peux te pleurer différemment et me souvenir. Parce que je vais bien, enfin, je vais un peu autrement. Parce que j’accepte la maison que tu m’as offerte, j’accepte la transformation et le don.

Il est 7h39, je n’avais aucune idée de ce que j’allais dire. Je voulais juste parler de la joie de t’écrire. Ce matin c’est à ta petite-fille que j’ai écrit. De ce lien qui nous lie toutes les trois et qui lui a fait m’écrire, récemment,   » Je t’aime, je t’aime depuis bien avant toi ».

Saurons nous jamais dire au bon moment ? On vit d’une traite, comme ça vient. On a beau s’arrêter, cela reprend, cela tourne, et nous sommes souvent absents à nous mêmes, c’est le mouvement qui veut cela, c’est la vie même. Trop de présence n’aurait pas de sens, on ne peut se toucher, on se perçoit à peine, je le crois. Plus j’avance et plus je m’étonne de mon orgueil, de mon aveuglement.

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