Dans mes rayons

Mon père avait un bureau. Ca s’est passé quand on a déménagé de la maison mythique à l’appartement avec son centre commercial tout moderne en dessous. Années 68, oui.

La maison mythique est celle en brique normande, on avait quitté la région lyonnaise où parait-il j’ai appris à marcher. Je n’ai pas de souvenirs.  J’ai deux ans quand on s’installe dans la grande maison et son jardin de fées, pour moi, j’en ressors à neuf ans, les pieds devant pourrais-je dire, l’enfance derrière, en tout cas. L’appart coïncide avec le collège, le collège va coïncider très vite avec la bande de copains, les mob, le petit copain, etc.

Le départ de la maison, et du jardin, est un déchirement dont je ne saisis l’ampleur qu’une fois dans le quatre pièces et son long balcon. Je descends les escaliers de l’immeuble et je cherche la suite à l’extérieur, le prolongement de l’habitation, du chez moi. Et je tombe sur un mini jardinet et sur le grand parking commun aux immeubles autour. Je me prends ça en pleine poire. Jardin tu n’as plus. Je décide de me tourner résolument vers les autres, ailleurs, loin, dans les rues, la cour du collège, les maisons des autres, et je me réfugie dans ma chambre.

Mon père se réfugie dans son bureau. Il a récupéré le beau meuble lourd de son père. On appelle ça un bureau, il a les pieds torsadés, des tiroirs que je chercherai à ouvrir. Ils sont remplis d’encres et de stylo-plumes. Mon père écrit en vert. C’est étrange à y repenser. Il doit y avoir là un message secret sur sa vraie personnalité. Oui, c’est étrange.

Les trois murs sont une bibliothèque construite sur mesure par un menuisier. Un demi mur est de science fiction, sa passion ( avec les polars). Un autre demi mur est couvert de bandes dessinées. Des antiques aux récentes. On achète tous les derniers parus. Je m’assois par terre quand le bureau est vide, un appartement ça a de la moquette c’est très pratique quand on commence à verser dans le baba cool années 70, et je lis les B.D. Je découvre les illustrations et les histoires de S.F en même temps que spirou, le marsupilami, les tintins et autres amis.

C’est d’avoir entendu Moebius et lu le beau Libé sur lui, hier, qui m’a fait repenser.J’aimerais bien replonger dans toutes ces pépites du bureau de mon père, mais tu connais ma musique : c’est le frangin qu’a tout raflé. Il y a bientôt dix ans il a voulu vendre l’appartement. Un lieu sans âme ni vécu, pour lui, à part les pepites matérielles qu’il recelait. On l’a laissé faire, il était sur place et motivé. Dans une fratrie, y’en a toujours un qui se coltine la sale besogne à un moment donné. Il s’est tapé les cartons, il a empoché la mise pour tout ce qui lui plaisait, toutes ces petites choses importantes qu’il volait quand il passait, sans rien dire.

« Mais où est passé ce bouquin ?  »  » Je trouve plus la Saga de Druillet.!! »…On cherchait, en vain. La confiance ne régnait plus. Du coup, ma mère finissait par surveiller les allées et venues dans le bureau du pater, tout juste si elle ne nous fouillait pas à la sortie. Mais je comprends.

Oui, je voudrais bien revoir tout ça, et ce n’est pas dans ma médiathèque que je vais trouver,  non.

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