Gertrude 2012

Gertrude et moi ça a commencé en février. Enfin, elle, elle est chez elle ici, bien avant moi je crois. Mais cet hiver, dans le gel, je l’ai vue prendre possession du jardin et des provisions, elle chassait bruyamment tous les autres merles.

Elle a un jeu de jambes du tonnerre, elle court comme un petit vélo. Ils décampaient tous. C’était son fief, ses pommes, ses graines, son toit, son terrain. On a appris à se connaître. Je sais son camouflage derrière le merisier et les forsythias sur le toit de la cabane. Déconne pas Gertrude, c’est aussi MA cabane de jardin !!

Elle connait la bassine du compost par coeur, l’étape avant le composteur. On laisse dehors pour eux. Elle adore les pommes, elle est comme moi. Maintenant quand je lance un trognon sur le toit de notre cabane, elle rapplique illico. Même chose pour les graines. Pourtant ce n’est plus la saison, mais je me laisse attendrir sinon elle fait sa misérable en picorant le sol, l’air abattue , puis me jette un oeil amouraché sur le côté. Gertrude son truc c’est les yeux sur le côté, hop, comme ça.

J’ai vu les merles arriver, ne plus se faire repousser et il y a eu ce petit nerveux au beau bec. Il s’est posé sur la clotûre en bois à côté de la Miss. Il a fait un petit saut vers elle, pouic, pouic, de côté aussi. Tel un Fred Astair. Elle a bougé, mais à peine, puis il a recommencé, un peu osé le gars, pouic, le jeu de jambes, funambule sur le rebord mais là Hop, elle a fait une pirouette et a changé de côté, un peu plus loin. Faut pas tout donner d’un coup après ils mettent les pieds sous la table et c’est rapé. Il est resté fier. Pas un rateau, non, il la connait, elle a un carafon de cochon. Pis c’est chez elle, c’est sa zone, son carré, sa parcelle. Qu’il vienne chanter, on décidera.

Venu il est. Sur le fil téléphonique, le fil qui relie les hommes, il a troubadouré. Ensuite je les ai vus depuis mon salon se retrouver dans le rosier grimpant. Cette année c’est plein sud, entourés d’épines, dans une forteresse, qu’ils auront des bébés. C’est l’année château-fort et meurtrières, pont-levis et huile bouillante. Il fait tout noir là dedans et m’est avis que les fourmis vont se faire gober toutes crues, direct sur le balcon du nid, enchevêtré dans les lianes du rosier, un truc de cinq mètres de haut, vieux de trente ans sans doute. Le rose elle a choisi, le touffu, comme des aubépines en folie.

Pour l’instant elle fait le nid. Elle vient devant moi me montrer comment on choisit le matos. Elle pose, reprend, picore même le terreau des pots, arrache le chiendent que j’ai sorti de terre. Je creuse, elle arrive derrière, on fait équipe. J’arrose, elle arrive derrière moi et laboure la boue, en fait du mortier pour sa cabane. Son bec est plein, c’est une tracteuse pelleteuse. Mais elle travaille le matériau, elle tape, retape, reprend, il faut que ce soit parfait avant de s’envoler sur le site de construction. Le matériau doit être préparé, tassé, choisi, lâché et repris, solide. Voilà ce qu’elle m’a montré, tout près, et appris aujourd’hui.

La semaine dernière elle m’a expliqué, preuves à l’appui, comment choper le ver de terre et le gober proprement, avec grâce.

J’ai le beguin. Je suis accro.

Aujourd’hui elle a eu peur du chat. Ce salaud l’a pris en traitre pendant qu’elle triait du matos dans l’herbe. Ca a bardé. Chat rentré. Moi ressortie venue m’excuser. Elle m’attendait perchée sur la cloture. Yeux dans yeux. En conclusion elle a ouvert son bec immense et orange, une fois. Ca a claqué. Je sais, j’ai pigé. L’année dernière le petit juvénile qui était coincé dans le garage me l’avait fait alors que je tentais de le prendre. J’avais plus la trouille que lui et le petit machin m’avait ouvert grand son bec pour m’avaler, moi, me dire je te hais, je suis excédé, je vais te faire la peau. Je l’ai laissé, catastrophée de ma bêtise, incapable de le saisir pour le sortir de son impasse et le lâcher dehors. Il l’a fait tout seul, finalement. Y sont cons ces humains, pour qui ils se prennent, hein ?

Ce printemps ci c’est Gertrude et moi. Je l’observe, elle m’observe, elle est téméraire. Le soir j’attends de l’entendre. Au réveil je vérifie si elle est bien là. Je suis sacrément amoureuse, va falloir que je me calme et  le chat aussi…

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6 réflexions sur “Gertrude 2012

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