Léon

C’est pour sa maitresse qui a de la peine. C’est le beau Léon au pied de son olivier. Ils sont beaux les chats, jusqu’au bout.

Même mon Couli l’avant dernier jour, debout sur ses pattes, la peau sur les os, la bouche en pourriture, il avait le bel oeil, il voulait vivre à tout prix et ça , ça te pète en deux. Crac comme une écorce après le gel. Tu te fends d’un coup sec et ça dégouline. 

Jusqu’au bout ils sont beaux. Pour Léon on ne sait pas encore combien de temps à vivre mais c’est au bout du rouleau qu’il est et sa belle humaine aussi. Alors moi je me souviens. Je me souviens très bien. Et cette peine ravageuse on veut le dire sur tous les murs. Tout ce qu’elle trimbale et où elle nous emmène, nous, des pantins, Marie, des pantins.

Je te prends la main. J’embrasse le beau rouquin. Comme on les aime, j’embrasse sans retenue, toute nue, définitivement égarée et morte de ceux qu’on a perdus.

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3 réflexions sur “Léon

  1. J’ai lu le beau texte du Léon chez Z. J’ai immédiatement pensé à Couli.
    Forcément.
    Les beaux roux.
    Et cette photo, tellement belle.

  2. C’est vrai que ça broie en mille morceaux.
    Et oui ça dégouline et en plus ça coule du ciel aussi.
    J’en aurais bien besoin de mains, là, tout de suite parce que j’arrive pas à accepter.

    J’ai l’impression de revenir un an en arrière quand mon père cramponnait ma main pour le même motif : suffocation.

    Je prononce des mots identiques au chat Léon, là ça va mon ange, tu t’es bien battu, tu peux lâcher prise maintenant, je ne te quitterai pas…
    J’ignore s’il les reçoit. Je le frôle mais rien que ça, le frôlement, ça le fait tousser.
    Je voudrais lui murmurer la chanson qui fait le grand sommeil si doux mais je ne connais pas celle des chats.

    A l’observer, à l’admirer, le chat doux, j’ai moi aussi le souffle coupé.
    Toute la journée, il s’est économisé, il a dormi. J’ai guetté les pauses respiratoires, nombreuses. Et puis ce soir, il a demandé à manger. Crevettes mon seigneur ? Oui. Ecrabouiller le nouveau médoc pour ne pas compresser sa poitrine en lui faisant avaler tout cru.
    Hier, il a tout bouffé. Ce soir rien.

    Il a voulu sortir. C’est un homme des bois, je l’ai dit. Il ne pisse que dehors. Il a toujours été d’une propreté dingue, même crevard il trouve les forces pour faire sa toilette.

    Je l’ai accompagné sous la flotte pour ne pas le perdre en endroit mortifière inconnu. Il a gratté la terre comme un malade pour enterrer. Il ne pouvait plus bouger tellement il était essouflé. Gueule grande ouverte, langue bleue. Il a quand même croqué deux-trois brins d’herbe mais il ne tenait plus debout alors je l’ai porté pour le ramener à la maison.

    Toujours pas envie de mort programmée. Mais j’aimerais que ça aille vite, j’en peux plus.
    On est des pantins oui et même si la peine doit me ravager davantage, je voudrais qu’il s’envole vers son autre vie près de moi et en zone sécurisée, la caisse de transport et la voiture, ça l’effraie, il connaît trop.

    La dignité des animaux, on la dira jamais assez. La pureté de leur amour non plus. Et cette confiance qu’ils ont en nous, jamais nous nous n’aurons la même envers personne.

    J’ai dit à Léon ton baiser. En vrai.
    Merci Laure.

    1. oui tout pareil. C’est vrai qu’on n’en peut plus d’accompagner on est presque aussi naze qu’eux sauf qu’on subit encore plus, finalement, je me le demande.
      la chanson, si si chante. l’homme ici murmure des berceuses à l’oreille du chat. toutes les berceuses qu’il n’a jamais entendues au dessus de son berceau. Nos chats on leur donne tout ça, tout ce qui nous a manqué, tout ce qu’on a cherché. Et je crois que ça rend leur départ encore plus effroyable.
      heureux ceux qui les perçoivent « comme juste des animaux »…avec la carapace d’humain. Au moment de leur mort ils meurent bien moins que nous, sauterelles à pattes qui chantons en pleurant.

C'est ici qu'on cause...

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