Berthierville (suite du feuilleton/Québec 2007) + rajouts du 21 avril

Arrivée à Berthierville, au milieu de la matinée, le trajet fut si long et chaud.

J’étais dans le paysage, dans les différents bus, dans la moiteur ivre de cet arrêt dans le temps. Je retournais enfin là où elle était née. Je n’y retournais pas puisque je n’y étais jamais allée mais je retournais. J’étais en panoramique, je descendais des marches et je me laissais aller.

Ah ça oui je me laissais aller ! On est le deux aout 2007. Le séjour québécois est bien entamé. Il reste une bonne semaine. J’ai pris le pouls. Maintenant je vais. Sur les lieux où l’arrière grand-père avait une usine. Venu du Nord de la France, une région que je ne connais pas, qui a été effacée de la mémoire familiale. Pourtant mon père y est enterré avec ses parents.

L’arrière grand-père est venu au Canada,  je ne sais comment, lui. Au Québec des années 1880, il se marie avec Gabrielle et ils ont huit filles. Je ne suis pas certaine du chiffre.

Gabrielle, je ne savais pas qu’elle s’appelait comme ça, Gabrielle Degeorges fille de Thérèse et Théophile Constant. C’est en téléphonant sur place, en essayant d’avoir des renseignements sur cette famille, qu’on m’a donné le numéro de celui qui s’occupe de la généalogie et du patrimoine du bourg. Il est très étonné et dit que le nom de famille de mon arrière grand-père Alfred,  Musy,  n’est pas du tout commun, qu’il va chercher et me rappeler. Il le fait et me donne l’identité de Gabrielle et hélas, me dit qu’ils ont dû quitter le lieu, que personne n’est enterré là. Personne. Je sais qu’ils ont aussi habité pas très loin de Montréal, donc c’était ensuite et semble-t-il seule ma grand-mère Alice serait née à Berthierville. Je suis étonnée. Mais comme je ne sais rien je gobe toute information.

Nous sommes au bord du Saint Laurent à mi chemin entre Montréal et Québec. Il fait une chaleur terrible et je suis seule au bord de l’eau. C’est champêtre, on dirait un tableau de Monet en bord de Marne.

Je m’assois à la terrasse du café-restaurant et il est trop tard pour petit dejeuner et trop tôt pour déjeuner, en bref je dérange. Mais la serveuse est compatissante. Elle me sert un jus de fruits. Elle ne sait rien de ce que je vis. Elle ne sait pas que je voudrais tout savoir d »ici. Que tout à l’heure je suis allée au dépanneur (les épiceries québecoises 24/24) et que je me sentais gênée de ne pas savoir où me mettre puisque je ne voulais rien acheter mais juste ne plus bouger et observer le monde. Et je suis ressortie. Dehors personne n’est là, personne ne m’attend pour me confier des secrets, me parler des temps anciens, me dire où jouaient les enfants, comment vivaient les femmes, quelle route était construite et quelle autre ne l’était pas.

Le long de l’eau est le quartier des plus vieilles maisons. Où ma grand-mère a-t-elle habité ?

Je suis allée voir l’emplacement de l’usine qui est maintenant un terrain vague. Tout le monde s’en fout de l’usine, même le gars du patrimoine s’en fichait, voyait à peine de quoi je parlais. Ben si lui ne voit pas, moi pas beaucoup plus.

Errante, toute chamboulassée je suis heureuse de m’assoir à cette merveilleuse terrasse. Je suis seule encore, j’ai vraiment croisé peu de monde en cette demie journée sur place. La chaleur d’enfer, peut être. J’ai choisi la plus épouvantable journée de l’été, on dirait. On cuit dans les bus, on se tait, testant les capacités de surmonter les degrés exponentiels. Le voyage du retour se fera dans un four à ciel ouvert. Mais là, au bord de l’eau, si on pointe le nez comme il faut il y aurait presque un peu d’air. Et puis les grands arbres, le Québec garde les arbres grands et hauts, même en ville. La maladie de la tronçonneuse-à-tout-bout-de-champ ne semble pas voir frappé trop fort sur ce continent. Qu’est ce qui nous prend chez nous, à toujours vouloir ratiboiser les vieux arbres ?

Seule et rien d’autre à faire qu’observer les parois du verre dégouliner sous le soleil. Elle ne le sait pas, la serveuse, mais le traditionnel « Bienvenue ! » qu’elle me lance en grands sourires,  en réponse à mon « merci« , me monte aux joues. Dans ce pays on te  dit bienvenue en guise de  : de rien, je vous en prie, y’a pas quoi !

Elle ne voit pas que je flotte. Que je cherche à m’accrocher sur terre mais que je flotte dans chaque minute là. Ne sachant pas comment me comporter dans cet immense souvenir de rien dans ce lieu où il y a eu tout. Une naissance, une vie, des bouts, totalement lointains, d’une époque totalement passée. Avec mon coeur, je gratte sous les couches de présent. Les traces sont muettes mais j’ai des yeux.

Sur la terrasse je flotte, submergée.

.

21 avril  suite ….

et grâce à Marie qui s’est plongée dans ma généalogie (j’avais tenté en 2006 mais il n’y avait pas ces résultats là)….des rectifications et compléments épicés :

L’Alfred, mon arrière grand père, oncle de mon grand-père paternel, avait eu 5 enfants avec Gabrielle Desgeorges. Deux fils et Alice, nés à Berthierville. Les deux dernières filles étaient nées à Detroit, USA. Bigre !

Gabrielle avait père français et mère anglaise nommée Clark. Elle est morte avant 1914, laissant ses filles se débrouiller, d’autant plus que leur père était parti à New York city courir la gueuse, entre autre ? Il y épouse Suzanne L’Honorey, venue de Brest, et qui a trente cinq ans de moins que lui, ce galopin !  Il meurt un an plus tard….Bouh.

N.Y des années 1910…je donne un doigt (pas un bras) pour m’y faufiler et voir cette vie ! Mais je crois qu’il a chopé la tuberculose ou une m…..comme ça, là je garde mon corps entier. Ou bien a-t-il essayé de vendre du whisky frelaté et l’a t-on refroidi d’une balle dans le dos ?

En trente ans d’expatriation,  cette famille a changé au moins quatre fois de lieu de vie, entre Canada et USA. J’apprends que mon grand père, venu visiter ses cousines québecoises et y trouver sa femme Alice, a été en bateau à Porto Rico , en 1909, avec tout ce beau monde. Je donne mon deuxième petit doigt pour naviguer en arrière là aussi !!

Et je saisis mieux l’éternelle nostalgie de mon père, dont le rêve aurait été de partir s’installer en Amérique du Nord…

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3 réflexions sur “Berthierville (suite du feuilleton/Québec 2007) + rajouts du 21 avril

  1. Tu as été voir là :

    http://gw2.geneanet.org/jdelahaye?lang=fr&m=D&p=joachim+joseph&n=musy&t=L&sosab=10&color=&v=4

    Et puis encore là :

    http://gw1.geneanet.org/emusy?lang=fr&m=N&v=MUSY

    T’en as de la famille… Et t’as même une finistérienne dans le lot.

    Et Gabrielle Desgeorges, épouse Musy, ne peut pas être la Théophile Constant si on réfléchit bien.

    On continue ?

    http://gw2.geneanet.org/jdelahaye?lang=fr;p=marie+claire+gabrielle;n=desgeorges

    Si quelqu’un avait ça pour moi il y a bien longtemps, peut-être que je serais pas venue m’installer au pays de la pluie (presque) éternelle.

    Noz vat et bises

    1. ah super. C’est le premier et le troisième lien qui sont bons je pense. Figures toi qu’un an après mon voyage, le beau père de ma nièce ( fille de ma soeur) Monsieur Delahaye, a occupé sa nouvelle retraite en faisant des recherches généalogiques. Je lui ai donné le peu que j’avais récolté. Je vois qu’il a très bien travaillé !
      C’est de son côté à lui qu’ils sont bretons, pas chez moi, je crois.Mais du coup je viens de le recontacter via ce site pour m’éclaircir sur cette Suzanne L HONOREY de Brest..mariée à ? mariée a qui ?

      et je suis ravie de voir que mon Alfred (et ma granny) a bien vécu à Chicago, car j’ai une extraordinaire photo d’eux , dévéloppée là bas et je me demandais… et je suis en transe intergalactique quand je lis les romans sur les grands lacs US ( en bordure canadienne)
      Farnham, comme je le pensais, apparait plein de fois, ce fut leur premier point de chute. je vois qu’un de ses frères l’a rejoint ( ?) et y est mort
      je vois aussi que mon gd père Robert, en visite chez ses cousins, a été à Porto Rico en bateau, nom d’une petite cuillère en bois !! lors de ce voyage au Canada, il a rencontré sa cousine Alice, l’a trouvée à son gout et l’a ramené dans le bateau ensuite (je crois qu’elle avait un bébé en route…petit gredin de Robert). ma gd mère a été désespérée de quitter sa tribu et son pays ( à cette époque on ne prenait pas l’avion tous les ans…)
      MERCI
      Tu éclaires ma matinée d’un soleil nouveau.

      1. C’est drôle .J’ai dans les papiers de famille une lettre d’Alfred Musy (datée du 2 juillet 1889 à Berthier ville ) prévenant mon arrière-grand-père (à Droué dans le Loir-et -Cher)qu’Arthur Musy s’était noyé à Farnham .J’ai aussi une longue lettre d’Arthur(du 4 déc 88 à Farnham) racontant son séjour d’1mois et demi (avec son frère Alfred )à New-York où il est arrivé le 14 octobre 88 .Je pense qu’Arthur était plus jeune que mon aîeul puisqu’il s’adressait à lui en disant monsieur.S’étaient-ils connus en Lorraine , à Paris , dans l’armée impériale ou dans les chemins de fer?

C'est ici qu'on cause...

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