Emulsions

Dans mon village j’ai rencontré deux femmes, deux artistes qui tentent de lâcher le salariat et de vivre de leur créativité. Je crois vous l’avoir dit. Ici ou quelque part.

Elles ont créé il y a un an une association d’artistes locaux. Leur credo c’est le développement culturel local, laisser la place à tous, amateurs, potentiellement possibles, officieux reconnus, officiels officiants de leur art. Elles travaillent beaucoup à base de matériaux de récupération, c’est aussi une caractéristique de l’association.

Cette année elles organisent une journée d’expo dans le village, dans des lieux habités, à « ambiance ». Caravanes relookées, jardins, cours et vieux salons prêtés par les habitants, bâtisses abandonnées, arrière cour de café,etc. Il y a un gros travail de décoration et de bricolage à faire, ainsi que toute la signalétique pour que les visiteurs sachent par où déambuler sur un kilomètre cinq de parcours au travers du bourg.

Une usine de tissu a fermé et laisse ses locaux comme atelier, ainsi que des centaines de magnifiques rouleaux en carton très épais. Une merveille, je voudrais bien en avoir un chez moi. Comme un totem, je pourrais le peindre, le décorer l’habiller au fil du temps…

La semaine dernière nous avons peint en couleur les 30 rouleaux de petit diamètre (20 cms) , ils indiqueront les lieux où les artistes exposent. Huit plus larges seront des poteaux indicateurs posés dans les rues.  Ornés de flèches, et d’un chapeau-toit ouvert car c’est le logo de l’assos et de la journée. Des maisons qui prennent l’art par le toit….

Ce matin on a donc encore peindu et rigolé ensemble. C’était bien. J’admire l’ouverture d’esprit de ces deux femmes qui veulent vraiment que tout le monde participe. Ainsi un groupe d’handicapés sourds-muets vient chaque semaine s’activer avec nous. Ainsi des enfants accompagnent leurs mères et s’en donnent à coeur joie avec mains et pinceaux. Ainsi moi et aujourd’hui G., pas « artistes » pour deux sous..officiellement…, nous avons pu nous laisser aller, être valorisées, et laisser toute notre créativité faire, sur ces supports que je trouve jouissifs. Hauts de 1m50, solides, lisses et ronds, des sucre d’orge à tartiner.

Leur taille est idéale et encourage le rapport physique avec le support et les matériaux. On peut en faire le tour avec les bras, étaler les doigts, allonger le geste en les décollant un peu du sol tout en les portant sur l’épaule, comme un danseur de tango emmène son partenaire . Je m’éclate.

.

A côté de moi un « artiste » reconnu qui fait essentiellement du trompe l’oeil, découvrait les lieux et les gens. Il s’est armé d’une règle et d’un crayon pour habiller son rouleau ( gentiment il avait proposé d’aider). Puis il a décidé de l’emmener chez lui pour le peindre parce que, horrifié de notre bordel ambiant ( « Qui a un pinceau ?, Y reste quoi comme couleur ?? T’as pas un ciseau ? » )  il semblait écoeuré et a dit  » c’est du vite fait dans la précipitation, ça ne donne rien de bon »

Comme j’étais de bonne humeur je lui ai demandé conseil. Je n’avais pas encore mis d’orange.

Il m’a dit de rester dans le jaune et violet mais de surtout « bâtir » car mon truc était « à l’envers » sans assise ni base.

J’ai fait semblant d’être de son avis, et j’ai bien rigolé.

Vite il est remonté sur la terrasse boire l’apéro avec les pro pendant que je barbouillais l’orange et le rose de mes mains, comme une sagouin, tsoin tsoin ( tu vas voir tes bases où je me les mets).

.

.

Publicités

4 réflexions sur “Emulsions

  1. ces rouleaux, c’est une mine!!!!
    j’en utilise de toutes tailles depuis des années ( peints au préalable) , pour faire musique et mise en espace. lors de mes activités..
    cette année , des pas trop gros ont servi de « trompes » , où mettre en résonance la colonne d’air , comme dans un instrument à vent, en pinçant les lèvres comme pour la trompette et le trombone: génial!! c’est fou, car même des tous petits arrivent à produire des sons terribles ( mugissements, prouts affreux , barrissements) de manière quasi instinctive.) les plus gros et stables ont servi à « planter » une forêt imaginaire sur une belle musique de Mozart ( classe de cp pourtant agitée qui a été « emportée » par cette écoute en mouvement , grâce à leur maître , doué pour la danse et très gracieux)…..ça prend de la place tous ces tuyaux mais je ne pourrais pas m’en passer!!! trop bien!!

C'est ici qu'on cause...

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s