Transformer

Y’a un truc qui n’est pas possible dans la vie c’est de rester cloué. Stocké à sec, beurré comme une tartine retournée. Blousé, floué. Faut trouver des trucs, des astuces, la vie étant une sale garce par principe. C’est pas d’sa faute, elle est née comme ça, depuis le temps, il est inutile de chercher des coupables, des mécréants à pourchasser.  La vie est là pour que tu la sentes passer. Démerdez-vous les agneaux.

L’autre jour en cours de dessin-peinture j’ai vu la prof prendre ses cadres noirs, en carton, avec des trous dedans et les poser sur mon croquis. Voyons voir ce qu’il y a à prendre là dedans. Sur quoi veux-tu appuyer le regard, l’intention ? Je crois que ce geste a suffit à me séduire, me combler. Il doit bien y avoir, toujours, des bouts où se centrer, de la substantifique moelle à sucer. Tu te souviens le couloir en pédiatrie lourde, service cancéreux, avec mon neveu de deux ans dans une chambre et ma mère sur le banc du couloir à balancer les jambes ? Elle et moi.  Dans ce grand couloir blanc un peu rose. Du sourire, rien que du sourire et des yeux heureux à balancer aux mômes d’à côté et leur crâne lisse, leurs  yeux grands, tout le visage pour eux. Les bouilles rondes et leurs pansements sur la tête, leur perf, la banane entre les oreilles. Et ma mère qui les aime tous et les fait jouer, leur parle comme si elle habitait là et qu’on vivait tous là dans une petite maison de cette prairie rose. Ce caillou lisse chaud et rond de ce jour là est dans ma poche. C’est là que le cadre se pose. C’est là qu’il est resté depuis presque trente années.

Cet aprem j’ai fait une m…… en collages et peinture, l’opposé d’hier. Faut dire que je voulais un homme et une femme, j’avais collé deux visages. Puis d ‘autres. Puis avec mes trois seuls tubes d’acrylique-à-la-con j’ai bazooké n’importe quoi. Merde, tout à la poubelle. Dans ces cas là c’est descente sous terre, au lieu d’être aux anges t’es cuit dans un recoin maudit.

Mais Eureka j’ai pensé à une amie qui peint, la Croukougnouche-Agnès, et à ses personnages qui volent dans les airs, se foutent de tout à poil, ses chats, ses courbes, sa spontaneité. Avec de l’encre noire et un petit pinceau j’ai cherché les lignes, les ombres où poser des visages, des traits, des fantômes, des personnages. J’ai retourné la feuille dans tous les sens. Ca m’a sauvé des flammes de l’enfer. J’ai tourné ma merdouille en dérision, au final il y avait des bouts supportables voire rigolos. J’ai découpé les morceaux regardables, j’en ai fait trois cartes.

Etre indulgent, isoler le bon ?

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