Ce temps qui passe, sa place

Le rêve est entré dans la maison. Autrefois il te faisait peur. Quoi tu n’es pas heureuse tu veux aller ailleurs ? Mais non, c’est juste que je ne peux pas vivre en me sentant installée quelque part, il me faut cette souris dans une poche qui grignote les habitudes et vient me mettre en tête des idées insensées, des projets de bouger, encore et encore. Une maladie. Je l’ai toujours eue. Un jour j’ai vécu avec un homme qui en était encore plus malade que moi et cela m’angoissait, je te comprends donc, je t’ai compris quand tu m’as dit que « le jour le jour » te suffisait, que c’était déjà tout un chantier d’être bien là où l’on est.

Et puis tu as compris toi aussi la douceur des rêves, de se penser au bord de la mer plus tard, de reconquérir d’autres villes, d’autres paysages, de se dépayser. Maintenant tu t’amuses à rêver aussi, du moins  tu n’es plus en colère, tu vois le bonheur et tu vois la fin de ta soumission à un travail qui te ronge. Alors tout sera possible encore.

Hier comme j’ai souri quand nous avons parlé de l’Ile Maurice et de tes yeux brillants tu as dit  » En voilà un  bel endroit pour notre retraite ! ». On sourit de concert, on rêve à deux, tout en étant bien là où nous sommes. Ta capacité d’évolution m’épate sans cesse, ce fut la plus grande surprise entre nous, pour moi. De nous deux, ce n’est pas moi la plus flexible et adaptable, la plus capable de  changer sa manière de vire, c’est toi qui sait faire cela bien mieux que moi, bien plus en profondeur.

C’est sûr, avec cette chance , une grosse poisse va nous tomber dessus, la vie est comme ça. On est prêts, on fait réserve de bonheur. Tiens, comment il se conserve celui là ? Dans une boite plastique ? Dans de l’alu ? Autour d’un papier journal enroulé comme un cornet de frites ? Dans un bocal en verre ? Dans le jet d’une fontaine fraîche et ensoleillée, entre nos mains qui ne retiendront rien.

Hier j’ai acheté un bel album photo gros. Les autres affichaient complet. Tous les deux ans, j’y pense maintenant, je fais développer des photos, je les colle ensuite dans un album. Pour le souvenir. Pour ne rien oublier. Serait-ce le temps qu’ainsi je conserve ? Je me souviens de ma mère qui ne pouvait plus regarder ses albums sans pleurer. Un jour tout brûler ?

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4 réflexions sur “Ce temps qui passe, sa place

  1. Marrant ça… Moi qui me vit comme toujours contraint, poussé, obligé de m’arracher de là où je suis, je ne rêve que d’une chose, c’est de faire souche.

C'est ici qu'on cause...

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