Violence au troupeau, le petit dej’ dégénère

Ce matin au petit dejeuner ce n’est plus la petite maison dans la prairie face au doux troupeau apaisant.

Deux hommes sont là avec leur voiture, la carriole et des bâtons. C’est le bêlement des bêtes qui m’a alerté car d’ordinaire c’est le silence dans la prairie.

Ce sont les mères qui crient, ils prennent les agneaux. Mais je n’ai vu aucun agneau hier dans le troupeau. Sont-ils nés cette nuit ? Une nuit douce et sans gel.

Ils prennent les agneaux un par un puis forcent la mère à monter dans la carriole en fer. Ce n’est pas facile. L’une d’elles, malgré son désir de garder l’enfant, s’enfuit au milieu du troupeau, elle sera la dernière à être récupérée. Les autres sont mises de force après bébé dans le machin en fer.

Les hommes les traînent, parfois sur le dos, tenant une ou deux pattes. Elles résistent. La première non, elle les attaquerait si elle pouvait, elle est désespérée de voir son agneau emmené et suit la manoeuvre croyant pouvoir lutter. Rôde autour de la voiture des hommes, s’enfuit et revient puis est prise au piège.

Une, puis deux et jusqu’à sept sont tassées dans la carriole, les agneaux sont dans la plateforme arrière de la voiture, on dirait. Un redoutable chien de troupeau, noir et blanc, (je connais ces chiens, non dressés ils peuvent être dangereux, leur objectif : bouffer tes chevilles) attaque tout mollet de brebis récalcitrante. Il se lance aussi sur le troupeau à toute vitesse au ras du sol et les oblige à bouger, à se réunir. Les bêtes sont mortes de trouille.

Comment sept agneaux ont-ils pu naître tous dans la même nuit ? Au vu du boulot pénible de trimbaler les brebis et leurs bébés dans un véhicule, il est certain que ce petit monde, sept brebis et leurs nouveau-nés,  ne serait pas venu s’installer dans ce champ il y a 48h. Les hommes se seraient épargné cette corvée.

Les brebis ne voulaient pas monter dans la carriole, qui sonne sans doute le glas à certains moments.

Le berger est un grand homme plutôt jeune, barbu, fin, élancé,  musclé, accompagné d’un aide à l’opposé, ne sachant que manier le bâton, courbé, fatigué, malhabile.  Le berger a parfois porté les brebis dans ses bras, la bête les fers en l’air, hallucinée. Son « aide » ne sait pas les prendre, il porte donc plutôt les agneaux, comme des peluches, la tête en bas, comme de la viande morte. Le berger les pose plutôt sur son bras, comme des êtres vivants, comme un chat, les petites  jambes blanches pendantes de chaque côté. Cette petite attention me soulage un peu. Puis quand il s’acharne sur une mère et lui tire une patte, il est redoutable, la bête se fait lourde, laisse tomber sa tête mais rien n’y fait, « à la carriole ! ». Brrr.

Quand ils sont partis, après avoir traqué la mère fugueuse qui se planquait encore dans le troupeau et que le troupeau planquait, la carriole débordait tant qu’une brebis presque verticale laissait sa tête et ses appels dépasser. Le redoutable chien noir et blanc était du voyage et rigolait bien,  il avait cessé de sauter de la plateforme au champ et du champ à la voiture, comme un lapin. Il était à l’arrière comptant les agneaux qui devaient bien se demander ce qu’ils avaient fait pour mériter un tel calvaire.

On va dire qu’ils allaient au chaud pour leurs premier mois avec leur mère…

C’est toute retournée que j’ai bu mon thé. Me moquant de moi-même qui veut toujours voir du rose bonbon pour ne pas être étouffée par la réalité.

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2 réflexions sur “Violence au troupeau, le petit dej’ dégénère

    1. c’est ça
      Il se trouve que j’ai des amis qui ont des troupeaux, dont une bergère femme. Et quand je vois ces gars tenir les agneaux comme on tient du gibier ensanglanté en fin de battue, je sais que jamais jamais une femme, par ex, n’aurait leurs attitudes avec ses bêtes, même en plein boulot, même crevée.
      Certes c’est bien, les mamans seront au chaud avec leur petit dans une étable. Mais il y a la manière, la façon et ce que je vois n’est pas joli joli.
      (ils sont revenus en prendre deux cet aprem avec la même méchanceté. La poisse. Je ne regarderai plus dehors maintenant, beurk)

C'est ici qu'on cause...

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