ou comment ne pas se mêler

Hier je suis allée au pot de départ de A. dans le hall d’entrée du centre social.

Il y avait quelque membres du personnel et les participantes des ateliers de peinture.

Je ne connaissais que deux ou trois personnes. Je voulais dire au revoir à cette merveilleuse professionnelle peintre et art thérapeute qu’est A. et je voulais voir la tête des gens des autres groupes que le mien. Au début deux trois pleu pleu, une heure après plus d’une vingtaine. il était temps de partir j’avais vu ce que je voulais et marqué le coup pour A.

Je ne la connais que depuis deux mois. Il y a des personnes qu’elle accompagne depuis douze ans. C’est fou, ça. Il doit y avoir un truc entre certaines d’entre elles. Je ne sais pas. Par exemple je me suis présentée à deux dames, qui avaient l’air moins coincées que d’autres et elles viennent depuis douze ans à l’atelier. Elle font de la peinture à l’huile uniquement, elles ont l’air marrantes.

J’ai quand même pu discuter avec trois personnes, mais dans l’ensemble ce genre de petite boum passive devant des quiches et du pâté en croûte avec des verres en plastiques, tout le monde debout ennuyé de ne savoir que faire et se regroupant vite en duo et trio dont on ne bouge plus. Bof. Et puis moi j’ai un truc qui tue. On me demande « Vous êtes d’ici  ? » et tout de suite j’assène, « Non, pas du tout. Et je viens juste d’arriver. » Hop très efficace, la dame du coin qui te posait la question part en courant. Les gens ici, dans la petite vallée ne sont pas accueillants. Gentils et très aimables en surface mais très restreints dans leur vision du monde, et apeurés par l’étranger. L’étranger étant celui qui vit à plus de cinq bornes de là. C’est la campagne, c’est comme partout dans les petits villages. Il y a toutefois des coins de culs perdus où la convivialité est plus chaleureuse, la peur de la mixité moins évidente.

Je circulais donc entre les duos et trios en me présentant avec mon sourire Gibbs.  » Et vous ça fait longtemps que vous êtes aux ateliers ? ». J’étais vraiment intéressée par ce qu’on m’en disait. et par les réponses du style   » Maintenant je ne fais plus rien chez moi, je ne peins qu’aux cours ». Cela m’étonne mais au bout de quatre ans, peut être. Je n’arrive pas à imaginer. Pourvoir évoluer dans sa création et ses pratiques, ce n’est pas évident.

J’ai donc bavardé avec les deux « marrantes », au moins l’une d’elle n’avait pas peur de sourire large. Puis une autre, sympa. Qui m’a parlé de la peinture en école maternelle mais que les « enfants ne savaient pas s’arrêter. Ne savaient pas où s’arrêter.  »  Que c’était dommage parce que s’ils savaient ils feraient des oeuvres extra. Je n’ai pas compris ce qu’elle disait. Cela me paraissait un tantinet élitiste. La notion de « beau résultat » sans doute.

Puis on voulait me faire manger des biscuits mais je ne voulais pas. Par contre j’ai goûté une quiche qui m’est restée sur l’estomac, délicieuse mais sans doute avec un kilo de crème et de lait frais, etc.

Il y avait une sourde muette et j’aurais bien aimé parlé avec elle. Je l’ai prise par le bras, lui ai montré un croquis de moi,  A. ayant affiché tous les croquis-cadeaux qu’on lui a fait. Mais le dialogue s’est arrêté là. C’est râlant. Elle peint, elle aussi, bien sûr. Et elle aussi elle a le sourire Colgate, on aurait pu faire un duo.

Je fus très étonnée de voir que peu de monde avait offert un croquis à A. Ce n’était pas compliqué n’importe quoi lui ferait plaisir, elle l’avait dit. Un tiers seulement ont fait le geste. Encore la peur du Beau, de faire pour, le manque de spontanéité  ? Classique…La plaie ce manque de spontanéité. Ca doit venir de l’école. Faire beau faire bien ou rien. Ou sinon tu n’es pas à la hauteur, tu manques à tous tes devoirs. Bêtises. Se mettre la barre plus haut que le bout de son nez. Et oublier de faire plaisir, entre autre, ou remettre à demain, pour longtemps.

Bref, je regardai autour de moi les trio de mémés apeurées, les isolés, les debout-je-m’emmerde, les duos complices et c’est pas la peine d’aller dire bonjour à d’autres. Et personne ne verrai que j’étais partie. Ouf. Une bise à elle. Parce que vraiment elle va me manquer ( même si sa remplaçante est super). Quelque chose était né entre nous, par la grâce de sa présence fine, de son acuité à te percer très vite et t’aiguiller.

J’ai pris mon gros anorak et dehors j’ai enfoncé mon bonnet jusqu’aux yeux. J’étais étrangère au milieu d’eux et je le resterai.

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6 réflexions sur “ou comment ne pas se mêler

  1. C’est terrible, on est en train de tourner asociaux. Perso, les pots, je suis obligé de me forcer et j’essaye de me goinfrer en un minimum de temps et un maximum de visibilité, histoire qu’on ne m’invite plus jamais, mais au delà, je crois que c’est tout ce qui est convenu, qui me gave.

C'est ici qu'on cause...

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