Spontanéité et imperfection

Non mais voilà ce matin le cerveau ne dort pas. Pas depuis cinq heures. Tout de même la couette est si chaude et moelleuse que je n’ai pas envie de la quitter. Mais la position verticale a aussi des vertus. Je me fais l’effet d’une boule pleine de neige qu’on remue. Allongée, les flocons voltigent, debout, on espère que les flocons vont se calmer et laisser voir le paysage en plastique sous le globe.

Dans un mail, une adorable lectrice me parle de la spontanéité à garder dans la création. J’y ai pensé hier en finissant ce dessin. Qui ne sera jamais fini.

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Je ne suis pas perfectionniste. Il faut vraiment que je me traîne par la peau du cul pour cuisiner un truc jusqu’à plus soif. Je l’ai déjà fait, en recherche universitaire, par exemple, mais cela m’a demandé des soutiens, le petit coup de pouce quand tu flanches. La petite phrase qui te remet en selle. J’ai eu le bonheur de connaître cela et je me souviens parfaitement de mes sensations.

Je « calais » sur l’écriture de mon mémoire, je ne trouvais plus les contenus intéressants, tout me paraissait « plate ». Pourtant je vivais avec depuis une année et maintenant que j’avais tout ordonné, travaillé, épluché, il me restait  une année pour entrer dans les détails et l’écrire. J’ai envoyé un mail à mes deux « tuteurs », une femme et un homme, deux chercheurs que je vénère, oui carrément. Je suis peu encline à admirer à tout bout de champ mais il y a des gens…La grande chef, qui me pilotait de très loin mais avec grâce, m’a répondu en quelques lignes. Presque rien on pourrait dire. Entre autre elle a écrit qu’elle était comme moi. Qu’elle aussi parfois elle doutait totalement. Que parfois, oui, devant un entretien que nous enregistrons, retranscrivons et analysons ( on est alors ethnographe), parfois on ne sait pas du tout si c’est intéressant, on ne sait plus, on est perdu. C’est tout bête hein ? Ben moi ça m’a totalement éclairée et portée. D’abord le fait qu’elle trouve le temps de m’écrire trois lignes, parce qu’elle a autre chose à faire, je te le dis. Ensuite ses mots. Exactement ceux qu’il fallait face à moi dans cet instant précis de ma vie. J’ai beaucoup appris ce jour là. D’une phrase, comme une flèche d’un archer pile dans le mile.

Parfois je dis qu’il ne faut pas le silence, qu’il faut donner un écho quand quelqu’un fait un signe. Qu’il ne faut pas non plus attendre la saint Glin Glin pour le faire. C’est à des choses toutes simples et sincères que je pense, comme celle là. Parce que parfois l’écho arrive à l’exact moment et son effet peut être aussi extraordinaire qu’insoupçonnable.

Est-ce de la spontanéité ? Je ne sais pas. Qu’est ce que c’est « être spontané » ?

La semaine dernière j’avais mis l’ébauche de ce dessin sur la tortuelegere, de retour d’atelier. Crayon et pastel. Puis j’ai continué au pastel et posé de l’encre sépia. Hier j’ai posé de l’aquarelle essentiellement.

Beaucoup reste à faire mais soyons honnête, j’ai travaillé ce que je voulais :  le dessin, les proportions et perspectives. Je n’ai pas envie, pas besoin, d’en faire plus. Même si le moine ne ressort pas assez sur les marches. La photo d’origine est très belle. Ce format assez grand, sur les grandes feuilles grises de brouillon de l’atelier, est grand pour moi pour un sujet aussi détaillé.

Suis-je une femme de cartes postales ? Ai-je écrit à l’amie. Une femme de croquis et petits formats ? C’est possible. Aller vers ce qu’on aime totalement faire, essayer le reste.  Mais au fond les créations d’amateurs s’inscrivent exclusivement dans l’art thérapie. C’est la démarche, la dynamique inconsciente qui compte. Le résultat est prétexte. C’est toute la différence avec des pro qui ont besoin d’en vivre et ne vivent que pour cela. C’est aussi leur thérapie mais elle doit aller au bout du compte, au bout de l’effort, ils sont devant la scène à nu. Cela doit être une épreuve terrible. Je suis toujours bluffée par les personnes qui sont artistes et en vivent, de quelque façon que ce soit. C’est un  saut dans le vide. Une pêche permanente en soi, rien que d’y penser cela m’angoisse. Et si rien ne vient, et si tu es à sec, et si personne ne te reconnait ? Tu dois y croire quand même, c’est ta seule issue, tu ne sais rien faire d’autre.

Tu dois être perfectionniste. Travailler, travailler, travailler. Pratiquer, pratiquer, pratiquer.

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