Des personnages

Quand j’écris de la fiction personne ne me croit, surtout moi. Le challenge complet serait d’inventer une histoire pour mon prochain écrit. Mais où est le sens ? Quelle est la fiction ? Quand je commence à inventer des personnages et un contexte, je me sens rattrapée complètement par le réel, par mon vécu par ce que je sais de la vie. Rattrapée, mise au tapis, au point que je finis presque par me moquer de moi-même et me dire « Ma vieille tu ferais mieux d’écrire pour le vrai ? »

Pourtant la fiction est merveilleuse. Il va me falloir peut être écrire encore et encore sur ce qui est passé par mes tripes ? J’ai pensé à une histoire d’amour, d’aimants. Mais je vais tout raconter de Lui, je me connais je ne vais pas pouvoir nous cacher sous d’autres prénoms. Et quand un autre lira, il se fâchera. Non, tu vois, je suis loin de la fiction. Comment fait-on ? Bien sûr, on prend avec tout ce qu’on sait, on cherche même le vrai, on enquête, on se renseigne on apprend des temps et des espaces des réels où mettre en vie des personnages. On alimente avec tout ce qu’il y a en nous. Un jour dans un atelier j’ai crée un personnage et je l’ai fait vivre. Je suis devenue folle d’elle. J’en rêvais, je voyais les phrases nouvelles en me réveillant, je marchais avec elle, elle était mon double, ma jumelle, mon clone que j’inventais, que je manipulais comme une marionnette et qui prenait ses aises, me dictait ses besoins, ses possibles et non possibles. C’était exaltant. Remuant jusqu’au fond du ventre. Une aimée, une amante d’un genre nouveau et magique.

Alors ? Alors elle vivrait là et là. Elle voyagerait parfois. Elle endurerait la peine, le doute et la colère rentrée et puissante puis exploserait en des décisions volontaires et mauvaises mais assumées. Non, elle ne serait pas moi. Elle serait elle méandres et perditions, petit bout,  petit caillou, dans un dédale de purée de pois.

Il y aurait le manque de patrie, le manque de racines, le manque de lieu qui rassure. Il y aurait des aéroports comme des pays où s’installer suffit. Je ne sais pas ce qu’il y aurait. Comment peut-on se permettre de créer une histoire qui ne soit pas vraie, avoir le courage et l’arrogance de mettre en marche un univers parallèle, une conception toute egocentrée de vies, d’êtres imaginaires. Qu’est ce qu’un être imaginaire ?

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6 réflexions sur “Des personnages

  1. Comme souvent, poser la question, c’est en grande partie la résoudre. Perso, je ne crois pas (mais pas plus que toi, si je t’ai bien lue) qu’il y ait la fiction « pure » d’un côté, désincarnée et de l’autre le vraie de la vie. Ce que je lis dans ton expérience et dans ton questionnement, c’est plutôt comment les deux communiquent. Au départ, un personnage, on le crée bien, comme ci et comme ça, pour qu’il ne soit pas nous, justement parce que ça offre des situations, des réactions, des histoires qui ne sont pas les nôtres. Mais en littérature (comme au théâtre ou au cinéma, parait-il) il faut passer par un moment où l’on « habite » le personnage. A ce moment là, si j’en crois ma propre expérience, quelque soit son sexe, son âge, sa situation, son histoire, ils deviennent les nôtres. On devient en partie « lui » (ou elle). C’est ce qui fonde des réactions genre « Non, mais là, il (ou elle) ne peut pas dire ça, pas comme ça. Il (ou elle) ne peut pas réagir comme ça etc. » Le charme particulier de la fiction, pour l’auteur, est qu’il peut habiter l’ensemble des personnages de son récit, peu ou prou, chacun son tour ou tous à la fois. Puis arrive le moment où les personnages ont assez d’autonomie pour « vivre leur vie ». A ce moment là, ils ont moins besoin de nous. L’histoire suit son propre cours. Une fois la dernière page écrite, on se sent orphelin bien sûr, mais finalement, soulagé. Jusqu’à la prochaine fois.

    Les trucs (ils valent ce qu’ils valent…) Endosser un personnage qui n’est pas trop proche de soi. Un homme si on est une femme, et l’inverse bien sûr. Le placer dans un contexte qu’on connaît, ou sur lequel on s’est documenté, mais qui n’est pas exactement le nôtre. Faire confiance à l’histoire elle même. Celle qu’on veut raconter et qui n’est pas la nôtre…

    Mais encore une fois, de toutes façons, même si c’est de soi (à partir de et en tant que) qu’on parle, le personnage n’est pas nous, même s’il nous faut l’habiter un moment.

    Me semble-t-il.

    1. Oui le personnage ne doit pas être nous s’il est personnage. C’est ça qui est passionnant. Un personnage pas trop proche de soi, voilà un sacré exercice, ça fout la trouille rien que d’y penser. Mettre en scène un homme. Merde va falloir que je change mes culottes ! enfin je veux dire ça me fout la trouille comment faire vivre un homme, mieux vaut créer un personnage totalement extra-terrestre là je peux tenter. Ou des animaux, oué. MPffff on est pas sortis de l’auberge…

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