Vert glisse

J’ouvre les yeux, je me réveille,  et je suis debout devant la fenêtre de la cuisine. La vue est immense et la montagne enneigée se reflète parfaitement dans l’eau miroir comme dans un fjord norvégien. Est-ce un fjord norvégien ?

L’eau ne cesse d’être verte, un vert profond irréel et clair autant que sombre. Soudainement je valse dans l’eau. Depuis le sommet de cette île où peut être nous vivons, seuls, dans cette unique maison, j’ai dérivé accrochée à un rocher mousseux qui me sert de matelas ou de bouée et nous tourbillonnons. L’eau entraine, toujours dans son vert inquiétant et glacé mais je ne ressens rien. C’est mon esprit qui flotte en rond, en spirale, et visite cette étendue immense qui m’amène vers les bords. Je découvre une partie rocheuse en a pic et de l’autre côté une rivière à droite, bordée de statues de prêtes debout, des sculptures. Ils portent chacun un livre dans leur main, un livre gris de la même matière que l’ensemble de ces totems qui jalonnent le chemin du bord de l’eau, comme des petits cailloux. Leur matière est très grise comme du fer blanc. Chaque livre a une chaîne en guise de marque-page. Personnages mi-chinois mi- moyenâgeux. Une autre civilisation, inconnue. Entraînée sur mon radeau de mousse je vois les rivages que la mer lèche. Des langues de sable gris jaune, lentement, se dévoilent. Elles formes des sinuosités molles et m’apprennent qu’une mer existe plus loin. Je lève la tête et je vois un horizon très dégagé, une eau plate bleu foncé, presque noire mais sans mauvaise intention. Je ne savais pas qu’il y avait un au delà, au delà de notre îlot, de la seule maison, du reflet sur un lac sans aucune secousse, sans aucun rebond.

Je te vois, tu ris beaucoup dans l’eau glaciale et verte comme un sapin et tu te laisses voguer. Tu es nu, tu n’as aucune peur. Tu es emporté et heureux. Je suis toujours accrochée à mon sauvetage, ce truc qui me maintient comme une soucoupe qui nage. Tu t’en vas dans le courant. Le fleuve qui te prend passe directement dans la forêt, il n’y a pas de rives, l’eau coule au milieu des arbres, elle a son grand passage au milieu d’eux. Ce sont de très hauts sapins, très sombres. C’est la première fois que je vois autant de sombre ici, autant d’arbres aussi hauts qui cachent le ciel.

L’eau continue de me faire tourbillonner dans son mouvement constant comme au centre d’un ami cyclone. Il n’y a plus d’île, y-en-a-t-il jamais eu ? Il n’y a plus de fjord norvégien et ses reflets immobiles. Il n’y a que de l’eau, qui bouge, se soulève, forme un mont au centre du cyclone. Il n’y a que de l’eau verte comme une forêt vosgienne, claire comme un torrent de montagne, qui n’est ni salée ni rivière, qui est ailleurs et je ne sais pas ce que je vois. Je suis seule, tu es parti derrière moi.

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