Lignes présentes

Sur la route je ne regarde qu’en l’air. C’est du panoramique, du balsamique, du prophétique, du géant.

Je regarde ces lignes parfaites, chacune découpée dans le grand gateau vercorien. Ces flancs raides mais qui se laissent aller vers la fin. Ces failles en V, deux croisements d’histoires, se rejoignent l’une contre l’autre. Les crêtes si hautes inaccessibles, je sais qu’il est impossible d’aller là haut, rien n’y mène. Seuls mes yeux s’accrochent, veulent rester. Cette immense rangée d’arbres tous au garde à vue. Des cheveux d’anges pas sages. Les branches se détachent précisément, le ciel blanc rentre dedans. Sur la ligne noire, que dis-je noire, c’est bien plus. Il y a ces courbes en fond d’image, il y a toujours une douceur au fond. Il y a ces plissements éléphantesques, on voit les marques de la peau, du choc primitif, de toute la montagne qui a glissé. Combien de temps cela a -t-il duré est la question que je me pose toujours. On dit que la mer était dans le Vercors, que le Vercors était sous marin. Alors tu perds la tête.

Ces lignes qui creusent, qui ont un dessein pointilleux, où chaque montée rejoint une descente. Ces plats, ces diagonales. Au retour le brouillard est une mer blanche qui flotte et laisse apparaitre un tout petit bout de chapeau noirci. Un conte. Le blanc est une couverture qui s’éffiloche entre des bras qui ont perdu leurs arbres, perdu leurs rivières, leurs chemins et leurs routes. De grands bouts de bras comme des feuilles et le grand châle épais d’ivoire les remplit. Je suis saisie.

Je n’arrive pas à tout garder dans ma mémoire visuelle. Je regarde par la fenêtre. J’essaie de poser des traces. Il faudra tout recommencer. Recommencer à zéro. Se planter dans la nature avec un crayon et voir.

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J’ai en tête Fabienne Verdier dans la merveilleuse vidéo ( sur youtube tu dis ?), sur un bateau en Norvège.

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4 réflexions sur “Lignes présentes

  1. Tu as l’option, arrêter la voiture, cela peut être chouette 🙂
    Et puis l’option renoncer à la mémoire visuelle et laisser les lignes arriver et dessiner un nouveau paysage : le Vercors de Laure. Je pense que dame Fabienne qui pose ses pinceaux sur des treuils sera d’accord..

C'est ici qu'on cause...

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