Comme une plume, disait la poule

Je suis au nid. Comme une poule au chaud qui regarde par la fenêtre et sourit béatement.

C’est sans doute le contre-coup. Tout me va, le bonheur, je souris. Pluie, vent, froid, soleil, rien ne me gêne, rien ne m’empêche.

La poule n’a pas de barrières juste un nid, un coussin, des plumes où glissent les jours avec, avec je ne sais quoi.

Je n’écris pas. je peins, dessine, apprend, rigole, fais n’importe quoi mais chaque fois c’est quelque chose que je veux faire et que je fais, quelque chose entre moi et un besoin qui s’assouvit. J’aime colorier. J’aime ce papier japonais que j’ai collé sur la planche étroite et longue et les taches de peintures et pigments dessus.
Je ne lis pas. Rien. Tout glisse dans mon cerveau. Je lis la vie de peintres, de groupes de peintres, de peintures, de styles, de couleurs, des trucs de gars et filles qui sont des sources jaillissantes, et inventent. La vie sans création n’est pas la vie, la vie sans création crève d’elle même. Je ne lis rien. Peut être d’avoir fini mon livre m’a lessivé le cerveau, je n’écris rien. Je rumine, je digère, je repose comme des nénuphars dans un bassin les mains le long du corps je flotte sans effort comme jamais je n’ai flotté.

Les nouvelles de la santé des aimés ont été miraculeusement pas catastrophiques et depuis mars c’est toute la vie qui est devenue possible. On fait même des projets. C’est avril maintenant et qu’il pleuve, vente, neige en mai, rien n’y fait, tout glisse ma poule, tout. C’est vrai je pense parfois à ma soeur morte. Je n’arrive pas à comprendre, c’est devenu irréel. Au lieu de s’installer dans les choses bien calées et indiscutables, non, sa mort s’est trouvée une place dans un imaginaire, un autre monde, une autre façon de penser que je ne connais pas mais que je sais exister quelque part, parallèlement. De ces trucs qui font sauter les espace-temps d’un coup et avec lesquels aucune discussion n’est jouable. Ce n’est pas une réalité audible maintenant, cette mort brutale. C’est dans un coin d’un univers aussi lointain que proche, une poche serrée et diffuse, un morceau de sable dans un tournant. J’y pense, j’essaie de visionner le fait qu’elle n’est pas là, mais je n’attrape rien. Je laisse, glisser une fois de plus, je laisse glisser ce qu’il ne sert à rien de garder sans vie, ce qui ne garde pas ma vie, ce qui n’est pas ange gardien je le laisse filer droit, sans me soucier de où ça va. Ce n’est pas pour moi.

La poule n’a que deux pattes. Une devant et une derrière. La poule ne lit pas, n’écrit pas, plante ses doigts dans le jaune, le rouge, le bleu et mélange, surtout mélange. La liberté se meut tout autour d’elle.

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2 réflexions sur “Comme une plume, disait la poule

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