14 mai, elle avait dit ( et rajout photo)

Pour débuter la semaine j’ai fait un très beau rêve. J’embrassais dans le cou un presque inconnu, dont je connais la photo tout de même. Peut être toi ou toi. C’était très simple et rien de plus. Assis épaules contre épaules tout était dit. La fleur de nos peaux, discrète et accessible. Oui un drôle de rêve majestueux de ressentis. Nous étions près d’une rivière dans une ville, un genre de parc ou d’espace libre avec sable et arbres puis beaucoup de personnes arrivaient. Au départ de l’histoire je suis seule dans un vieille maison familiale en pierres.

Le merle est toujours là chaque soir, lui. Il est proche de la fenêtre pendant que j’écris. Je veux raconter ma journée mais je ne pourrai pas. Une journée sur investie, sans aucun doute. La directrice ne comprenait pas que je verse des larmes. Nous nous connaissons peu. Elle a toutefois dit à quel point nous avons un déficit de communication sur le travail que nous faisons auprès des gens. Et que cela ne se payait pas, que cela ne se voyait pas, que cela ne se sait pas. C’est sans doute pour ça que j’étais bouleversée, parce que ce jour de reconnaissance je le désirai depuis plusieurs années.

On fait des petits boulots, on est sur diplômés, on gagne petit, on y croit. On reçoit immensément, on se construit avec. Des vies si différentes des miennes se croisent, s’entremêlent dans un même lieu, ma vie s’y frotte, mon coeur y bat. Je ne sais pas à quel moment je me suis faite débordée et les larmes ont puisé leur route, moi qui rêve de pleurer depuis des mois que je ne peux plus. C’est avec la photo du journaliste. Et H., la grande artiste pleine de souffrance, de souffritude, assise près de moi, moi accroupie à côté et elle a besoin de me prendre la main. Elle est seule ce matin, ses filles, heureusement, viendront dans l’après-midi au thé de 15h. Je l’ai vue arriver, H. , à 9h. Sa jeune fille l’a déposée et nous entrons bras dessus bras dessous mais elle s’arrête au seuil et pleure. Elle est comme ça, elle pleure c’est pour exister, pour résister. Je lui dit de venir dans la cuisine mais elle me lâche et se cache contre le mur, prend son foulard entre ses doigts pour s’essuyer. Je la laisse. Sa fille aînée arrive 30 mns plus tard, elle dit qu’elles n’ont pas fait les crêpes promises et que sa mère pense qu’elles s’en fichent de tout ce qu’elle a fait ici. Deux heures après, il y a trois tonnes de crêpes sur la table de fête du vernissage. H. est en photo, très belles photos, sa fille est ébahie.

H. a encore les larmes aux yeux, donc, pour la photo du journaliste. Et moi je suis débordée par ma garde qui ne garde plus rien. Je bascule dans la demie heure qui suivra dans l’émotion qui coule. C. est là, qui comprend tout puisqu’on fait un peu le même boulot, elle avec les corps, où elle voit tout de l’autre, où elle voit l’épanouissement prendre les formes, la vie s’ouvrir dans les mouvements et les respirations. Cette vie percée de trous, cette vie sans choix qu’elles ont eue, ces corps lourds, malades, des poids, des muscles mous épais, des articulations de bois qui ont oublié leur enfance où le corps était fait pour exister par soi-même, libéré. Elles n’ont pas connu ça. On soulève des pépites, juste avec qui nous sommes elle et moi. On fait la nique au tyrannies, aux dictatures, aux viols, aux contraintes, aux reniements de la féminité. On leur donne des chances, exister autrement, même un instant.

Et ça qui le sait ? Qui le voit ? Personne ou presque. Alors aujourd’hui je l’ai dit, et ceux qui voulaient pouvaient l’entendre. Un chemin. Tu as fait une route avec elles, me dit C. Un beau chemin, oui, j’ai dit. Et j’ai pleuré. Pleuré pour la misère, pleuré pour ma soeur morte que je ne pleure plus, pleuré pour moi dont je ne sais pas ce que je ferai bientôt, comment vais-je faire pour changer le monde et être utile pour le changer ? Pleuré pour les onze mois de ma vie à penser cet atelier, pleuré pour les années d’avant à les hisser, ces femmes de rien, ces femmes qui ont honte, les hisser dans la joie. Dans une fierté d’être. Pleuré parce que partir, pleuré parce que demain n’est pas comme hier, pleuré parce que grandir est une saloperie aussi. Une journée sur investie, oui.

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Je rajoute cette photo des fleurs de E. Une bénévole en or. qui ne peut plus trop,comme moi, travailler en salarié ( saturation psychique, refus des structures toxiques, etc) mais est un puits de générosité et de talents. De ces personnes avec lesquelles il n’est point besoin d’expliquer les choses tant on se comprend.

Arrivée avec un bouquet de son jardin, qui s’est fondu dans le décor.

P1400899

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12 réflexions sur “14 mai, elle avait dit ( et rajout photo)

  1. Comme je sens ces palpitations d’émotion qui te traversent et te submergent..
    Tu hisses très très haut l’étendard aux couleurs de la Vie ,
    tu révèles ainsi la beauté de ces femmes en leurs merveilleux jardins..
    Merci et mille fois bravo!
    Et toi, te voici prête aux lumières de l’Été..

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    MERCI! Un jour, je ferai comme toi.

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    Merci! Plus tard, je ferai comme toi!

    PS: posté un premier com, je ne sais pas si il a passé…

  4. Comme je sens ces palpitations qui te traversent et te submergent..
    tu es une fée combattante , tu hisses très très haut l’étendard de la Vie en rendant ainsi à ces femmes leur beauté en leurs merveilleux jardins .. Merci et mille fois bravo!
    te voici prête maintenant à accueillir toutes les lumières de l’Été.
    Tes couleurs ne seront pas oubliées par celles qui les ont posées comme fleurs qui ne faneront jamais.
    Le cœur épanoui ne peut plus flétrir .
    c’est ce cadeau incroyable que tu leur a fait .

  5. En te lisant j’ai envie d’inverser la phrase de Ben, « peindre, c’est écrire avec des couleurs » dans une langue commune et partageable.
    Bravo Laure pour ce que tu as accompli avec elles comme chemin, comme jardinage intérieur, comme éclosion de vie et de féminin. C’était pour moi un moment précieux que de lire ton article du mardi sur l’atelier, un moment de vie et d’essentiel.
    Bravo d’être qui tu es 😉

    1. Il y aura un dernier article sur le blog
      langagepapierscouleurs
      avec quelques photos prises de la prépa de la table-déco, avant le rush émotionnel hi hi ( après = aucune photo)

  6. Merci mesdames sensibles.
    Entre ma première année de chômage subi, le deuil de ma soeur, la reprise de la peinture perso ( et les émotions et aléas du cours au village/ tiens, la nouvelle animatrice démissionne…je l’ai appris hier matin )et le bouclage de mon petit livre….c’était vraiment une année où j’ai beaucoup posé, déposé, recomposé, exposé.
    Si suite il y a, se sera sous un autre angle.

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