Durer, rester, battre les sentiers avec les couleuvres, les avaler

Combien de temps durent les émotions fortes ? Et qu’en fait-on ?

Ben oui ça, c’est bien gentil de se froufrouter les uns aux autres et de pleurer dans les bras de contentement et de « j’en reviens pas ! » mais après ?

Oh je suis méchante, je cherche les poux je les trouve.

Sur le chemin tout à l’heure, là où le ruisseau devient petite rivière, deux couleuvres glissent l’une avec l’autre, se moulent en spirale, relèvent la tête face à face, repartent de plus belle dans leurs ébats. C’est incroyable, c’est d’une beauté magistrale. Leurs corps souples et luisants au soleil s’attrapent, se nouent, s’enroulent jusqu’à la queue, puis se retournent, se détachent un peu et se reprennent, et refont face leur têtes dressées. Totalement la folie d’assister à ce spectacle très privé. C’est marrant car j’y pensais en prenant ce petit sentier à l’aller, en sandales. La chaleur est intense aujourd’hui et l’humide est encore là, les herbes hautes. C’est avec ce même genre d’atmosphère que je me suis retrouvée un jour avec une couleuvre enroulée autour de mes chaussures dans un pré aux herbes hautes d’un mètre, le tout bordant une petite rivière. Depuis je sais que les serpents aiment l’eau. Et se réveillent quand le printemps prend fin dans des journées moites.

J’ai eu peur au début, j’ai cru voir une seule couleuvre et je n’étais pas sûre de pouvoir passer sur le chemin. Pourtant je les connais, depuis l’incident dans le pré, il y a douze ans, je m’étais renseignée en long et large. Mais je ne la voyais pas nettement, en plein soleil, et je la trouvais agitée, elle ne quittait pas le sentier, elle toupinait de droite et gauche, levait sa tête. Ce n’était pas normal, donc j’avais la trouille. Et Lui tout de suite a dit  » Elles sont deux ». Ah…Et nous avons assisté, en restant à quatre-cinq mètres quand même, à la copulation des deux serpents. J’étais étonnée qu’elles restent dans notre sillage, qu’elles ne fuient pas. C’est quand il s’est rapproché pour prendre une photo qu’elles ont filé, toujours entortillées ensemble, dans les herbes sur le bas côté. On n’avait pas mon appareil, juste un téléphone merdique. Donc quasi nulles les photos, je vais tenter de refaire un cadrage avec les originaux à bonne échelle. Pour l’instant…

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C’est toujours surprenant de se  dire que des bêtes sauvages empruntent ton sentier, celui de tous les jours derrière la maison. On était passés là, au même endroit, une demie-heure avant.

Dans l’après-midi je constate que les merlous sont bien au nid, avec des becs jaunes qui se forment. Une heure après j’en entends un dans le jardin, je suis devenue experte en cri de juvénile-poussin appelant ses parents parce que projeté hors du domicile sans bien savoir ce qu’il faisait. Conséquences ultimes, il n’y retournera pas. Le nid, celui là, celui où je suis né, c’est fini pour un bon bout de vie. C’est un truc qui continue de me fasciner. Les oiseaux, c’est le nomadisme à l’état pur.

Aujourd’hui fut un jour d’été. L’orage gronde ce soir en montagne pour venir nous calmer après ce jour épais, chaud, qui fait décoller les oreilles. Pour un peu on quitterait le nid pour toujours. On a bu un jus en terrasse au village, sur la petite place, celle de la fontaine. A ma grande surprise c’est Lui qui parle maintenant de rejoindre la ville, de partir d’ici. Pas pressé, mais faisable, et l’envie naît. Ce sera difficile de quitter le beau cadre de vie. Il nous faudra un appartement avec beaucoup de vert sinon on va crever. Et un déménagement ce n’est plus un plaisir, c’est une corvée avec grand C, à nos grands âges, avec le nombre de déménagements qu’on se tape au compteur.

Pour moi en cinquante trois années : Lyon-Rouen ( deux logements avec mes parents)-Le Havre (deux appart en coloc, le pied)-Paris-Rouen-Navarrenx en Béarn-Paris-Luneville près de Nancy-Navarrenx-Rouen-Chiang Kham Nord Thailande-Rouen ( j’avais des clés de maisons amies, c’était mon point de chute facile)-Phnom Penh au Cambodge-Paris-Rouen-Lyon-Vientiane au Laos – puis la Drôme et trois déménagements dans cette région, en quinze ans et dans le même temps, deux appartements perso en Ardèche entre 2003 et 2005, où je résidais du lundi au vendredi pour le boulot ( galère !). Et je crois que j’en oublie. Par exemple à Navarrenx j’ai changé deux fois de maison en un an et demi. A Chiang Kham aussi j’ai changé de maison. Arrivée en colocation à trois, mon doudou et un ami, puis on prend maison avec doudou et je rencontre Lui et je re re déménage. A Phnom Penh, je squatte trois maisons amies en un an, des colocations, parfois super parfois non.

En fait j’aimais pas trop rester plus d’un an quelque part, ça doit être une maladie. Qui m’a passé. Mais ça me reprend.

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4 réflexions sur “Durer, rester, battre les sentiers avec les couleuvres, les avaler

  1. Bouger…changer de décor…changer d’air …découvrir d’autres modes de vivre, de penser…se prendre dans les oreilles d’autres bruits, la musique des mots du coin, et partir à pieds , le nez en l’air pour découvrir ce coin de terre avec « ses pieds ».
    J’adore…
    Mon homme celui dont je partage le quotidien, lui est plus casanier. . alors , on fait un peu comme Ulysse.. mais , sûr ! on est moins jeunes.. on prend moins de risques , sauf celui de devoir régulièrement redécouvrir les lieux où l’on vit, et qui, même s’ils sont sortis de notre tête, sont nôtres !

    Nicole

    1. il y a toujours à redécouvrir..je m’en suis rendu compte au moment où Xphe nous a quittés. .Sur le trajet que je connaissais par cœur, je découvrais pleins de détails aux quels je n’avais pas fait attention
      ,chez moi, rien n’avait bougé, mais il me semblait que beaucoup de petites choses pouvaient être nouvelles dans l’utilisation que j’en ferai, ou dans la possibilité de les transformer….

C'est ici qu'on cause...

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