le 26 en vie

On me dit que j’aime la vie. On me dit que je suis vivante. Ah ça me fait bien marrer.

Il faudrait que les choses soient bien claires : je suis une pessimiste entrée en lutte contre la saloperie de la vie. Je ne sais pas quand cette lutte a commencé, elle ne dépend pas de moi, pas de ma petite personne seulement, les fils de ma marionnette sont bien loin, les histoires qui m’ont faites bien réelles comme des coquillages accrochés sur mon dos.

Je pousse la vie devant parce que laisser uniquement les saloperies gagner serait trop simple, ce serait tout accepter et se rendre. Baisser la tête devant la guillotine sans avoir tout tenter pour y échapper. La force qui m’anime c’est celle de la lutte contre. Contre l’amertume, le renoncement, contre tout ce que je porte bien lourd, bien présent. Contre l’ombre, pour faire un tout, ne reste que la lumière. Ne reste qu’aimer beaucoup  les toutes petites choses. Derrière la fenêtre, derrière les rideaux, derrière la lumière se cache toujours la peste et le choléra, le trou sans fin où s’enfermer et mourir. C’est vrai, je ne suis pas pressée. J’ai encore une bonne carapace, le plaisir a encore sa place.

Je vois des vieux, je les vois seuls, je vois le petit homme au coin de ma rue qui se force à marcher chaque jour avec son déambulateur autour de sa maison. Si je passe je lui dis bonjour discrètement et je l’encourage « C’est bien ! ». Qui suis-je pour me permettre de lui parler comme à un écolier qui a fait ses devoirs ? Je suis lui. Chaque jour je me vois, dans cette solitude qui peut frapper quand ça lui chante, dans ces maladies, ces faiblesses, ce corps qui ne meurt pas debout. Cette longue descente pâle, pas après pas, les mains accrochées au déambulateur. Et il n’a pas l’air triste quand il me répond par un signe de tête, rarement un sourire. Il a l’air d’être à sa place, résigné mais actif. En vieillissant on sait ce qui compte, on repère tous les coups, ceux qui vous font descendre un peu plus, ceux qui vous maintiennent à flot. Je veux garder la joie, c’est tout ce que je veux garder même s’il faut m’arracher la peau et les tripes.

.

Aujourd’hui est le 26 aout. Demain ça fera un an que ma soeur est morte. Cela ne sert à rien du tout de compter ces années là. Ma soeur ne voulait pas vieillir. Soixante-trois années sur terre, son compte fut fait. Soixante-trois années, c’est une vie.

.

Publicités

C'est ici qu'on cause...

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s