Partir pour mieux rentrer

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De retour d’un tour de passe passe avec nous, avec nos têtes. Retournés. Blanchis d’un espace nouveau, des cartes sur la table retournées elles aussi, une présence qu’on croyait anonyme et qui dit son nom. Des mains joker qui savent s’exposer, deux personnes debout, toi et moi,  dans une cuisine de location, qui expriment leurs craintes, leur connaissance des choses d’une seule vie, les risques à peser et le bonheur qu’on a. Et ce soir du deuxième jour on comprend qu’on rentrera chez nous plus heureux que d’habitude parce que l’ici-chez soi d’où je t’écris tandis que les bagages sont à peine défaits, on l’aura défini et trouvé là-bas. Loin, au bord de l’Océan, qui demande une journée interminable de route, dans une ville où on pensait émerger un jour, mais on sait maintenant que non. On s’avoue. On fait le tour des paramètres très multiples et soudain face à nous. Pourquoi vivre dans un endroit ? Pourquoi vivre ? Qu’est ce qui nous lie quelque part sur terre ? Pourquoi au fil des ans, on fait socle et repère avec des lieux, des liens, même si nous sommes plutôt seuls et solitaires même si les amis ici il n’y en a guère ou si peu, à la petite cuillère. On croit se passer d’une maison mais elle est la nôtre et nous l’aimons, on s’y sèche le poil. Il faut un endroit précieux où sécher l’amer en douceur. Peut-on garder un toit comme repaire et aller plus souvent vaquer en mer, en haut, en bas, au Sud à l’Ouest, au Pacifique, dans de lointaines contrées mais ne pas déménager ?

Toujours est-il que ce n’est pas l’heure. Et peut être même est-ce ce lieu adopté depuis quinze années qui nous garde entiers, à un et à deux, sans lequel va savoir comment on se débinerait.

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Sur la route je photographie  la route et les cieux. La voiture ramène. Il faut rattraper, consolider. On est partis et on ne veut plus partir, pas pour de bon. Le bon est là. La niche, le cocon, on ne peut pas sans cesse les bannir.

On a le temps encore et au lieu de resserrer ce temps en le bourrant d’angoisse autant ne plus rien chercher à prédire.

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Ce n’est pas qu’il y a le rêve et la réalité. Ne vient pas me dire des trucs comme ça, pas à moi.

C’est qu’il y a.

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