Quitter un livre

J’ai terminé « L’écriture ou la vie », de Jorge Semprun, tout à l’heure, au soleil du jardin.

Il faut croire que chaque chose prend son temps puisque j’ai toujours voulu lire ce livre depuis 1994 où il est sorti. Si j’ai mis presque 20 ans à le tenir dans mes mains,  l’auteur a mis plus de temps, lui, pour l’écrire. Raconter, raconter quoi comment, en sortant de Buchenwald en 1945, Semprun s’est tout de suite posé la question et des pages ont jaillies. Et puis tout s’est tu. La vie, le regard des autres, quel regard pour soi ? La vie, des sortes de vies, il en aura eu des tonnes, clandestines et officielles.

C’est beaucoup plus tard, en particulier quand Primo Levi se jette dans son escalier, qu’il se relance dans le projet. « Pouvez vous écrire de pures fictions ? » . Peut être pas, dirait-il. « Il y a tellement à raconter, à puiser dans ma vraie vie, que je n’ai pas encore fini. » On l’entend dire cela en allemand dans un train, sur une vidéo. Quand il entre au camp, à 20 ans, il sait déjà parler allemand. Il lit les philosophes dans leur langue  originale.

J’ai terminé le livre. Je dis cela au dîner, dehors. On me regarde d’un air torve  » Ce n’est pas très marrant  » …Je mets un temps à comprendre la réflexion. Je ne réponds pas. Il faut le lire et non pas parler de certains contenus, je l’ai déjà écrit ici.  C’est une magistrale construction sur la notion même du souvenir et de la vie en souvenirs, des réalités en nous, de la fraternité. Je n’ai rien à dire. Quand on quitte un livre qu’on a aimé on se sent tout déplumé. J’ai refermé le livre tout à l’heure et j’ai cherché l’herbe verte dans le jardin. Il y a un tas de  branches coupées sur l’herbe, un petit monticule. L’air est chaud, doux, je suis à l’ombre, je regarde le petit jardin et j’ai fermé le livre. Mes mains sont sur mes genoux, je ne bouge pas, assise, dehors, le jardin est vert, le ciel est pur. Rien ne colle vraiment, rien ne dit que j’ai quitté cet auteur, sa vie, ces bouts de son intime qu’il a partagé. Je voudrais en savoir plus, on se sent proche de lui, on le voudrait pour père, pour ami, pour le rencontrer et le laisser parler.

La fin du livre se situe à Buchenwald en 1992, son premier et seul retour sur les lieux.  » Bientôt plus personne n’ayant vu la cheminée et senti la fumée ne sera vivant ». Rien à dire de plus. Le livre n’est ni gai ni triste il est poignant et il emmène dans un parcours. Il démarre à la sortie. Il parle des départs et de ceux qui restent, part-on vraiment ? Il parle d’aller mais l’aller ne suffit pas pour savoir qui nous sommes.

 

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Ce livre parle de l’écrire, oui mais.

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Sur ce site des infos, des photos, des tas de vidéos qui m’ont plu

http://www.lesamisdejorgesemprun.eu/

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