Auteur de fond

Je poursuis ma lecture du livre de H. Murakami « Autoportrait de l’auteur en coureur de fond ». Lecture facile. C’est un livre très égo, l’auteur parle de lui dans les détails, sa soif quand il tente de rejoindre Athènes à Marathon tandis que sa sueur se transforme en sel à peine sortie des pores de sa peau.

Il compte les kilomètres, il enregistre chaque progrès, il a cette discipline de fer que chaque sportif se doit d’avoir. Il fait cela depuis trente ans. Sportif ? Pas que.  Il a cette discipline que chaque porteur de projet peut avoir, se doit de tenir. Cela peut être le projet de résister à l’enfermement, par exemple,  tous les prisonniers connaissent ce rythme à prendre pour ne pas se laisser emporter par l’effondrement total. Des exercices chaque jour, sans faute, un corps à tenir, d’autant plus dans les situations de détresse.

Je crois que je suis sensible à cela. Mon corps ne fait qu’un avec mon esprit, je l’ai déjà dit, c’est un souci dans la mesure où je dois être très prudente avec lui. Fatigue, maladie, m’enlèvent toute joie, tout désir de vivre, je me vide, toute l’essence vitale et toute cette envie que mon esprit s’acharne à pulser pour tenir bon, tout cela s’évapore dans mon corps en souffrance. Vivre n’a alors plus de place. C’est comme si vivre avait besoin de ce corps en état correct, sans douleurs et suffisamment reposé. Toutes mes cellules disponibles sont à peine suffisantes pour accepter de vivre, pour recueillir le goût et en faire quelque chose quelques heures par jour. Mon corps est un faible sac, un ballon, qui doit être gonflé, ouvert, propice alors à collecter et garder le  bonheur. Crevé, trop abattu,  fiévreux, attaqué par des bactéries, endommagé par des virus même minimes, c’est le malheur qui s’empare de tout ce sac, me monte au cerveau et en fait de la bouillie. Je ne vois plus le monde, je ne vois plus rien de la même façon, je ne profite de rien. C’est tout un travail de résistance que de trouver un profit à cette existence, c’est un travail de labour têtu, dans un champ où tout aspire à l’abandon dès qu’on lâche l’outil.

J’ai fait de la danse quand j’étais petite et j’en ai fait jeune femme, je crois que c’est là que j’ai appris à aimer le travail du corps, son lot de souffrance pour passer d’un cap à un autre. Le corps est fainéant et fourbe. Il fait croire qu’il va bien, et que, ce mouvement fait trop mal ou cette pente sera trop dure à monter. Il aime végéter. Puis il se rétracte et la pente devient parfois inaccessible. Le corps aime la dégradation, c’est sa nature. Tenter de résister à cette nonchalance est un pari intéressant, c’est un pari mental aussi.  Ma mère était fille de médecin, à une époque où les vaccins n’existaient pas. Son père leur racontait ses visites à dos d’âne en Corse, puis au cabinet situé dans la maison, ma mère voyait les patients et s’intéressait à tout ce qui touche la maladie et surtout la prévention. Faute de médicaments et de vaccins, on pratiquait la prudence, on agissait en sorte de choper le moins de saloperies possibles. Ajaccio était infesté de moustiques en été, les enfants filaient en montagne. Sur place, ma mère nous indiquait les lieux insalubres où des quartiers sont nés ensuite et elle conservait un dégoût et une suspicion. Elle avait gardé dans ses yeux la ville de son enfance.  On ne laissait pas un rhume s’aggraver, on expectorait, on se lavait, on surveillait les selles. Dans l’immense maison du grand-père on connaissait les premiers symptômes et on les traquait. On soignait avant, car l’après était mortel en ces temps là. J’ai dû en prendre de la graine, c’est certain. Cela me plaisait d’apprendre que mon corps m’appartenait et méritait qu’on le chouchoute.

Le livre de Murakami, est un livre à double fond où le parallèle entre le sportif et l’auteur est constant. Dans les pages 80, il est explicite sur le fait que s’il n’avait pas couru ainsi depuis 30 ans il n’aurait pas écrit ce qu’il a écrit. Quelles sont les qualités requises pour écrire ?

1. Le talent

2.La concentration

3. La persévérance

On le sait, mais il l’explique de façon détaillée. Mettez vous devant votre bureau, par exemple, quatre heures chaque matin, écrivez (ou pas). Démarrez le lundi. Le dimanche vous êtes totalement cuits, incapables de remettre ça la semaine suivante ?  Vous n’écrirez jamais un roman digne de ce nom. Vous pouvez soulever une tasse de café entre deux doigts et vous pensez que c’est à peu près de cette capacité physique dont un écrivain à besoin ? Essayez voir.

P1450678-001

P1450679

P1450680

J’ai beaucoup aimé ces pages là.

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