Les petits coins sales

Grand soleil ce matin qui annonce la journée.

Une grande lessive va sécher dehors. Le ramoneur est venu hier, le bois est rentré depuis juillet et le réservoir de fuel est plein. J’aime bien me préparer à l’hiver en été puis ne plus m’en souvenir, laisser toutes les chances à l’automne et aux indiens d’arriver. Tant que novembre n’est pas, tout est permis.

On est au bord de l’Océan dans huit jours. Quelques jours et beaucoup trop de route mais j’aime énormément les déplacements pour peu de temps. Peu de jours suffisent à être totalement modifié. Pour moi le comble du luxe est de prendre un avion en classe V.I.P ( en première tu peux vraiment dormir dans les nuages et arriver frais comme une mouette) pour un aller-retour de maxi quatre jours n’importe où dans le monde. Oui, on peut aller jusqu’à la semaine complète. Mais hop, embarquement pour New York, Frisco, Delhi, Chiang Maï, Maurice ou Mada, hôtel cinq étoiles, taxi à volonté ou bus pourri, mais confort, aucun fric à compter sur les doigts et retour toujours en V.I.P frais comme…un heureux riche. Oui, les millions du loto, moi je sais très bien quoi en faire ( avec en sus la baraque au bord de mer et sa piscine couverte avec baies vitrées sur l’Océan).

J’écoute la radio et un débat sur l’islam en France. Hélas, les invités n’arrivent pas à parler chacun leur tour. J’écoute tout de même car dans mon travail auprès de femmes, musulmanes à 90% ( il y a quelques personnes asiatiques) et dans un quartier de H.L.M au taux de chômage conséquent, je suis dedans. Totalement confrontée à la vie des communautés à majorité turques et maghrébines, une vie totalement impossible pour moi. Ma vie, mes moeurs, mes habits, mes pensées sont étrangers et impossibles, pour eux  aussi. Ma façon de parler, de bouger, d’être dans mon corps de femme, sont étrangers à leur monde. Nous sommes extrêmement différentes et réunies six heures par semaine. Les femmes avec lesquelles je travaille, celles du maghreb, ne sont jamais allées à l’école, ne savent pas lire le Coran, sont soumises et croient tout ce que les hommes leur disent. Ce n’est qu’un exemple. Les plus jeunes, françaises, femmes, jeunes filles ayant grandi dans les quartiers, ont des choix terribles à faire. Dans cette  structure où je travaille occasionnellement, des collègues ont des origines marocaines ou algériennes, parlent l’arabe maternel, je ne sais pas ce qu’elles pensent vraiment, elles ne portent pas de voile, elles s’habillent comme toi et moi. Quand on a besoin d’un éclairage,on discute, elles donnent leur regard, elles aussi vivent sur une autre planète que ces femmes soumises.

Pourquoi certaines formes de religion dérangent ? De par leur violence ? De par leur machisme, leur sexisme ? Qu’est ce qui me perturbe quand une femme est voilée de noir des pieds à la tête ? Je ne vois pas ses yeux, nous nous croisons et nous n’avons aucune communication non verbale, je croise un mur qui bouge. Mes amies collègues musulmanes pensent la même chose que moi, sont même encore plus révoltées.

Je me demande régulièrement pourquoi j’aime autant travailler avec des femmes dont je ne pourrais partager la vie, pas même quelques heures. Quel est ce coeur commun qui nous anime ? Est-ce que je travaille mon racisme latent en leur offrant de mon temps, en leur parlant français deux heures durant ? Pour certaines c’est le seul moment où « un français leur parle français ».

Avant d’y revenir en tant que remplaçante en 2008, j’avais travaillé trois ans dans cette structure que j’avais quitté pour d’autres emplois. Sur le coup ( 2003) j’en étais heureuse car le poids de leur vie et de nos différences me pesait, en tant que femme surtout. Plus tard j’ai travaillé en conseil général sur l’action sociale. Je suis vite partie car je n’en pouvais plus de ne traiter que des dossiers d’aides financières via les assistantes sociales et de constater qu’un tiers de ces dossiers concernaient des familles étrangères dont un paquet abusaient de nos services. Cela me sortait par les yeux, je suis partie en disant  » Faut que je sorte de là sinon je vais finir F.N ». Quand on ne voit que des extrêmes, des cas isolés mais empilés les uns sur les autres dans la paperasse à signer, on a la nausée, on amalgame tout. Nous en discutions avec une amie cet été, je ne dirais jamais  » je ne suis pas du tout  raciste », il y a toujours cette petite pointe de rejet qui s’active quand je vois trop de choses qui me dérangent. Je suis comme tout le monde, j’aime bien ne voir que ce qui m’arrange ou m’apporte du meilleur.

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2 réflexions sur “Les petits coins sales

  1. Oula c’est rudement compliqué cela. Le montée du voile intégral me désempare complètement. Je lisais hier dans Libé un article sur les filles voilées à Londres et des interviews de jeunes femmes. Brrr. Un fille voilée est pure, elle ne peut pas se faire violer et autres phrases glaçantes du même acabit…

C'est ici qu'on cause...

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