Maparnasse

Petite reprise de l’atelier peinture du mardi, en bénévole. Je remets les pieds dans la structure après quatre mois sans. Je constate avec plaisir que deux collègues ont modifié leurs cheveux. L’une les a coupés, l’autre les laisse pousser et tout cela leur va très bien, les transforme. Je n’ai pas eu de réflexion sur ma personne. Ai-je la même tête ?

Je sors vers 11h et je vais à la librairie acheter un livre pour ma tante que je vois vendredi matin à Paris. Elle ne sort plus. La lecture est son activité principale, elle peut tout lire. Je lui commande régulièrement des livres à gros caractères. C’est tout de même très cher alors hier je regarde sur un site généraliste en ligne, j’en vois deux d’occasion. Je saute dessus. Ces idiots m’envoient ensuite un mail pour me dire qu’ils se sont trompés, un des bouquins est chez Points en petit caractère de poche. Bon. Tant pis.

Je voulais de toutes façons lui prendre un livre dans une librairie. Celle ci est spacieuse et au bord du fleuve Isère, devant un vieux pont. Je prends « Canada », de Richard Ford, j’ai entendu à la radio que ça se lit tout seul. En passant je rafle aussi le dernier Rufin, sur Compostelle, facile aussi. Ironie, en sortant de là je me dis que j’offre à quelqu’un qui ne marche presque plus, même dans son couloir, un livre sur la marche, ses douleurs, la transformation qu’elle procure. Que pense-t-on de la marche, de l’acte de marcher un pied devant l’autre, quand on ne peut plus le faire ? Je suis traumatisée par l’idée de ne plus pouvoir marcher, alors je marche, j’essaie de le faire dès que je peux.

Le temps a extremement changé. La lune peut être ? Je ne sais plus où elle est. J’aime les changements de temps. Mais je me demande si celui là ne me met pas dans un creux un peu trop contemplatif. Pourtant samedi les trois heures de Qi gong m’ont rajeuni de vingt ans. Extraordinaire. On a beau pratiquer seul, c’est toujours plus intense et efficace avec un bon prof en face. En vieillissant, ce corps est un chameau. On ne doit jamais trop l’écouter, il pousse vers la mort comme un petit salaud. Ce n’est pas qu’il y pousse puisqu’il n’y a pas besoin, c’est qu’il y pousse en malfaçons. Histoire que ça fasse encore plus mal, plus tordu, plus cynique et mauvais.

« Je vais bien, je n’ai pas mal, tout ce que je veux c’est ne pas avoir mal ».  M’a dit récemment cette tante au téléphone.  J’en fus ravie. Je vois qu’elle peaufine sa philosophie de fin de vie. C’est la clé. Elle va avoir 86 ans, elle trouve que c’est trop. Elle vient d’être arrière-grand mère, elle trouve que ça fait trop vieille, que ce n’est pas raisonnable.

Son appartement est grand, situé juste derrière la gare Montparnasse. J’aime ce quartier parce qu’il m’a vue petite et à toutes les étapes de ma vie. J’y ai beaucoup pensé, rêvé, mangé, batifolé, acheté, regardé, enfin tout quoi. Il est même possible que j’y aie pleuré, peut être en remontant la rue de Rennes, le coeur penché et humide, encore une histoire d’amoureux qui ne se vit pas comme on veut ma demoiselle ? Le boulevard où vit ma tante chérie est très bruyant, il m’est arrivé, rarement, de dormir dans ce bel appartement de Montparnasse, petite. J’avais l’impression d’être à New York, partie dans des villes immenses, aux embouteillages incessants nuit et jour. Je crois l’avoir déjà écrit ici.  Cela m’excitait. Quand on est môme on se fait des films tout le temps, pour un rien ça dévale dans le cerveau, on décolle.

.

 

 

Publicités

C'est ici qu'on cause...

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s