De ces textes qui surgissent

 On dit, on sait, que la peinture est thérapeutique. je vais vous dire  : « Qu’est-ce qui ne l’est pas ? ». Au fond.

L’écriture,  n’en parlons pas. Si, parlons.

Ce matin j’ai réussi à donner une forme à un texte que j’avais commencé sur le forum en lignes Scribulations.  Un tableau a été proposé pour s’inspirer. On y voit des trains et des rails enfoncés dans la mer.

Je ne sais pourquoi… Et cette phrase « je ne sais pourquoi » est la raison de cet article ainsi que mon sourire narquois qui se moque de moi-même.  Va savoir comment, donc, ce tableau que je n’aime pas tellement, m’a permis de revenir sur des bribes d’un rêve. Un rêve que j’avais noté dans mon cahier à rêves, le gros cahier sur la table de chevet. Un rêve de sable, un rêve totalement sans eau, où une ville, des rues et un peu « tout », dirais-je,  est désert et inhospitalier. Curieusement, (sourire narquois), la ville mise en scène m’évoquait celle de mon enfance que j’ai décidé d’éviter copieusement après des déboires et drames sentimentaux d’amitié, il y a deux ans.

Pour en rajouter une couche, ma soeur est aussi dans le rêve, rêvé un an avant sa mort. Bref, ce rêve je l’avais noté pour qu’il ne s’évanouisse pas comme tous les autres. Je ne pensais pas le revoir hier devant ce tableau d’immersion.

J’ai tenté un début de texte que je trouvais déplaisant et « tout croche » comme on dit. Je ne suis pas bonne pour la fiction pure. J’avais utilisé des bouts d’images de mon rêve mais c’était maladroit, pas planté. Aujourd’hui, dans la salle de bains, comme souvent – il est important de se laver le matin – j’ai senti le texte me parler, prendre son autonomie, c’est comme ça, je suis portée par quelque chose quand j’écris, comme quand le pinceau te guide, ce n’est pas toi qui le maîtrise. Non que ce soit un texte capital, mais comme si je me devais d’en faire une chose correcte. Comme de boucler un propos, de bien le tourner. Sensible sans doute au fait que mon inconscient s’y était livré, je ne pouvais pas laisser les choses mal foutues, pas honorables. Oui, tu vas me dire que c’est le jour des morts que j’ai pu boucler cette affaire – mineure mais qui me pesait finalement-. Oui tu vois mon sourire narquois. Oui de deuil d’un lieu, de personnes, et de revivre, sans nul doute il était question.

Tout simplement un bon exercice qui perpétue mon intérêt et mon affection pour ce forum à plusieurs, où quelqu’un vous lie – lit – voulais je dire…et vous attend un peu voir ce que vous donnez.

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DéSERT INCARNé

Rien, rien, rien ne peut me convaincre. Mais il semble que je soies là, sans pouvoir le définir. Autrefois on savait où l’on était. On pouvait, par exemple, situer et retrouver des rues où l’on avait marché, où une partie de notre vie s’était faite. Comme dans cette ville où j’ai patiemment été au collège et au lycée. Pourtant aujourd’hui ce que j’y vois erre dans mon cerveau sans s’y incruster.

Le sable l’a envahie. Je suis avec ma nièce et nous avons un rendez-vous. Est-ce encore la ville où j’ai passé mon enfance ou son clone abruti ? J’y marche lentement comme dans un cauchemar, pensant que je me suis trompée ou d’adresse ou de lieu. Les rues ont fondu ou cuit, tout est rapetissé vers l’étrange sans joie. Avant de m’y perdre à ce point, j’étais loin de mesurer les évènements,  pourtant tout avait déjà commencé depuis des années. A y repenser cela parait totalement impossible. Etions-nous aveugles et manipulés à ce point ou bien si incultes, telles des bestioles en perdition sur la croûte terrestre ?

Ce qui me surprend maintenant est l’absence de couleurs partout où mes yeux se posent, rues, immeubles, murs. Pas de jardins, d’ailleurs. N’y avait-il pas des plantes un peu partout, quelques arbres longeant les boulevards, des massifs de tulipes et myosotis bien entretenus par les services municipaux ? Il n’y a pas. Le vert, comme le reste, est exclu de la palette. Cela je le sais pourtant, alors pourquoi suis-je aujourd’hui étonnée ? On sait qu’aucun végétal n’a survécu mais on dirait que ce jour précis je découvre tout comme si j’avais dormi depuis les trente dernières années. Les bâtiments, immeubles, maisons, magasins, sont beiges, parfois blanc sale et jaune pâle. Je lève les yeux vers cette résidence où nous avons habité avec mes parents au siècle dernier. Les sept étages sont indentiques avec leurs grands balcons qui courent le long de toutes les pièces en plein sud. Les baies vitrées appellent toujours la lumière, l’immeuble est bien conservé, mais c’est une plage qui le borde, à quelques mètres, une plage sans eau. De ce que je peux en voir, les rues sont d’un sol sablonneux complètement éteint, bouffé par les remous de tempêtes incessantes qui l’auraient mordu, déchiré en poussière, jusqu’à ce qu’il n’en reste plus qu’une matière molle, bien trop souple et sans éclat. Je marche péniblement dedans, je m’enfonce douloureusement dans des rues qui autrefois tenaient ferme et n’avaient rien d’un rivage usé, impuissant.

Nous avons rendez-vous avec ma soeur, je ne le sais qu’en la voyant adossée à un mur de pierres. Dans notre enfance il faisait face au lycée et au Conservatoire de musique par une belle courbe lente où les voitures se laissaient faire jusqu’au feu tout en bas marquant l’entrée du centre ville. Ma mémoire a dû en prendre un coup, je ne découvre ce rendez-vous qu’au moment où il se déroule. Je ne sais plus rien prévoir ? Nous parlons d’argent, il faut allonger la somme nécessaire à l’éducation de cet enfant dont nous avons la garde. Je ne comprends pas tout mais je suis sereine devant cette nouvelle. Je promets de m’occuper de tout, il n’y aura pas de problèmes. Ma nièce est en froid avec sa mère et ne veut pas poursuivre la rencontre plus que cela. D’ailleurs où serions-nous allées ? Non seulement sans couleurs, les rues de sable sont en prime totalement désertes et je commence à me sentir mal à l’aise, pas au bon endroit. Ma soeur, très fatiguée semble-t-il, n’attendait rien d’autre que mon aval et, soulagée, disparaît comme elle est venue. Sommes nous tous étrangers ? Ma nièce part de son côté car sa fille l’attend. Nous n’éprouvons rien de superflu, pas de déchirement ni de futur à nommer.

L’étonnement prime. Pas tant sur ce rendez-vous mais sur tout ce qui m’entoure et dont je ne veux faire part. « Ce n’est pas de ma faute, je n’y suis pour rien » ? Nous ne pouvons-plus dire cela. Ces arguments sont officiellement interdits, condamnables d’une comparution internationale immédiate. Cela a commencé par les grandes entreprises assurant les bases énergétiques mondiales qui ont provoqué leur chute en niant toute responsabilité consciente. La dégénérescence gouvernementale des « Nations Continentales » a suivi. La nature a fait le reste. Reprendre ses droits mais tout à l’envers et rien que pour elle seule, avec ce qui lui restait. Déborder, immerger, inonder sans pitié, manger les côtes parce que l’eau c’est sa vie. Et tant pis pour la nôtre, plus aucun compromis n’est à jour. Assécher, creuser, balayer, se minéraliser là où sa survie en dépendait. Des os et des réseaux liquides, le corps de la Terre. Le végétal, les muscles, n’ont pas survécus, pas encore. Leur écosystème était bien trop complexe, bien trop fragilisé pour le moment.  Ils ne trouvent plus nourriture ni dans l’air ni sous terre. Racines perdues, rongées, atrophiées, mortes de soif et de malnutrition. Quant aux verdures de toutes sortes, feuilles, fleurs,  tout ce qui respire en extérieur a été empoisonné et trop malmené par les catastrophes météorologiques, qu’on ne nomme plus « naturelles » depuis longtemps. Le vert est mort mais c’est pour mieux revenir.  Je suis certaine qu’il va ressusciter. On commence à évoquer un premier symptôme de guérison. Il y a deux mois un survol de drone sur le continent des Incas, dans une zone rendue inatteignable par trois gros seïsmes, aurait détecté de la chlorophylle active sur plusieurs hectares d’une ancienne forêt.

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