le coup de bol, l’endroit au poil

T’as des fois des endroits qui tombent à pic. Une demie heure avant t’es complètement larguée. Dans ce hall où les gens ne cessent d’aller et venir je n’en peux plus d’attendre et je meurs de faim, je m’étouffe. M’allonger sur mon sac en travers, le dos tordu ? Fermer les yeux, méditer, respirer, surtout fermer les yeux. Prendre l’air dehors où l’hiver est arrivé dans la ville entourée des Alpes. La vue sur la route est magicienne avec les lignes du Vercors auxquelles on ne comprend rien. Les montagnes s’embrassent-elles ? Cette nuit leurs bras et leurs épaules se sont-ils mêlés ? Sur une ligne en dessous du sommet une moustache longue et fine de brume blanche comme un coup de langue. Juste au dessus dans un petit cirque abrupt plein nord, du blanc. Rapée, à la verticale, accrochée, de la neige, du givre, de la neige givrée installée. Plein Nord, elle va rester, elle a pris ses aises. Pas épaisse mais tartinée sur toute la courbe elle emprise la roche grise. Ca y est donc.

Dans la ville il suffit de lever les yeux et même sans soleil, et même avec des nappes de brouillard encore épais, la neige est là aussi arrivée. Le bleu marine et le blanc caressent les plis, les plats, les descentes rudes, et la femme-neige s’arrête à distance respectable. Elle a son altitude repère en cette saison. Elle fait son premier signe.

C’est affamés et tout mous qu’on sort, se gare au parking sous le musée avec l’idée de manger au resto du musée de Grenoble qui m’a eut l’air bien sympa la dernière fois que je l’ai découvert, de l’extérieur. On monte les marches et une dame avenante nous entendant parler menu et grimper plus vite vers le bâtiment nous adresse la parole  » Si vous allez au Musée c’est mardi, c’est fermé ! »  » Non on va au restaurant » « Ah ben c’est pareil ! ». Déception. Notre désir de nous poser dans un bel endroit et de dévorer est immense et se lit sans doute sur nos visages pâles. « Où pourrions nous aller ? » « Ben en face : Caffe Forte, c’est pareil… ». D’un signe de tête elle nous fait comprendre que c’est la même cuisine qu’au musée. Soit.

C’est comme ça qu’il y a des endroits bénédictions. La porte qui tourne, les tables toutes différentes dont plusieurs de la récup bien récupérée. Déjà attablés des jeunes gens parlent forts mais se calmeront la bouche pleine. Le grand tableau noir est rempli d’invitations pour nos palais et nos estomacs délicats. Tempura de gambas pour moi, avec une salade mélangée raffinée, ses éclats de gingembre sucré, sa sauce soyu délicieuse. Viande tendre pour l’homme et des frites en forme de barque, croquantes, viande douce et goûteuse.  On mangerait les assiettes, on les rend totalement vides. Et surtout on est bien. Les gens attablés sont sympathiques et de tous âges. C’est vrai qu’on aime sortir de notre cambrousse et « voir du monde ». Voir des têtes, deviner leurs vies et s’y plaire. La serveuse est en or. Jeune, avec son tablier foncé, de la taille au pied, elle ne semble ni harassée ni ennuyée, de rien. Elle est contente et professionnelle, en contact sincère avec les clients. Le patron en chemise de lin d’un bel orange, un brun carré, un brin sensuel sous ses allures un peu nounours, s’appuie des deux mains, les bras bien tendus,  sur la table de ses potes pour lui suggérer ses huitres. « C’est pas sur le tableau mais j’ai des assiettes d’huitres… ». Il est là, il est heureux, c’est chez lui, quoi, cet endroit. Il veille au grain.

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Une dame aux cheveux gris coupés au carré s’ennuie dans un coin et mange aussi des tempuras mais comme dégoutée, triste, elle minaude et m’agace déjà. Quand elle part et paye, elle trouve moyen de critiquer je ne sais quoi, la farine du beignet ?Le patron lui tient tête lui expliquant quels produits sont employés.  Elle n’écoute rien, ne communique pas, et s’en va boudeuse. Je me détache de ma chaise, nonchalante, pour me tourner vers la chemise orange qui me plait décidément et me regarde en souriant malicieuse. L’air de dire « Oui , quoi? »

« La dame n’est pas contente ? » Je lui dit, moi,  que c’était délicieux.

« Non, ça va…bon , elle … »

– Une râleuse. Elle avait besoin de dire quelque chose, elle est toute seule.  » Et toc, je lui lance ça convaincue. Il s’adosse au bar , juste derrière moi « Oui c’est, oh, ben, c’est ça elle est toute seule, un peu aigrie vous croyez ? » . Oui, je lui dis.

Non mais c’est vrai c’est vachement bon, faut pas non plus déconner, si t’es la reine des tempuras t’as qu’à te faire frire tes gambas devant ta télé ! Je ne lui dis pas cela. Mais bon, on pense. Non vraiment c’est une chieuse. La bouffe, les prix, l’attention portée au décor, l’accueil. Va chez Mac Do soigner ta ménopause !

Il n’est vraiment pas méchant ce patron orange et brun,  aucune critique sur le client,  vraiment pas susceptible , il connait sa baraque et ses produits. « Je fais mes courses, je choisis chaque chose, j’essaie… » nous dira-t-il quand l’homme évoque le délicieux de sa viande.

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Aux toilettes on se marre avec une dame anglaise, je ne sais même plus pourquoi. Si, son mari m’a piqué la place, c’était mon tour de faire pipi.  » Il faut oune autre toïletss » elle dit. Oui, bon, on se marre. Je prends quelques photos avec le téléphone de l’homme. C’est nul ces machins. Pendant qu’on déjeune comme des ogres on n’arrête pas de se pâmer sur la bouffe, qui nous fait du bien, nous requinque, c’est le cadeau ce restaurant, la surprise, le bol. Merci la belle dame en gris sur les escaliers.

Il pleut quand on sort, on part quand même à la librairie que je cherche, le patron m’a indiqué le chemin. On est bien. On s’amuse. On a oublié la matinée beaucoup moins rigolote. Il pleut de plus en plus sur la route du retour, on s’en fout.

.http://www.caffeforte.fr/

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