On ne se connaitra jamais. 2. Rester

Son amie vient de déménager, elle ne connaît pas encore cette nouvelle maison. Avant l’amie vivait dans un vieil appartement tout refait. Tous les deux, l’amie et son mari, sont doués pour retaper, décorer, valoriser les matières brutes. Les vieilles portes moches de l’appartement étaient devenues des pièces de bois décapé, laissé clair et lisse, très lisse. Comme ses toiles à lui qu’on aimerait caresser. Dans des tons évanouis mais forts, des patines vertes et brunes, des jaunes beiges, des bruns profonds acajous où les ombres se tapissent, on les devine. André peint, discrètement. Mais il ne fait que cela quand il fait beau au fond de la cour, tous les jours où il ne travaille pas. Ils se sont rencontrés tard. Elle avait quarante ans. Il ne voulait plus d’enfants. C’était une condition absolue. Il y a des liaisons qui imposent leurs limites, délimitent leurs projets. Comme cet autre amie de bord de mer qui rencontre cet homme, un homme sans cesse en mouvement, l’hyper actif patent. Lui aussi refuse toute idée d’autre enfant, mais elle n’en a pas, et n’en a jamais fait une priorité et cela ne gâche pas ses quarante ans qui arrivent. On prend les hommes avec leurs enfants, cela donne déjà pas mal de tourments, le pari est assez osé comme ça.

Les yeux de l’amie parfois sont très cernés. André parfois disparait, aime seul errer dans les troquets. Il dit qu’il va « faire un tour ». Cela l’attriste. Mais cela aussi on le prend, et les tourments. Doit-on renier l’élan, doit-on dire « Non je ne te prends pas comme cela. »? On peut. Si on a le temps. Si on a la force. Ce risque l’amie ne l’a pas pris même si régulièrement elle se voit faire ses valises. Quand elles en parlent à demi mots ces mots là suffisent. Et qu’elle lui dise  » Tu sais comme c’est, moi dans ces cas là j’ai envie de me barrer. Qu’est ce je fous là ? ». Elle voit très bien. Il y a deux ans elle le lui a redit. Elle en voyait le bout de cette cohabitation, des habitudes, des boires et déboires, de la maison qui avait trop de travaux qui bouchaient l’avenir et la joie. Elle n’en voulait plus de tout cela. Elle se demandait ce qu’elle attendait  » Tu sais… je me demande… ». Deux ans après elles mangent ce gateau monstrueusement bon,  assises de guingois à une terrasse d’un beau café sous le soleil dans une rue remplie de monde, pendant qu’il est parti « faire un tour ».

Ainsi ont passé les années, de dizaine en dizaine. Les années avec des garçons, les années de célibat, très longues. Les années dans des associations qui accompagnent les malades du sida. Quelles sont leurs qualités communes ? Elles ne se posent pas toutes ces questions. C’est l’amie du silence qu’on aime. C’est l’amie du silence qui dit. C’est la fidélité, le repli, le renoncement, le doute qui vit, la douleur diffuse. La fidélité, oui, c’est sans doute ce qui les relie. L’amie ne se laisse pas démonter, par rien, les vagues lui passent au dessus de la tête, redescendent, remontent. Mais elle reste debout devant elle.

Elles se lèvent toutes les deux maintenant pour accueillir cet homme qu’elles ne connaissaient pas, ni l’une ni l’autre, il y a quelques secondes de cela. Il n’a pas traversé la petite rue finalement, il n’est pas retourné seul vers son train. Il est assis et commande un café et elles s’amusent bien.

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3 réflexions sur “On ne se connaitra jamais. 2. Rester

    1. Pas de titre pour le moment, faudra que ça avance. Il faut que je me mette dans un coin les bases que je pressens, les histoires possibles…un petit cadre. Faut surtout que je chauffe mon atelier dans lequel est l’ordi, ah ah car y’a des jours où je ne peux pas mettre les pieds dans cette glacière. j’ai la sotte idée cette année de voir jusqu’où on peut descendre dans les frais de chauffage ! En attendant c’est moi qui me flingue la couenne.

      1. pas si sotte que ça…
        j’ai longtemps fait ça, impossible maintenant avec des chinois du sud-est…
        écris « à la main » !?
        je m’y suis remise et les ratures, gribouilles et autres lapsus : intéressants… même si j’écris fort mal mais ce mal-là ne fait pas mal à la couenne

C'est ici qu'on cause...

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