Fourneaux dominicaux

Dimanche. Deux plats au four et deux sur le feu. Je reçois ? non. Je cuisine pour moi. Pour un ou deux. Souvent le dimanche matin et tôt. Oui c’est bien moi aux fourneaux le dimanche avant la messe (où je ne vais pas).

Je souris car il y a douze ans de cela je trouvais très con de cuisiner si tôt, un dimanche, un jour de fainéantise et de je ne sais pas ce qu’on fera dans une heure, dans dix minutes. J’habitais un petit immeuble dans les champs au bas desquels une rivière. La voisine du dessous était une kiné qui attendait sa retraite pour enfin ne plus vivre que dans sa maison du sud. Le dimanche matin, à travers ses fenêtres, sur son palier, s’évaporaient des odeurs de bons ragoûts, de tartes caramélisées et autres tatins. Parfois sa fille, étudiante à Grenoble, venait déjeuner. Un fois elles m’ont convié pour un thé-dessert. Je n’aimais pas spécialement cette dame enveloppée, au cheveux très courts, aux allures masculines, pas pour tout cela mais pour ce qui s’en dégageait que je ne cernais pas. Elle n’était pas sympathique de prime abord. Je n’arrivais pas à savoir dans quel camp elle se situait. Malheureuse pour toujours ? Plaintive ? Vaillante en apnée dans une campagne où son mariage l’avait entrainée ? Mari alcoolique et violent, en fait, elle finira par faire son coming out. Il occupait un poste important dans le bourg, elle travaillait à domicile, ce n’était pas facile. Les joies des petits villages, des campagnes où tout le monde se connait. Je refuse de travailler près de mon village, j’ai testé une fois, ce n’est pas pour moi. Je l’espère aujourd’hui heureuse dans son jardin près de Montpellier, dont elle parlait avec amour.

Je la trouvais ridicule d’être au fourneau à 9h le dimanche. Maintenant c’est moi qui turbine à 10h, parfois j’en fais trop mais comme nous ne mangeons que ce que nous cuisinons, épluchons, mijotons. Et maintenant je dois prévoir les repas au boulot, où je tiens absolument à manger des choses délicieuses. Je déteste manger sur le lieu de mon travail, et encore plus un truc dégueu et épais. Autant rester au chômage. C’est déjà une corvée de ne pas manger chez soi. Donc je me mitonne la consolation du lundi. Mardi je rentre chez moi, ensuite il y a le jeudi, avec réunion en prime.

On a eu un autre voisin, dans le même appartement que la dame, qui faisait des patisseries quand ses filles venaient le week end. Je me souviens de ses bugnes. Il nous en a apporté, j’avais dû le féliciter comme il faut dans l’escalier pour les odeurs alléchantes. Il aimait faire des petits biscuits, des gâteries à l’unité. C’était bon. On a échangé les recettes. Je sais faire les bugnes maintenant. Bon, je vous laisse, j’ai du dahl sur le feu : les lentilles corail, les carottes et potimarron en petits dés et les épices. On mange orange ce midi. Et mon émission de 11h a commencée… »On va déguster » !

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4 réflexions sur “Fourneaux dominicaux

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