Les plumés

Merlette refait la tapisserie dans le nid des rosiers grimpants.

Cela lui a pris cette semaine, c’est net. D’ailleurs je la vois beaucoup moins. Donc ce n’est pas Gertrude qui aime pavoiser quand elle refait la déco. Fouine Timide, peut être mais depuis 2014 j’ai des doutes sur les identités des plumés.

Les mésanges reviennent. Grande tristesse que leur absence cet hiver, à part un couple discret et furtif. Il faut dire aussi que j’ai une colonie de moineaux très chiants. Il prennent toute la place et toute la bouffe, je dois ruser, attendre 10h, par exemple, les matins de givre, avant de donner des graines. Les mésanges sont très frileuses et ne sortent pas vite du lit quand ça caille. Si j’ouvre la cantine vers 8h, elles n’auront plus rien au réveil. ILS auront tout pris.

Deux merles se battent. Mais pas aujourd’hui. Un gros hargneux et un plus petit qui voudrait avoir une longueur de frontière vers la haie Est, mais l’autre ne démord pas. Je le vois, là, sur le toit de la terrasse tout seul. Il est bombé et court sur pattes. Ce n’est pas Bibi, le mari de Gégère. Il n’a pas son humour et sa sveltesse. Bibi était allongé vers le bas, pas tassé comme ce merle que je vois et que j’appelle Croche depuis tout à l’heure. Il a l’oeil un peu mauvais. Il arriverait à me faire peur à moi aussi, comme à ce jeunot qu’il semble avoir bouté hors du jardinet. Oui, quand il te lance son oeil de côté, bien enfoncé et sans pitié, tu flippes. Est-ce Fouine qui s’est ramassé un macho pareil ? On va pas rigoler. Y’a pas intéret à pleuvoir des handicapés qui se jettent du nid sans queue arrière ni cervelle, ce père n’aura pas la patience de Bibi, je le prédis.

Les fleurs à bulbes sortent leurs feuilles, tranchées vertes vers le ciel, éclatant les mottes de boue qui constituent ce qui reste de jardin. Une gadoue. Le proche voisin est en travaux. Le fiston refait sa piaule du rez-de-chaussée en studio, je pense. L’autre fiston qui a femme et enfant va construire sa maison dans le jardin de papa-maman, heureusement pas sous notre nez. Je laisse de toutes façons pousser toutes les haies car je vous rappelle qu’on va avoir quinze petits immeubles dans le champ en face. La mairie a vu grand, trop je pense, mais c’est des impôts locaux qui vont rentrer. Encore faut-il que cette liste gagne les élections. Je me suis mise à penser-à-la-con, pour voir. Je me suis dit « Je vais voter pour une liste qui annule ce projet pharaonesque devant mes fenêtres ». C’est assez marrant de penser comme un con, mais je n’ai pas tenu le raisonnement plus de quelques minutes. Cette mairie a pris les rênes au dernier mandat et fait du bon boulot de socialo. L’ancienne équipe de droite réunissait tous les vieux clous du coin, tradition et repli gentil.

Les enfants du voisin utilisent donc le bien familial pour faire pousser leurs nids. C’est le lot de la campagne, on ne quitte pas la famille et tout le monde veut une maison. Les gens de la campagne ne connaissent pas les appartements, pour eux c’est pas possible, louer aussi est une honte, une déchéance, signe qu’on est isolé de sa famille, qu’on n’a pas de patrimoine local, etc.

La petite vie, quoi. Normale.

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2 réflexions sur “Les plumés

  1. Ce soir surprise en ouvrant la fenêtre, il pleut des cordes il fait froid mais un merle chante à tue-tête, un chant joyeux et mélodieux qui traverse la pluie, la nuit et le froid… merci l’enchanteur !

    Bise

C'est ici qu'on cause...

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