L’amour ce malapris

Vivre à deux est-ce soigner l’autre ? Le soin a-t-il une place dans une vie de couple et laquelle ?

Je n’ai pas fini de me poser la question. L’expérience est vive et paralysante au début. On est gauche parfois quand on fait face pour la première fois. Les premières fois de bonheurs on sait les prendre, je crois. On rayonne, on peut déconner mais c’est la franche rigolade de la vie, une première fois qui fait du bien, de n’importe quelle fois.

La première fois qu’on s’écrase au sol on n’est pas bien habile. On est comme le chat qui se raidit et ne bouge plus, traqué par la peur, chassé, immobile, coupé de tout mouvement. On s’agite mais les malfaçons abondent. S’aimer n’est pas fait pour se plier à tout, ramper pour tenir debout. Malade on ferait mieux de se terrer seul quelque part jusqu’à ce qu’on soit regardable, sociable et aimable honnêtement.

Je ne crois pas en la vie à deux sous un même toit et encore moins quand l’un des deux parasite l’autre de ses maux. Ce n’est pas digne des humains. Je partage mon toit depuis un paquet d’années. J’ai aussi aimé avec chacun sa maison. Dans la vie de couple il y a une dose de lâcheté qui englue toute pensée. Je ne crois pas en l’attachement mieux serré dans le même porte-clés. Comment rester libres ? Il faut aller bien, être en forme, toujours patient et explicite ou prudemment muet pour longer les angles et courber les courbes. La maladie est sinueuse et fourbe. Elle commence légèrement, elle n’est pas franche sur ses conséquences. Puis les vitesses s’enchaînent dans cette voiture de course et on est menottés aux sièges. Il fallait prévenir, on ne serait pas monté ou juste pour un tour. Je n’ai jamais aimé les manèges, ils me rendent malades, même en pensées.

Oui mais la vie à deux ne serait faite que pour faire la fête ? Ne serait qu’une enveloppe de bonbon ? Pourquoi pas ? Doit-on avoir comme modèle ces vieux qui vieillissent ensemble et comptent leurs médicaments avant chaque repas ? Clopinent, chouinent, se regardent sombrer ? Non mais tu exagères, comme d’habitude. Oui, je pense à haute voix. Je me demande. Je vois. Je n’ai pas voulu être mère, je n’ai aucun sens du sacrifice ni du maternage qui emprisonne l’un et l’autre. Je vois l’essence des êtres se perdre dans un quotidien de vaurien. Un quotidien qui perd ses poils, sa queue, son sens de l’équilibre. Je vois le poids de chaque jour sur le long amour. Je vois ce que nous ne voulions pas. Je veux garder nos têtes hautes. On vit de l’inédit mais je veux dire autre chose. Je veux de l’aussi. Dis, je veux de l’aussi...Je veux ma bête sur ses pattes, je veux des poules qui picorent, je veux un coeur, des muscles de bonheur, je veux des plongeons dans ce que nous étions, pas dans ce que nous sommes. La maladie achève au petit feu les amoureux qui feraient mieux de ne vivre que pour eux, chacun sous sa propre aisselle dans son nid. La soupe en commun, parfois est de trop. Elle craque sous la dent. De qui as-tu besoin ? L’amour n’est pas besoin de l’autre. C’est le bébé qui a besoin de sa mère. De nous, pas. Aucune consolation pour moi, aucune consolation pour toi,  ne sortira de mes bras.

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2 réflexions sur “L’amour ce malapris

  1. Je lis et je comprends….
    On veut aimer, on veut aider, être la branche de salut ! Et si elle cassait ???
    Faut il pour autant abandonner ?
    Certainement, ne pas arrêter de vivre !
    Est ce ainsi que l’on veille à ne pas être…égoïste !

  2. J’ai beaucoup de mal avec cette position de « tierce personne » de l’autre, dans le couple… Spontanément, je partage ta position de « hé, ho, je ne suis pas infirmière (ambulancier, garde malade, auxiliaire de vie, psychologue…) mais soyons réaliste, c’est une position qu’on tient quand on est valide. On sera peut-être bien content de, quand plus. Mais au bout du bout, au fond du fond, ce qui me dérange le plus dans ces questions (je dis « dérange », mais sans doute faudrait-il parler de mouvement de recul, de refus) c’est la question larvée, rampante : « M’aimes tu, m’aimeras tu assez pour… ? Et là, pas bon !

C'est ici qu'on cause...

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