Des rideaux, une salle de bains, une bicyclette

Je ne sais pas si c’est une bonne idée de mettre des rideaux différents sur deux fenêtres d’une même pièce. Et je dirais même plus, sur une seule fenêtre mais un rideau différent par vitre.

C’est parce que le magasin n’avait pas deux petits stores jaunes transparents avec les éléphants, que je me suis retrouvée avec un jaune et un vert clair. Les voilà sur une fenêtre de l’atelier tandis que l’autre fenêtre, tout à côté sur le même mur, a des stores en bambou.

En bas, sur la baie vitrée il y a aussi des stores en bambou. Sur un seul côté hein ! Faut pas croire que quelque chose puisse être simple et harmonieux dans mon intérieur. J’ai peur du parfait joli. Je ne sais pas comment cela a été implanté en moi. Il m’est difficile de faire bien. Faire me semble déjà très bien. Arriver à bout d’un moindre petit essai d’idée, me semble héroïque. Refaire, je ne sais pas. Je ne suis pas tombée dans la bonne potion magique. Ainsi je fais tordu, original, unique, absolument unique. Ne peut pas être recommencé car ne sait pas comment il en est arrivé là. Refaire m’ennuie. Refaire pour faire mieux m’ennuie, m’abat le moral. Sauf en écriture, bien sûr, où je peux fignoler une phrase ou un paragraphe mais cela ne va pas encore très loin. Le jour où je serais capable de re écrire totalement un roman, on en reparlera. M’enfin j’ai au moins été capable de supprimer des dizaines et dizaines de pages de mon premier livre abouti. L’espoir est permis.

 Ma mère était très paresseuse, plutôt marrante, très impulsive, mais pas appliquée. Il doit y avoir des choses qu’on nous montre dès les premiers babillements. « Un peu »,chez moi c’était bien, tant qu’on était pas dans le scolaire. Dans le scolaire, il en fallait toujours plus et pas qu’un peu. En dessous de 14 sur 20 on était vraiment très mauvais, on n’avait pas travaillé assez. Entre 16 et 20 on pouvait se regarder dans un miroir.  La pression, je te dis pas. A côté de ça tout le reste est amusant. Faire comme on peut, fait pas chier, m’emmerde pas le tortillard.

J’apprends depuis toujours à me contenter. Un rideau, deux rideaux, un jaune un vert ? Pourquoi pas. A quoi faut-il accorder de l’importance ? Qu’est ce qui te dérange, ne te convient pas ? Perdre la joie, se faire du mal dans son être, malmener ses énergies vitales, ne pas s’accorder du bien, du plaisir. Stagner, ne rien apprendre, tourner en routine. Voilà l’essentiel de ce qui pourrait m’amener plus vite dans la tombe. Rideau bleu, jaune, ou rose, tu peux bien me le mettre où tu veux. Parfois je glisse sur tout.  Parfois non, pas du  tout. Franchement je suis loin d’être fiable. Pas bien repérable sur les radars.

Dans la nouvelle salle de bains minuscule enfin refaite si belle et propre, je chipote. J’ai changé ce matin les petits pots, les petits détails. On était dans le vieux bleu-gris sale. J’ai viré tout ce qui est bleu. Je ne veux pas non plus de bordel dans cette pièce. Qui éclaire, fait du bien. Il est très agréable d’avoir une belle salle de bains. Nous avions habité une maison qui en avait une, grande comme une chambre, avec une belle fenêtre sur le jardin, la plus belle vue, à l’étage, de toute la maison. Un sentiment de bonheur doux, de chance curieuse, cette fenêtre ouverte et le cerisier ancien au loin dans la pente. Le jardin entrait dans la pièce. Les herbes, les arbres, le toit du vieux garage. Le fait que le terrain fut en pente ascendante là devant, ajoutait une pincée de magie au regard. Une toile couverte de verdure, de chants d’oiseaux. Une scène champêtre à goûter nu dans la pièce un peu en soupente, avec un recoin cachant un placard. Il ne manquait plus qu’un fauteuil. Si l’on m’avait demandé de choisir une seule pièce où s’installer dans la maison, j’aurais choisi celle-ci. J’aurais porté des robes longues à frou frou, me toilettant devant des brocs de porcelaine. Mes cheveux auraient été presque blonds dotés de boucles anglaises affriolantes tombant jusqu’au creux du dos et baguenaudant sur les épaules au moindre mouvement de tête. Je n’aurais pas eu de famille et peu d’amis. Un garçon peut être, assez fier de son nouvel achat, un vélocipède à grandes roues avec une selle dure et très petite. Un jour il vient et m’apporte un cadeau. Une bicyclette pour femmes, moins haute et plus maniable. La petite route en face amène à l’écurie. Nous nous arrêtons observer les chevaux bruns et roux à la crinière vigoureuse. Noire elle fouette l’air. L’odeur est forte, incommodante puis attirante. Tellement sexuée que je laisse derrière moi le jeune homme pour rougir la tête baissée, poussant la bicyclette d’un pas bruyant, rapide.

.

Publicités

2 réflexions sur “Des rideaux, une salle de bains, une bicyclette

  1. Je crois (comme toi, finalement, si j’ai bien suivi) que certaines chose appellent du peaufinage, du revenez-y, du cent fois sur le métier, alors que d’autre se satisfont très bien du premier mouvement, premier jet, impulsion, hop là. Ce ne sont pas les mêmes selon les personnes et j’irais même jusqu’à dire que pour une personne, ça peut ne pas être les mêmes dans une unique classe d’objets : tel texte (dessin, tableau…) se défraichira d’être recommencé quand tel autre gagnera un petit plus à chaque nouvelle version. Bah. Il ne faut rien s’interdire.

  2. Vi vi viii . Tiens je te croyais plus perfectionniste que cela.
    Tu m’éclaires sur un point. Je pense à une collègue adorable et perfectionniste tout le temps. je ne la connais pas faisant des choses Hop là et s’en contentant. Mais c’est sans doute trop, finalement,..cela l’envahit trop je crois, les temps de relâchements sont trop peu nombreux.On ri bcp ensemble à ce sujet, et on se complète parfaitement, d’autant qu’elle est une fée de ses doigts, dans tout ce qui est art manuel et artistique. Mais je crois qu’elle est nouée par son besoin d’exceller et de faire rejaillir cela auprès de ses aimés. Elle fait, par ex, des costumes à sa fille, pour des fêtes, où rien n’est laissé de côté, tout est au taquet , trop pour moi ( un côté poupée magazine) cela me met un peu mal à l’aise.

C'est ici qu'on cause...

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s