Chat matin chaque fois

Mon chat aime les câlins. Cela devient une maladie, une exigence, un besoin exprimé avec force.

On a un truc tous les deux, c’est le matin. Il faut savoir que depuis une année Monsieur dort dehors. Mais pas juste après dîner en nous souhaitant une bonne nuit, non, Monsieur s’installe en soirée sur le lit, devant la télé. Il attend patiemment que nous dormions et entre minuit et quatre heures il nous réveille pour qu’on le sorte. On lui donne une poignée de croquettes sur la terrasse puis hop, adios l’animal.

On ne sait pas ce qu’il fait. Au petit-dejeuner on le retrouve soit le nez collé devant la vitre, soit devant la baie vitrée, soit sur la terrasse et même parfois nulle part pendant quelques minutes. On ne sait pas ce qu’il fait la nuit. Mais le jardin est fermé et clôturé, il ne va pas loin.

Le petit déjeuner, donc. C’est long à préparer je vous préviens. Il y a le thé, il y a le pain qui grille, il y a le plateau où poser tout cela. Il y a les fruits à découper, deux minimum, et les amandes ou noisettes à couper là dedans. Le chat ? Le chat a mangé mais en redemande un peu. Puis le chat a un besoin urgent de caresses et de poutous dans le cou. Soit on est en hiver et je vais sur le divan dans la salle près de la cuisine. On s’installe ensemble, je mets Le Tissu sur mes genoux et il s’installe. Le plateau est sur la table basse à côté et, oui, je petit déjeune allongée sur le divan.

Mais il y a l’été. L’été ici c’est dès avril parfois. On mange tout le temps dehors. Alors là ça ne va pas. Pas du tout. Sa Seigneurie n’a pas son espace où nous squatter. Il ne vient jamais sur nos genoux sur les chaises de jardin, ni sur les transat de jardin. Jamais. Il faut dire qu’il a attendu douze ans pour s’approcher de nous avec plaisir. Et monter sur les genoux c’est encore récent. Par contre il a découvert le corps à corps de proximité. Mon flanc contre son flanc, mes bras entourant son corps tandis qu’il est assis sagement sur le lit. Ma bouche sur sa nuque et son cou. Les bisous, les souffles chauds tandis que je marmonne sous ses oreilles. L’été donc, il lui faut tout cela pendant que je petit déjeune dehors. Têtu, il monte et il pleure. Il appelle, il se plaint, il hurle à la mort, il feule comme un sagouin. Je dois lui parler, je suis en bas, je dois lui promettre mes caresses mais pour tout à l’heure. Il continue, il est au désarroi. Il a besoin.

C’est vrai, vous dormez dehors, vous retrouvez enfin votre compagne et votre lit douillet, vous avez besoin d’un bon petit câlin avant de tomber dans les bras de Morphée toute la journée. Je lâche donc ce que je faisais. Ma tartine, mon bol de fruits, la quiétude du jardin silencieux hormis les oiseaux et, ma tasse de thé en main, je monte calmer l’animal. Il m’attend sur le palier et saute sur le lit, celui devant la télé. Très fier, très possessif, elle ne peut pas se passer de moi, je l’ai eue. Il reste debout sur le lit en se cambrant le beau gosse. Et il me parle. C’est toujours un peu la même litanie. Moi je, et moi je, et moi je dis que. Oui, oui,oui,…je lui réponds en lui demandant comment s’est passée sa nuit. Où était-il, l’ambiance était-elle bonne ? A-t-il eu peur, a-t-il vu la Bohémienne, ce chat tout ripoux, blanc aux poils épais tout emmêlés, queue grise, belles oreilles pointues et poilues ? Ou bien le petit tigré ? « La Bohé » était toute pelée cet hiver et a laissé des plaques de peau-poils dans le garage. Je ne lui parle plus de Mimi, la voisine, une beauté sans pareille, qui saute le portail bleu, sans vergogne, devant lui. Yeux verts et grands poils trois couleurs. Toujours bien peignée, impeccable, une voyouse en smoking. Oreilles pointues aussi, qui parle, a les pattes blanches et nous snobe alors qu’elle est ici chez elle mais toujours en douce, l’espionne. Impossible de l’approcher sauf si on discute avec la voisine, là, Madame Mimi fait la mijaurée, se roule au sol et accepte tout. Après ce premier dialogue sur le petit quotidien, mon chat s’assoit enfin, tête relevée. Je m’assois aussi, confortablement, et nous avons notre séance de caresses, de secrets, de rouli dans le cou, je chuchote, il chuchote en retour. Nous parlons, de choses essentielles cette fois. Pendant ce temps le beurre fond sur le plateau, le thé refroidit dans la théière, l’heure tourne et quand je dois aller bosser il faut jouer serré. Néanmoins, la plupart du temps, si je m’y prends bien, j’arrive à me détacher de cette emprise. Nous concluons qu’on s’aime et qu’on a eu quand même une bonne petite dose de sécurité et de ré assurance mutuelle. Après avoir testé trois fois sa réaction aux  » Bon je vais redescendre hein maintenant ? Je vais finir de petit dejeuner et après je remonte », ( Bien sûr je dois lui dire si je pars bosser ou pas), je le laisse délicatement, sur la pointe des pieds. Je ne me retourne pas, il aurait l’art de prendre un air accusateur et contrit (il est fort) comme si j’étais une sadique écervelée.

Pendant ce temps là il existe sur terre des gens qui ne parlent jamais aux animaux.

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6 réflexions sur “Chat matin chaque fois

  1. Confidence pour confidence, c’est notre minette qui a un comportement…comment dirais-je ? Eh bien lorsque nous…comment dirais-je ? et quand l’intensité…comment dirais-je ? Eh bien…elle arrive, ouvre de grands yeux, pousse des petits cris fort évocateurs et réservés à cette circonstance pas atténuante du tout. Elle ne nous quittera plus tant que le calme ne sera pas revenu, et puis souvent elle restera encore longtemps après.

    1. hi hi hi…adorable !..
      Mon Couli, disparu…était lui totalement impassible dans ces cas là mais s’en allait quand même si trop d’agitations
      Mes chats n’aime pas l’agitation d’ailleurs, en musique ils n’aiment que le classique ou les cloches tibétaines pour méditation, alors quand je danse sur Prince à fond, tout le monde se barre !

  2. je comprends bien le problème,
    ici c’est en double , tu t’en doutes!
    Mais Shalimar est très cool, il ne miaule pas en réclamant, sauf quand c’est le moment de la pitance du matin ( petit sachet d’effilés qu’on partage en deux avec Dame Ombrelune)
    vu que je fais en même temps chauffer l’eau pour le thé et coupe les fruits itou,
    des fois il s’impatiente et me saute au mollet ( avec griffes bien sur!!) pour que j’active le service.
    ombrelune pendant ce temps a sauté près de l’évier et arpente le plan de travail carrelé en dominant l’individu noir , elle elle miaule en grinçant ….et penche la tête au bord pour mieux le voir
    pendant qu’elle mange à cet étage , hors d’atteinte de son ennemi il lui faut le filet d’eau du robinet de l’évier …elle fait tout un cirque pour prendre la bonne position etc…et lape à petits coups de langues prudents
    elle ne finit jamais tout , car en fait elle est surtout croquettes , mais il lui faut cette petite douceur carnée moelleuse du matin
    Shalimar le sait, il sort dans la cour herbeuse mais reste dans les parages , car il va foncer engloutir les restes de la belle dès qu’il entendra que je pose la gamelle rouge par dessus la sienne déjà torchée en trois bouchées!
    Ombrelune entre temps fait des ronds le long des fauteuils et dès qu’elle a choisi et sauté dessus elle miaule éperdument jusqu’à ce qu’on vienne la congratuler , caresser etc….elle ronronne comme un moteur bien huilé
    idem après le repas de midi quand je fait « pattes en l’air » sur le petit canapé 10 mn avant de repartir travailler , elle me prévient de son arrivée en miaulant modulant et hop , elle m’atterrit sur l’estomac avant de s’installer au dessus de ma tête , le coussin dossier a d’ailleurs maintenant la forme d’un hamac…. j’arrête pas de le remettre à plat , tapoter etc….mais c’est la cata!!
    La nuit Shalimar est dehors avant minuit, après il grimpe nous rejoindre sur le lit,
    Ombrelune reste dans la cuisine, c’est une casanière stressée , elle ne sort presque pas , elle est carrément psychocat .
    les chats rentrent et sortent comme ils veulent ici, les entrées secrètes par la cave….

  3. « Pendant ce temps là il existe sur terre des gens qui ne parlent jamais aux animaux. »

    Ni aux arbres.
    Ici au réveil, c’est câlins plus ou moins long selon l’humeur et la météo, parce qu’ensuite c’est la salutation au jardin. On fait le tour et on salue tout le monde…évidemment en hiver c’est plus délicat, alors les câlins durent plus longtemps.

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