Centre d’elle

C’est un petit arrêt, c’est un petit suspend. C’est un trou dans la coque, c’est arrêter d’être comme avant.

C’est autre chose qu’une parenthèse, ce n’est pas du tout ce genre de tempérament.

C’est plus qu’un soupçon, c’est moins qu’un déferlement. C’est calmement qu’elle est assise dans la cafétéria de l’aéroport et qu’elle se sent libérée d’un tourment. Un tourment lourd comme un moulin, loin. Ses ailes tournent lentement, presque à l’arrêt pourtant il y a du vent. Le vent est toujours là, c’est juste qu’on le prend ou pas.

C’est innocent et diabolique cette façon de bloquer une étincelle pour en faire une torche. Devant le feu elle ne brûle pas elle s’enflamme en silence, elle se voit dans le rouge, freine à l’orange, frôle le blanc. Dans le même temps la petite tasse sur la table qui n’appartient à personne, qui est vacante pour tout le monde, dans le même temps la petite tasse blanche et sa soucoupe bordée de rouge qu’elle tient dans sa main, pensent à elle, l’écoutent et ont compris ce qui se passe juste à ce moment. C’est au bon endroit, la direction qui était là et qu’elle prend.

C’est un petit commencement, attendu longtemps. On attend en se remuant, en perdant pied, en s’accrochant. On attend en se laissant porter, on attend en dormant, on attend en désespérant. On attend bruyamment puis on décolle sans rien dire à personne comme elle l’a fait. Le corps est prêt ce n’est rien moins que cela. Une histoire de muscles et de rêves, une histoire de connections internes entre neurones inconnus. Dépliés entre un bas et un haut qui se rassemblent, qui se connaissaient mais ne savaient pas quand. C’est toujours nouveau cette façon de se concevoir, de naître. Le corps agit séparément, il dicte enfin le jour. Elle n’écoute personne, c’est sa tête qui fait, ses pieds qui portent, son ardeur qui se déploie, des croyances de toujours. Nous savons ce que nous voulons de nous, il manque juste le laisser faire. On retient le pire, on vit aveuglément.

C’est sans peur, c’est sans retour en arrière, les retours en arrière seront pour la mort, pour les mauvais jours. C’est assise sur une chaise de café peu confortable si on y réfléchit, ici, mais cela aurait pu être ailleurs. Ce n’est pas qu’elle laisse ceux qu’elle aime derrière elle, c’est qu’elle emporte et qu’elle ne tourne plus autour. La solitude est l’indispensable armure, le reste nous échappe et empêche. Empêcherait la petite tasse et sa soucoupe d’étouffer tout autour les bruits des autres qui pourraient tout faire craquer.

Ce n’est pas une idée folle ou un arrêt provisoire, ce n’est pas un jeu. Ce n’est pas une escale, on ne sait pas si l’on en partira. Seul le présent est aux commandes avec elle, imprécis et mortel.

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