Lavande

Quand je sors de la piscine, avant le parking il y a de grands bacs de fleurs. Simples, beaux. Petites fleurs et lavande en fleurs.

Je sors de la piscine, mes cheveux sont mouillés, je marche alerte car je suis fière de moi et mon corps est tout délié. Je pince le bout d’une fleur de lavande et je mets ces pétales violets sous mes narines. Dans ma voiture je les pose. Ils s’accumulent comme des points fidélité.

Ce midi, comme hier il y avait des nuages mais pas de pluies et la lumière revenue dans le ciel nous offrait son bleu tant aimé. Disparu depuis une semaine. Envolé. Seule alors je me glisse dans le bassin de 25 mètres. L’eau est translucide pleine de reflets. Rien ne peut lui résister, à moi non plus, le plaisir ne résiste pas. Le bassin s’étale tout entier pour moi. Ce midi j’y ai passé une heure. Puis en sortant j’ai grapillé une fleur de lavande avant de rejoindre ma voiture.

Dans la piscine j’ai repensé à ma soeur qui a nagé dans cette eau là. Elle nageait peu. Mais elle est venue. Elle ne voulait jamais être seule, elle aurait fait tout ce qu’on lui proposait pour ne pas rester seule chez elle. A la plage, elle allait aux heures de pointe. L’inverse de moi. Mon frère aussi fréquente les heures de pointe, ne va dans sa maison corse qu’en août comme quand il bossait,  alors qu’il est à la retraite depuis neuf années. J’ai pensé à ma soeur qui est partie si vite et quand les gens partent si vite et pas si vieux, sans prévenir, on ne comprend rien. On se demande pourquoi, ensuite, ils ne sont plus là, pourquoi ils ne nagent plus dans la mer, pourquoi ne regardent-ils plus les beaux couchers de soleil, pourquoi ne s’aplatissent pas dans leur canapé pour voir « Plus belle la vie » le soir, comme ma soeur le faisait.

Non, ils sont morts et n’ont plus accès aux petits quotidiens ni aux grandes occasions. Ne voient plus les paysages, ne boivent plus de thé le matin, non ma soeur buvait du café. Bref, ils ont disparu. D’un coup, coupant court à toute autre issue, toute autre position de retrait de la vie possible qui sauvegarderait les yeux et les oreilles par exemple. Ma soeur est morte d’un coup d’une longue maladie qu’elle trainait depuis vingt ans, d’un coeur épuisé et maltraité. Elle ne voulait plus traiter son coeur ni son corps. Alors on meurt, sans prévenir personne, aux urgences, seule, sur un bloc opératoire. On ne verra plus rien de ce que deviendra le monde. Hier j’ai appris que la Terre allait devenir « morte et froide » comme Mars qui a subi des contrecoups fatals il y a très longtemps. le document indiquait que ce serait dans des milliards d’années pour nous. Ouf ?

Dans l’eau étoilée j’ai nagé. Je vais nager surtout quand je ne veux pas y aller. C’est une thérapie, tu vas  mal, tu nages, tu vas mieux. Transformation du solide en liquide, alchimie des cellules, des muscles, du mouvement. Le mouvement sauve, je crois, pour moi j’en suis sûre.

Je poursuis ma lecture de « Faillir être flingué » de Céline Minard. Je lis avec une lampe frontale que je tiens dans une main pendant que l’autre tient le livre. J’aime beaucoup cet éclairage, ma lampe de chevet est trop forte et chauffe un peu. Trop en été. Cette lampe -de poche – de lit- est devenue une amie, un doudou. Je lis en douce, avec la petite lumière qui s’inscrit sur quelques lignes et suit mon rythme dans la page.  J’ai déjà parlé du début de ce livre qui est exemplaire. Maintenant, comme je le pressentais, tous les personnages qu’on avait rencontré par bribes fantasques et envoutantes dans les mini chapitres des quatre vingt premières pages, maintenant tous sont rassemblés, ou presque, dans un avorton de ville nouvelle du Far West. Les descriptions continuent d’être captivantes. Les situations cocasses, le rythme endiablé. Mais je commence un peu à m’essouffler, pourquoi ? Je crois que c’est un livre puissant, imagé, scénaristique, sans relâche, bourré à craquer. Bourré de situations et d’actions essentiellement. Au stade où j’en suis. Cela n’arrête jamais. Par contre il y a peu d’émotions, peu de lenteur, de contemplation pure. C’est très masculin, je trouve, très pratico-pratique, détaillé, précis, renseigné dans tous les recoins. Si tu veux vivre dans l’Ouest et t’occuper du bétail ou monter une échoppe ou soigner une plaie dans la brousse, tu as tout.

Bref, après une phase originale et dense, j’en suis à une phase dense mais un peu lourde pour moi. Voyons donc voir ce qu’il adviendra de toute cette fine équipée.

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4 réflexions sur “Lavande

  1. Voilà, du coup je te lis à nouveau … et c’est bien. Du coup, j’ai à nouveau envie d’écrire.

    Failir être flingué, j’ai entendu son auteure à la radio sur « pas la peine de crier » F.culture. Et ce que tu écris à ce sujet ne me surprend pas.

    1. Je ne connais pas l’auteure et je n’ai rien lu d’autre d’elle.
      C’est tout de même un sacré bouquin qui réserve des surprises
      Le lire à haute voix, par ex, cela peut être très chouette, pour toutes sortes de publics en plus !

  2. quant à la lavande… je viens de terminer hier de bourrer de ces graines odorantes 35 petits sacs cousus aussi par mes mains à la machine puis fermés à l’aiguille.. tache assez hypnotique qui vide tout dans la tête
    oui, c’est ma thérapie à moi, pas la piscine, ce qui serait bien pourtant mais..
    je ne suis pas de la race des poissons mais des des mammifères plus lents ..
    lavande de l’année passée mise à sécher sur un grand tissu blanc dans la chambre du fils intermittent
    elle a eu le temps de s’abandonner, tu penses, depuis ces longs mois à prendre la poussière !!
    mais il faut être dans la disposition d’esprit pour cet égrenage , et avec cette fin d’année toujours pas fermée , ce fut le bon moment de cette ouvrage de dame moyenâgeuse , juste faire attention à bien tasser , faire le petit replis de fermeture bien droit , coudre à petits points.. et ne pas penser à l’automne encore transparent inexistant
    il était temps aussi, car l’immense champ contigu à chez nous a commencé à être tondu , les touffes rutilantes violet profond qui étourdissent l’air du matin…
    j’irai glaner plus tard entre les lignes plantées et refaire provision
    le drap blanc sèche sur le fil

    Je t’embrasse

    1. Merci pour cette belle atmosphère
      Oui, ce genre d’ouvrage tout à la main c’est tellement précieux, indispensable
      J’aimerais parfois avoir encore la vieille machine à coudre de ma mère. Même pour des choses simples, de mon niveau, c’est génial
      Je voudrais faire des rideaux composés de bandes de tissus colorés, j’ai vu ça chez les amis bretons, c’est super joli, ( cf magasins Maison(s) du Monde).

      Tu as écrit  » l’automne » transparent inexistant mais je me demande si tu ne parlais pas de l’été ?
      J’apprécie , par contre, les vagues de frais et de pluies en été, mais là c’était l’arche de Noé au jardin
      je viens, du coup, de déménager des framboisiers qui étaient trop au soleil depuis deux ans. Terre meuble, le contexte s’y prêtait, les voilà à mi-ombre pour s’épanouir. Ils étaient de front, face au soleil, pas bon. J’ai pu comparer avec les autres, sur deux endroits plus ombragés !

      Soleil donc ? Toi qui aime la chaleur !

C'est ici qu'on cause...

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