Cité

A Paris j’ai longtemps traîné et photographié entre la Préfecture et le Palais de justice.
De la station Cité, en face, sortent une femme voilée et son petit garçon, ils marchent d’un pas rapide et vont droit vers l’entrée de la Préfecture. La femme serre son sac sur sa hanche, le petit serre la main qui l’entraîne trop vite, ses souliers s’envolent. Il est aussi sérieux que sa maman. Je les prends en photo de dos, de loin, mais rien ne rend mon sentiment à ce moment là et l’image qui se joue sous le soleil du matin sur l’esplanade.


Je me retourne.


Derrière moi le marché aux fleurs baptisé maintenant Reine Elisabeth II. Pas encore ouvert, quelqu’un dort au sol sous un duvet jaune, silence, immobile, à Paris on ne sait pas si les gens couchés sont vivants ou morts. Je le prends en photo cet amas jaune sur le trottoir, sous lequel je distingue
des jambes alors je suppose un corps. Je me vois dans la vitrine avec mon foulard orange, je nous photographie. Je veux qu’on voie les deux, lui couché et moi debout éloignée, déplacée. Sans aucun liens. Mais la photo ne dit rien de ce qu’il y avait là, dans un espace dérobé et à la fois totalement public, près d’une fourgonnette blanche fermée, sans personne autour, que moi.


Je continue ma balade en silence, parce que moi je me balade et la forme jaune informe ne bouge pas, ne respire ni ne ronfle. Une chose qu’on ne sait pas, sans yeux ni tête, un état.

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