rouvrir les murs

La maison est restée vide longtemps. Elle passe ses automnes, ses hivers et ses printemps. Seule.

On ne sait pas ce qui se passe entre les murs enfermés sous les volets de bois clos, les fenêtres aussi. Pourtant quand on revient il y a ces passages de lumières diffuses entre les rayons de poussière. Comment la poussière se mêle-t-elle dans l’air pour ne pas retomber, justement en cet instant, éclairée ? C’est ce qu’elle se demande quand la première fenêtre est ouverte en grand et les volets hauts et lourds repoussés sur les deux côtés.

Les pièces ont attendu, comme on attend une trêve, ou une guerre nouvelle, un pont dans le temps qui relie ce qu’on a laissé à ce qui va devenir. Les tapis semblent vieillis. On pense déjà à tout ce ménage qu’il faudra faire. Les fauteuils sont chez eux, peut être vient-il des passagers invisibles dans la maison laissée à elle-même. Les fauteuils ont encore des creux et des brisures sur leurs peaux. Peut être quelqu’un est-il venu, un ange qui garde, regarde les photos sur la cheminée, s’assoit et respire l’air qu’on a laissé. L’air qui passe même les fenêtres closes. On ne clôture pas les murs, on s’en est absenté, on a laissé la place, c’est tout. C’est peut être cela qui s’est passé.

On revient dans la maison de famille qui n’a plus d’âge. Tant ont passés leurs pas sur les parquets, les tomettes et les carrelages. Les rideaux lourds s’étirent, étoffes épaisses d’une autre époque qui obligent les enfants à monter sur la pointe des pieds pour les tirer. Les murs font quatre mètres de haut. Les plafonds ont des peintures qu’on ne voit plus sauf à s’allonger sur le petit sofa de velours marron. D’ouvrir la maison le coeur en est serré. On saisit l’abandon, on saisit la prière, on saisit les morts, on frôle le sacrilège, on se demande pardon. On avait laissé petit à petit le noir envahir chaque chambre puis la grande salle et en dernier la cuisine. Les couloirs à la fin, les derniers debout dans la pénombre. La peur d’oublier, de faire une erreur. On ne reviendrait pas avant longtemps. Tout pourrait se passer, et pourquoi pas le pire, dans la maison qu’on laissait derrière.

Y entrant à nouveau, comme à chaque fois, un rituel, on se demande si on a eu raison et comment on a pu. Chaque gramme de poussière dans l’air sous le soleil qui force la place, au travers de toutes les fenêtres ouvertes comme des plaies qu’on reprend et qu’on soigne. Comment a-t-on pu partir ? Poussés par un aller, par un aller toujours.

 

 

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