Sincèrement

Le soleil étincelle sur les champs de noyers. Elle marche, elle n’est pas seule. Ils marchent d’un bon pas. La route est libre, toute étroite entre les buttes des champs qui montent au bord des épaules.

Elle vient d’écrire un paragraphe ci-dessous qui vient de disparaitre. C’est la deuxième fois de la journée que quelque chose disparait sans qu’elle ne puisse rien maitriser de ce qui la déleste. Des objets et des mots exprimant son chagrin, ses pensées, s’effacent, refusent de persister. D’exister.

Elle abandonnera tout. S’il le faut, on ne peut plus lutter contre les vents contrariants. Une chair presque la chair de sa chair issue du même corps maternel est morte. C’est un bout de cette mère morte qui gît dans son coeur. Elle ne peut pas les revoir, elle voudrait revoir sa mère pourtant. Cela lui arrive quand pieds nus au soleil elle enfile des chaussures et se retrouve sur les plages qu’elles aimaient. Elle n’est pas au bord de mer mais le bord de mer vient en elle comme si elles y étaient. Elle voudrait garder un seul sourire de celle qui est partie malheureuse peut être. Car partir n’est rien, c’est mal partir qui est un malheur. Des yeux brillants et beaux, des pommettes qui rient. L’absence est nette, claire comme une eau. L’absence est sans appel, c’est ce qui est le plus marquant dans l’affaire. Surtout quand on n’y était pas préparé. Reste alors à la traine les longues interrogations. Ce chapelet de questions sans réponses, vides, flottantes, inutiles mais qui encombrent encore. Ce ne sont pas des questions, ce sont des entités propres qui ont pour but de te gâcher la vie. Ce sont des creux, des pentes, à délaisser.

Elle marche sous le soleil éclatant, à gauche les montagnes commencent à se colorer des jaunes et de roux. Les arbres sont les princes des montagnes. L’automne est leur saison préférée où le spectacle explose. Explose les yeux qui se lèvent, ne comprennent pas, cherchent à embrasser toute cette fourrure frémissante et silencieuse, de loin. Il faut aller à l’intérieur, se poser sous les arbres et attendre. Tout d’un coup elle a envie de lui prendre le bras et lui dire combien ses morts lui manquent, soudainement dans l’éclatante liberté, l’éblouissant soleil de novembre, elle a envie de pleurer. C’est sucré et chaud, remontant de la poitrine à la gorge. Il est innocent et heureux, il marche à grands pas sans se soucier de rien. Personne ne sait qui nous sommes. Personne ne sait les impasses qui bloquent tout à coup l’existence. Elle ne lit plus, elle a peur et peur d’être déçue. Elle ouvre des livres pour être amoureuse, depuis des semaines elle n’en ouvre plus ou fait semblant.

La route goudronnée et les champs sur les épaules, rassurants, d’une nature plus forte que tout. Tout est pour nous. Elle écoute cette musique qu’elle connait par coeur et qu’elle aime tant. Rien ne joint les deux bouts. Des lacets, des cordes, des tiges égarées, parallèles, se balancent. Une jungle sincère.

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2 réflexions sur “Sincèrement

    1. Ah oui ? Ah tu as des drôles d’idées, mais c’est ouvert à toutes interprétations. Tiens tout à coup ça me pose question sur ce qu’on se permet devant une photo censée motiver l’écriture. Tiens c’est bizarre

      Finalement ce qui m’emmène le plus vers l’écriture ou un texte précis c’est la musique, une musique, une chanson, . Les 50 premières pages de « On ne se connaitra jamais » ont été impulsées par deux chansons très rock de Biolay. Il me suffisait de les remettre pour relancer la machine.

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