Je sans Elle

L’année qui part s’est déroulée en deux temps. L’avant été et l’après. Essentiellement guidée par l’Homme, malade se soignant jusqu’en avril ( et depuis novembre 2013) d’une maladie potentiellement mortelle. Accompagner un malade à la maison, subissant un traitement lourd aux conséquences aussi lourdes que méchantes et angoissantes, je ne te le souhaite pas, jamais.

Il y eut donc l’avant, le pendant, et l’après, qui a rayonné de sa joie très vite. Beaucoup plus vite qu’on ne pensait, puisqu’on naviguait à vue et que tout s’improvisait. Improviser avec la peur et la douleur assèche les neurones et le coeur. On n’a plus soif et on n’a plus d’eau.

Ce fut une année à plusieurs vitesses. Des vitesses zéro et en dessous, des accélérés, des mises en croisière pour ce qui est de mon boulot, repris totalement en janvier pour un long remplacement.

En cette fin d’année au boulot j’ai bien bien tiré la langue et je fais des prières chaque jour pour que ma collègue se détache du collé-serré d’avec son petit, (qui va tout de même avoir un an…) pour qu’elle ait envie de revenir travailler au moins un peu, en septembre 2015. Je fais donc le voeu d’une année à nouveau scindée en deux. Avant juin et après : du travail avant et beaucoup moins après.

J’avais démarré un roman, une fiction, il y a un an. La reprise du boulot m’a totalement freinée. Par expérience, je vois qu’il me faut une large vacance de temps, un esprit qui commence à zoner dans des fronts nuageux et glauques, une liberté totale au fil des jours, pour entrer dans un écrit, vraiment. Il faut surtout toucher le fond du propos, ce qui est caché et veut bien prendre des mots et des phrases pour éclairer ma lanterne. Je ne sais plus ce que je voulais dire. J’ai déjà fait des coupes extrêmes en me relisant il y a un mois. Banalités, remplissage, n’importe quoi. Il me restera bientôt dix pages sur les cinquante si je garde mon cynisme. Puisque ce n’est plus cela que je veux explorer. C’est autre chose. Et des détails, beaucoup plus de détails et de brumes et beaucoup moins d’action et de mouvement. Car, oui, ce sont les émotions qui m’intéressent, les émotions à la lecture, pas le contenu propre. Pas la mécanique, pas la physique des lignes et des pages, des phrases bien assemblées. Non, ce qui m’intéresse est le désordre que cela provoque, le doute, le ressenti, les interrogations et se fondre dans les lettres comme entrer dans un brouillard nouveau, pénétrant.

Oui, bon, faut pas exagérer hein…Ne pas viser trop haut. Ecrire est un lavage-broyage-essorage de l’un vers l’autre, de celui qui écrit vers celui qui aura écrit. Qui, quoi, comment ? C’est ça. Qui, quoi, comment, surtout comment. Je reprendrai mon texte en passant par le « je ». Tu te souviens que j’ai commencé ainsi, puis créant pour la première fois des personnages qui tenaient debout, j’ai posé un « Elle » sur la narratrice, je me sentais « coincée » avec le « je », je n’osais pas assez écrire la fiction. Le challenge sera peut être là. Rester dans une fiction avec un « je ».

Oui, je me souhaite une année où je bosserai moins dès l’été, c’est vraiment mon souhait le plus cher. Certes, je m’accommoderai, sinon. Ce serait ma dernière rallonge de boulot si je devais tenir encore jusqu’en 2016, on va pas faire de caprices. Mais j’ai besoin de cette vacance totale, pour aller plus mal, pour creuser, pour oser, pour faire changer plus de choses dans mon quotidien et mes envies de créer. Je ne sais pas comment l’on vit. Je ne sais pas ce qui te fait vivre. Non, moi non plus je ne sais pas. Je sais seulement ce flot, ce magma, qui me pousse encore. Indispensable pour ne pas tout laisser faillir.