pour vous d’amour je chanterai

Et les merles commencent à chanter le soir.

Et hier soir aussi, un jeune sans doute qui s’exerçait. Il commençait ses trémolos beaux puis ça coinçait vers le contre Ut, un dérapage de vieux disque perché. Couic. Allez n’aies pas honte, recommence mon gars on est tous avec toi !

Vous l’aurez compris, ils sont encore timides mais ça pointe. On y est presque.

J’espère ne pas être la seule, mais quand les chants de merles démarrent j’ai des vibrato au centre de mon corps, ça se déroule, ça valse, ça roulicotte, on enlèverait toutes nos culottes et on se jetterait nus dans l’eau et les vagues. Mais si. Surtout on y croit immédiatement. L’essor, la joliesse, la délicatesse et l’entêtement de ce qui veut grandir et franchir.

On s’élève, on écoute la musique des dieux. J’ai mis longtemps à me souvenir de ma mère allongée sur son lit à la tombée du jour, dans sa chambre vers l’Ouest, avec les grands peupliers en bord de rue. Les rideaux ouverts, face à la baie vitrée, c’est vrai qu’une chambre avec une baie vitrée c’est une aubaine.  Ses petites jambes dans des collants couleur chair, comme on disait. Une jupe, un polo, vert foncé ou moutarde peut être. Que fais-tu ?, lui demandais-je. J’écoute le merle, écoute ! Mais je m’en foutais. Il m’a fallu aller vers la cinquantaine pour comprendre le merle et laisser son chant me parcourir. Elle était seule à s’extasier. Elle nourrissait aussi une bande de moineaux sur le balcon. C’est curieux comme tous ces trucs dont on se fout, enfant, mais qui nous pénètrent par toutes les pores sans qu’on lève le petit doigt pour, tous ces machins précieux nous reviennent, se sont appropriés notre être. Et nous voilà gaga des chants de merles quand le printemps se rapproche. Et nous voilà à approcher le printemps, le pousser du cul, le tirer de nos besaces, comme des gosses. Gosses on ne l’écoutait pas du tout de la même façon,  le printemps on le cueillait, il nous écoutait, sautait à la marelle dans nos bottes. Gosses le printemps nous appartenait. Maintenant on se jette dedans, on s’y accroche, on le cajole, on l’appelle, on se dresserait sur une branche, les ailes repliées bien sages, on aurait un bec tout orange et on crierait de toutes nos forces, on s’époumonerait d’amour pour lui. Des fleurs et des fruits sur ses hanches.

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